France, de Modane à Tarbes
Du 1 octobre au 2 novembre, km 6218 (pour Alice, 1129 km)
Depuis Tarbes, le 11 novembre
Propulsés dans un monde connu
Hier, la traversée de l'Italie du nord est passée en un éclair de train. Après une bonne soirée de réconfort et nos premières lasagnes, nous nous réveillons au chaud à Modane chez Jacqueline et Benjamin. Dehors il fait froid, il a plu toute la nuit, les sommets sont saupoudrés de blanc, il y a des jambons-beurre et des pains au raisin à la boulangerie et l’excitation est palpable chez les haricots qui sentent que la maison est proche. D'un coup, la bulle qui nous avait englobé tous les cinq pendant cette aventure familiale loin de chez nous éclate. Nous commençons à descendre la vallée de la Maurienne, mais à saint Michel, lorsque nous passons devant la coopérative laitière, l'appel du Beaufort est plus fort, impossible d'aller plus loin. On achète un morceau de bonheur que nous dégusterons devant la boulangerie avec du pain frais. Ça y est, nous sommes bien en France !
L'hospitalité savoyarde
A la recherche d'un coin dodo à Saint Jean de Maurienne, nous rencontrons 'Maurice', entraîneur de foot dont l'accent à le même goût que le Beaufort. Derrière le stade, le coin parfait nous fait de l’œil, mais il faut d'abord qu'il demande au gardien... « Allo 'Didier', je t'appelle, car j'ai une petite famille qui voyage et qui voudrait dormir au stade, mais t'inquiète pas, c'est pas le genre à causer des problèmes, ils sont à vélo avec leurs enfants... penses tu qu'on pourrait les mettre dans le champs derrière les arbres ?» « Pour moi, pas de soucis, mais c'est pas moi qui décide, faut demander au grand chef, 'Gilles' l'adjoint aux sports » « Allo ? Salut Gilles ! dis mois je t'appelle... bla bla bla ». Cela semble anodin, mais après un si grand voyage, découvrir l'hospitalité et la chaleur de ses compatriotes est vraiment touchant! Conclusion de l'histoire, ils nous trouvent un coin encore mieux à quatre kilomètres de là, derrière l'opinel géant du rond point. Le spot est décoré d'un panneau « interdiction de camper » ! C'est l'adjoint au maire qui nous envoie, on plante la tente sans aucun scrupule !
Les soirées s'enchaînent et nous réveillent progressivement. Nous sortons de notre bulle familiale et avons le sentiment étrange d'avoir terminé le voyage, de boucler la boucle. Nous sommes chez nous sans être chez nous, nous retrouvons l'ambiance de notre vie d'avant sans retrouver notre vie actuelle qui est désormais à Tarbes.
Chez Anouck et Xavier, nous sommes attendus comme des stars. Un comité d'accueil chaleureux et véhiculé nous cueille en bas de la pente. Leurs enfants nous ont suivi de près et sont intimidés de nous voir en vrai. Lasagnes, bière, puzzle, fléchettes et grandes discussions autour du voyage à vélo, leur vie se dirige vers le même projet d'aventure que nous, à l'image du choix de nos vêtements, dont la similitude nous surprend au petit matin, témoins d'une ressemblance dans notre approche de la vie !
Le lendemain, c'est au tour de Tina de nous faire des câlins sur le bord de la route, quel bonheur de la revoir ! S'en suit Philippe, qui vient à notre rencontre, et Marianne qui nous accueille à Saint Pierre, avec le chien, les chevaux, les poules et les oies... tous fidèles au poste d'accueil depuis notre premier retour en 2012 ! Ici, il y a toujours une belle activité nature à faire, comme ramasser les noix ou conduire un vrai tracteur. Les virages sont serrés, le jardin défoncé et les âmes d'enfants retrouvées. Et pour nos petits haricots, c’est le moment de la consécration ultime ; Après avoir passé six mois à faire du galop sur les dossiers de tous les canapés de la méditerranée, Laurène leur offre le Graal; le dos de Végas, son immense cheval au poil aussi brillant que leurs yeux ! La passion n'a de limites pour personne !
S'en suit la réunion familiale annuelle que nous ratons souvent depuis que nous habitons à Tarbes. Cette année, nous avons choisi la date et avons pédalé six mois pour être à l'heure au rendez-vous ! Nous retrouvons tous les cousins dans le chalet familial, perdu dans la forêt. Les arbres gardent précieusement en mémoire le goût de nombreux souvenirs d’enfance de Tachou, comme celui des trompettes de la mort qui restent fidèles à leur lit de feuilles. La nouvelle génération se prend au jeu de cette chasse au trésor nature avant d'aller faire la java dans le dortoir et y trouver un autre trésor. Ils redescendent métamorphosés avec des nouveaux cheveux et des grosses fesses. Ils sont tombés sur le carton de déguisement et de farces et attrape !
Les soirées s'enchaînent comme les perles d'un collier, ce soir une boucle se ferme en allant chez Florence et Julien. Cette famille que nous avions croisée il y a dix ans au festival de voyage vél'osons à Chambéry, avait planté la graine de notre départ autour de la Méditerranée. Un partage émouvant sur les aventures de la vie redonne une tonalité d'aventure et de philosophie à notre route.
Et puis c'est la descente de la Féclaz dans un paysage magnifique où les montagnes jaunissantes déchirent la brume matinale, puis la vallée du Grésivaudan sur des routes familières le long de l'Isère, et une belle montée pour aller nicher chez Anne So et Loïc. Eux aussi ont pédalé autour de la Méditerranée il y a dix ans, nous leur passons le flambeau pour récidiver en famille, n'est-ce pas ?
La fatigue commence à poindre après toutes ces soirées, le moment est parfait pour la pause repos chez Misa et Dadou. Mais d'abord, il faut plonger sous le déluge, fendre les flaques immenses, mettre les pieds dans l'eau des chemins inondés avant de remonter tremper à notre tour le garage de nos affaires dégoulinantes. « Ben non, c'était pas la peine de venir nous chercher en voiture, c'est tellement plus drôle de se prendre une belle saucée en sachant que l'abri est assuré ! »
Commence alors la tournée Grenobloise. C'est attendre Misa au tram pour lui sauter dessus, c'est apéro au champagne face à Grenoble « by night » depuis le salon panoramique de Cara et Jean, c'est dj'Camille qui fait danser les petits cousins dans la chambre, c'est chercher le Minimistan sur la carte, un nouveau tout petit pays niché au milieu de Grenoble où l'on retrouve tous nos amis pour des retrouvailles joyeuses, c'est partager le voyage avec les amis du quartier, c'est Claire, une amie d'enfance qui vient partager un repas, c'est Dadou qui découvre son nouveau vélo dans une ambiance électrique, c'est un clin d’œil que nous fait la Tunisie devant un bon repas chez Donia et Antoine, et la Bulgarie devant un thé avec Milena qui nous avait accueilli à Vratsa et c'est un bon repas improvisé chez Anne et Antoine pour finir en beauté.
Le Vercors
La météo est bonne, nous laissons enfants et sacoches dans les voitures et grimpons dans le Vercors accompagné de Dadou qui teste son nouveau vélo, Florence, Fx, Jérôme, Bruno, Valentin et Baptiste qui n'ont pas besoin d'assistance pour maintenir un bon rythme ! Le temps d'une grande montée, la cadence passe à la vitesse supérieure. Une petite pause glouglou pour la santé, aucun arrêt intempestif pour gratter un nez, une oreille ou faire pipi. Ici, on est chez les montagnards, c'est efficace et ça pédale dur ! La caravane des enfants nous double en klaxonnant, les fenêtres ouvertes pour nous encourager avant un bon pic-nic partagé à Lans. Doudounes, kway, on repart en papotant, les uns continuent, les autres rebroussent chemin, des chamois broutent calmement au bord de la route, ils n'ont pourtant pas l'air de devenir chèvre ! A Saint Julien, Jérôme fonce prendre son train avec un verre de clairette de Die dans le nez et FX plante sa tente à côté de la nôtre. Les devinettes pour enfants plus ou moins jeunes fusent à travers la toile, pas le temps d'entendre toutes les réponses qui se font recouvrir bien vite par le marchand de sable.
Le lendemain, la route est bucolique, la lumière et les couleurs automnales sont joyeuses, mais nous sommes rattrapés à Vassieux par l'histoire sombre de la guerre. Nous errons au milieu de tombes d'êtres bien trop jeunes qui reposent à l'ombre des carcasses des planeurs allemands qui ont semé la terreur le 23 juillet 1944. Le col du Rousset, réputé pour les motards énervés sera descendu en toute tranquillité grâce à l'un d'eux, un peu trop optimiste, qui a raté son virage. Grâce à lui, nous regardons le spectacle d'un hélico acrobate qui se pose devant nous sur la route où nous dégustons, assis en plein milieu, une bonne tome aux fleurs. Des éclairs de soleil filtrent entre les troncs d'arbres lorsque nous sonnons chez Noémie et sa famille, les amis des amis savoyards, qui connaissent aussi nos amis d’enfance… sans compter la fille des premiers amis qui connaît nos amis de Tarbes… le monde est petit et c’est bien rigolo ! L'ambiance s'emballe au quart de tour chez les enfants qui s'apprivoisent en une vitesse record autour des pizzas et des fondants au chocolat. La soirée se termine en spectacle de son et lumière grandiose et tout le monde s'endort, repus et heureux.
Nous avions descendu la Drôme avec FX en canoë il y a bien longtemps, nous la descendons de nouveau à vélo, mais aujourd'hui, on termine à la cave. La clairette donne une nouvelle dimension au Diois et au pic nic. On dirait même que la vapeur des bulles rendent Alice très taquine, ou peut être que c'est « l'effet FX » qui lui donne des ailes ! Les enfants doivent avoir des détecteurs d'âme ! Ainsi, après trois journées partagées, notre « rapace » bien aimé repart prendre un train pour aller jouer au violon et nous, nous repartons pour aller retrouver Michèle et Jean Paul, les parents d'une amie de Tarbes, qui nous reçoivent chaleureusement. Ils doivent avoir des dons surnaturels car ils devinent qu'une tartiflette est le plat parfait pour des cyclistes en vadrouille ! Merci !
La Provence frappe à la porte, les lavandes s'alignent et rythme notre sillage et le nougat n'est plus très loin. On dégotte un coin bivouac grand luxe avec bain dans la rivière. Les feuilles tombées sur la tente au petit matin nous rappellent que la saison du voyage touche à sa fin. Après Montélimard, la via Rhôna file vers le sud, le vent souffle vert le nord, notre pic nic s'envole vers le ciel et Héloïse s’étale dans la boue. Le soir, nous arrivons à Pont-Saint-Esprit chez Bruno et Clémence, des cyclos sympathiques qui nous donnent des idées avec leurs voyages en âne.
Échappés des eaux
Nous quittons leur maison par la route à midi. A 19h, c'est une gondole qu'il aurait fallu pour aller chez eux. Le Rhône est en crue, nous grimpons sur les coteaux en direction de Vaison la Romaine. Ça ne s'invente pas, on n'aurait pas pu choisir une meilleure destination pour parler du phénomène inondation aux enfants! Pour rester dans le thème du liquide, nous succombons aux vapeurs du muscat de Beaume de Venise, avant de prendre un jus à Orange. Nous y retrouvons Anne et Manon qui viennent partager une tranche d'aventure avec nous ! Les lunettes magiques trouvées dans l'immense théâtre antique nous font voyager dans le temps. D'un seul coup, nous assistons pour de vrai à une représentation théâtrale et à un concert de flûte à l'ombre de la toile du vélarium. Dommage, il manquait le savillum, l'oleum et le baba au rhum ! Heureusement que Manon a assuré, son enceinte électrix nous entraîne joyeusement sur la route du sud au milieu des vignes. Le soir, la comète Tsuchinshan nous emporte dans les étoiles pour une séance photo intersidérale.
Le lendemain, nous dansons devant le pont d'Avignon puis grimpons vers les Baux de Provence. Non mais quelle idée d'être si beaux, on ne peut même pas se garer ! Nous préférons la mission bivouac spécial du jour. Ce soir, Caramel, Eclair et Noisette, trois cochons d'inde grenoblois viennent bivouaquer avec nous. Ils ont triché, ils sont venus en camion avec Cara, Jean, Zoé et Louisa!
Le temps des surprises
Cela fait un an que tout est prévu, que chacun tient sa langue, l'heure du dénouement et de l'émotion est arrivée. Les herbes arrachées du mas du Pont Rouge volent en feu d'artifice, accueillant un Dadou tout ému du haut de ses huit décennies. S'en suivent trois jours de luxe au milieu des roulottes, des chevaux et des taureaux. Tous les jours, c'est apéro, plongeon dans la piscine et le jacuzzi sous les étoiles, observation des oiseaux et des flamands roses, baignade et vélo au bord de la mer, jeux, chansons et spectacles. Du bon temps qui soude la famille et crée de beaux souvenirs d'enfance pour les plus jeunes. D'ailleurs, ils sont passé où ? On ne les a pas vu pendant trois jours !
La dernière ligne droite
Nous repartons sous la pluie, accompagnés par Misa et Dadou jusqu'à Aigue Morte. Cette ville fortifiée a été construite par Louis IX qui voulait un port indépendant pour lancer ses croisades. Aujourd'hui, on y déguste des moules avant de quitter les parents et repartir tous les cinq. Nous entamons alors un compte à rebours très sympathique jusqu'à la Tarbes. Tout est planifié serré, même pas te temps de faire un joli détour dans les salines roses, quel dommage ! Il nous reste quand même quelques aventures à vivre, comme un petit déjeuner improvisé chez l'habitant après une nuit passée au bord des rails à écouter passer les trains, une lutte contre la pluie et le vent au bord de la mer et une pluie diluvienne qui nous transforme en poulpes en un tour de roue. Notre bonne étoile veille, elle s'appelle Claude et Gérard (le parrain de Tachou). Joker ! Ils viennent nous chercher avec la remorque pour ensuite nous enfourner dans leur sèche linge... avant de nous faire plonger dans l'eau froide de la piscine pour une séance de gymnastique matinale. On aime l'eau, ça tombe bien ! Entre deux, nous nous régalons et passons une nuit de plomb.
La suite se déroule le long de la voie verte « Pasa Pais », les kilomètres défilent, nous profitons de nos deux dernières nuits de camping sauvage avec émotion avant d'arriver à Castres chez Amandine et Benoît qui nous attendent avec une bonne raclette et de beaux échanges. Christine, elle, nous a réservé une belle table à la maison du Vélo devant la gare de Toulouse. Halte sympathique avant de rejoindre la gare de Saint-Gaudens. Une grande pensée pour les anciens Gibert qui n'attendent plus sur le quai comme quand Tachou était petite, nous mettons le cap pour Lodes, qui sonne le début des retrouvailles tarbaises. Les cœurs sont chamboulés, heureux de retrouver leurs amis, grands et petits. Une soirée qui fait du bien, rythmée par la courses et les cris des enfants qui organisent un plan d'évasion réussi entre les chips, la cave, et le dessert. Merci Marion, Lucile, Isa et Didier pour la surprise ! Le lendemain, on grossit les rangs sur la route de Bonrepos avec Nina qui nous porte chance ; deux biches fusent comme des éclairs sur le bord de la route ! Pauline et Benoît nous accueillent et nous font visiter leur future maison. Tout est à refaire, à commencer par l'installation du bain nordique sous les étoiles. Dommage, on arrive trop tôt ! Alors qu'ils n'ont pas encore finalisé l'achat, Tintan prend les devants de leur réputation. Caché derrière la maison pour sa douche, il salue le voisin qui le prend pour Benoît, en étant nu comme un ver ! Quelques coups de pédale en compagnie de nos sympathiques menuisiers Catherine et Perdo, puis on est accueillis par Marie Elise et Vincent pour un repas jovial sous le soleil de Tournay. Un petit coucou à la maîtresse Corina, et nous voilà chez Virginie et Vassili qui remarquent que le voyage nous a transformé ; Nous n'avons plus peur de leurs chiens qui nous sautent dessus ! Un petit bisou à Amélie et sa famille, et le dernier jour du voyage se lève sur les Pyrénées. A la gare de Tournay, Romaric, Hugues, Myriam et Pierre sortent du train et prennent notre roue. Le peloton se croirait en plein tour de France en arrivant à la hauteur de Bastien, Fantine et Baptiste qui, bobs vissés sur la tête au bord de la route, agitent si fort leurs cloches bovines qu'un voisin vient voir ce qu'il se passe avec son chien tout excité. Il se demande pourquoi la transhumance passe par là ! Tel le maillot jaune buvant sa coupe de champagne avant d'entrer sur les champs Elysée, nous sifflons les bières que nous tend Bastien avant la dernière descente. A Séméac, c'est au tour de Pascale, Robin, Gaëlle, Jeanne et Marius de nous rejoindre... en route pour notre chez nous où nous sommes accueillis par les câlins de Marie la voisine et le panier gourmand de Laurent. Le temps de faire le tour du jardin et une belle photo dans la jungle, nous repartons pour le jardin Massey, où le comité d'accueil s'étoffe encore pour un pic-nic partagé. Quel bonheur d'être si bien entourés ! Il ne nous reste plus qu'à rendre notre quotidien retrouvé aussi palpitant que notre voyage terminé. Merci à tous pour votre accueil, nous sommes heureux de vous retrouver !
A peine rentrés chez nous, les enfants filent retrouver leur chambre avec émotion. On aère la maison, on pèse notre bardas et on déballe tout le contenu de nos sacoches... quel bazar !
Simon retrouve son violon, Tintan son piano...
Les enfants souhaitaient faire une dernière nuit sous la tente dans le jardin, mais leur univers retrouvé leur fait oublier l'idée, on est bien chez nous!
Dimanche : rangement, lessives et repos.
Lundi : école, activités et boulot...
C'est reparti pour de nouvelles aventures !
Italie du nord de Stupizza à Bardonecchia
Du 24 Septembre au 1er Octobre, km 5201
Depuis Meylan, le 11 Octobre
Des nouveaux copains
A peine passée la frontière Italienne, encouragés par le cerf qui brame à notre passage, sans doute pour prévenir les chevreuils qui se planquent au bord de la route, nous trouvons un joli coin au bord de l’eau. Le lieu est déjà habité, nous plantons la tente à côté d’un camping car français. A travers les vitres, on devine trois petites frimousses. Alors, une fois la routine du soir accomplie, nous allons toquer chez nos voisins, curieux d’une nouvelle rencontre. Bien nous en a pris, on passe un bon moment à papoter alors qu’ils étaient sur le départ pour rouler de nuit. Nous avons Venise comme destination commune, de bons moments en perspective, nous allons nous retrouver là bas !
Venise côté camping
On s’attendait à galérer sous la pluie pour rejoindre la première gare pour nous propulser à Venise, c’est un vent de dos qui nous pousse jusqu’à Udine. Les premières gouttes arrivent quand on a les billets en main, un timing de professionnel ! Les vélos prennent leurs aises, seuls dans le wagon vélo puis sur les pistes cyclables entre Mestre et le camping de Fusina. C’est tellement fluide que Tachou ne s’aperçoit même pas qu’on traverse une immense zone industrielle portuaire, elle ne voit que deux choses ; le confort d’être en sécurité sur des pistes cyclables, puis la magie de déboucher au milieu des marais après avoir traversé une haie au fond d’un champ. Un endroit parfait pour les moustiques et les haricots économes qui grappillent une nuit dans la nature.
De bon matin, nous allons retrouver Amandine, Benoît, Eliott, Isée et Suzie pour une journée repos au camping, ça tombe bien le soleil chauffe déjà la piscine ! Il faut des bonnets de bain ? Super, on va enfin pouvoir découper le burkini qui moisit depuis la Tunisie ! Quelques coups de ciseaux, tours d’aiguille et leçons de couture aux enfants plus tard, six têtes fièrement assorties d’un motif à fleurs d’un goût douteux galopent vers leur terrain de jeu du jour. Heureux dans l’eau, joyeux d’avoir de nouveaux copains pour se lancer les balles, les enfants s’en donnent à cœur joie jusqu’à la nuit qui prend le relais avec des jeux de société dans le carré du camping car. Pour les grands, la bulle d’air frais qu’offre cette nouvelle rencontre se remplit d’échanges et de discussions et ne s’éclate que tard le soir. On n’a pas vu passer la journée et ça fait du bien !
Venise côté canaux
Après avoir repéré la logique financière de la compagnie des vaporetto, nous décidons de limiter la casse et optimisons au maximum notre journée en territoire touristique. C’est ainsi qu’on a l’honneur d’arriver de bonne heure sur une piazza San Marco presque vide d’humains mais pleine de flaques d’eau de mer qui remonte par les bouches d’égout en créant des miroirs qui doublent les dentelles de la basilique Saint Marc. C’est l’« aqua alta » et les vagues débordent sur les trottoirs et mouillent nos pieds ! Pas le temps de soupirer, on passe devant le pont pour sauter dans le vaporetto et serpenter sur le canal grande, puis courir attraper un autre vaporetto qui vogue vers les merveilles en verre de Murano. Impossible de ne pas lécher les vitrines devant une telle beauté. Dur de décrocher les yeux de cette molle pâte rouge qui se transforme en quelques secondes en cheval clinquant et fougueux grâce aux gestes magique des souffleurs! Un art hypnotisant et infini qui nous a beaucoup plu ! A Murano, l’activité et la vie semblent tracer leur route malgré le tourisme. A Venise, c’est la foule, on s’offre un parcours sans but à la découverte des ruelles et des canaux, c’est beau ! Dommage qu’il soit devenu intenable de vivre ici pour la plupart des vénitiens qui préfèrent fuir à Mestre pour des raisons économiques et pratiques !
De retour au camping on a fait le tour de l’horloge, et les enfants ont perdu le nord, l’état d’excitation est incompréhensible, ils sont inépuisables !
Venise côté Lagune
Quelle belle idée d’aller tâter le bitume sur les îles de la lagune ! Sur le papier, c’est charmant, rouler entre la mer et la lagune au milieu de jolis villages colorés… En réalité, c’est plus sportif pour l’organisation et le porte monnaie. Après avoir traversé le pont de Venise à vélo et admiré une dernière fois cette ville insolite depuis le canal San Giorgio, nous arrivons à Lido et pédalons sur la fine bande de terre qui referme la lagune. L’orage se rapproche puis s’abat sur nous au fond d’un cul de sac, nous affrontons la colère du ciel en plein face. Puis un contre la montre est lancé, on a 75 minutes pour caler les deux traversées dans le même ticket, voyager à cinq à Venise avec les vélos, c’est pas cadeau ! La nature et le destin sont plus généreux, ils nous invitent à un spectacle de lumière haut en couleurs. Les façades multicolores de Pellestrina éclatent leurs pigments devant un ciel d’encre lavé par la pluie. Nous avons l’impression de changer de repère spatio-temporel et d’évoluer au milieu d’un bel arc en ciel.
En grappillant quelques minutes sur la validité de notre ticket, nous arrivons soulagés à Chioggia. Ville charmante et animée, construite autour de canaux, nous n’en profitons pas et filons au plus vite dans la campagne pour trouver refuge quelque part avant la nuit. C’est tard dans le noir et épuisés que nous négocions, à bout de nerf, le droit de planter la tente dans le camping au bout de la punta Bacucco. Ils ferment le lendemain pour la saison, refusant de prime abord de nous accueillir. Mais trois enfants à vélo arrivant de nuit avec une maman qui a les larmes aux yeux forment un passeport humain sans faille! La journée a été difficile.
Un voyage qui sent la fin
A partir de là, la nécessité d’organiser le retour nous rattrape, chassant l’insouciance du quotidien qui nous a accompagnée jusqu’ici. Les dates des réunions de familles en France sont à caler avec les horaires des trains pour traverser le nord de l’Italie et rejoindre la vallée de la Maurienne. Mais nous avons deux contraintes de taille à intégrer ; une grève des trains en Italie et une coupure de la liaison ferroviaire entre l’Italie et la France suite aux éboulements de 2023 à Modane.
Mais avant d'affronter quelques hostilités, cap sur Padoue en longeant tranquillement le fleuve Brenta, canalisé par une digue pour éviter les dépôts de sédiments dans la lagune de Venise. Le soir, après s'être fait crié dessus par une madone en grande forme alors que nous cherchions un coin pour la nuit, nous restons sur nos gardes, et trouvons refuge derrière l'église de Roncajette. Le nom est rigolo, c'est ça de gagné ! Pour ne pas dépasser alors que la tente rentre au chausse pied, quelques branches piquantes de la haie sont coupées et nos conversations chuchotées! Le lendemain, en partant rejoindre Padoue, Saint Antoine, le gardien des objets des objets perdus, se manifeste dès notre départ; un coup d'œil rapide au bivouac nous permet de ne pas oublier notre sac de sardines de tente qui a bien failli rester caché ici!
Une belle journée pimentée
Nous allons remercier Saint Antoine pour les sardines, traversons le "prato della valle", la plus grande place d'Europe parcourue d'un anneau d'eau et allons prendre le train. Dès le guichet, ça se gâte, c'est la grève et nos plans initiaux doivent être modifiés pour des raisons pratiques de trains qui ne prennent pas les vélos. Pour faire simple, Simon déclenche en jouant le freinage d'urgence avant d'arriver à Vérone. Le bonhomme s'en sort comme un chef et le train arrive dans son dernier élan juste sur le quai. Une chance miraculeuse! Puis le second train est annulé. Surprise, il est finalement remis sur rails cinq minutes avant son départ. Cinq minutes dans lesquelles nous vivrons le stress d'une carte bancaire en panne, une autre bloquée par un code pin oublié (un voyage à vélo, ça déconnecte bien le cerveau!), un miracle que la première carte remarche, une machine qui ne crache qu'un seul billet sur les cinq, un réparateur qui lui ouvre les entrailles, une course pour atteindre le train en traversant les rails là où c'est interdit, un soulagement immense de s'asseoir, enfin, de sortir l'ordinateur pour trier les photos, recharger le téléphone et la batterie externe. Nous traversons une journée taquine, le chef de train annonce: le train est annulé, veuillez sortir! Mais bien sûr ! Attend, on se repose un peu quand même! Quand on se bouge, les portes du train sont bloquées et cela nous permet de clôturer l'épisode en beauté ; Tintan déclenche le freinage d'urgence pour la deuxième fois de la journée pour qu'on vienne nous délivrer! On est bien, surtout quand on s'aperçoit que le matelas d'Héloïse à disparu ! Tant mieux, cela nous aide à choisir le programme immédiat. Quand on ressort de décathlon, on rencontre Juliano qui nous sourit, les mains remplies d’œufs frais. Nous lui demandons l'hospitalité. Pour le reste, nous verrons demain, ce soir le vin rouge pétillant fera son travail et la soirée est joyeusement détendue! Le matin, notre ami apporte les croissants devant la tente, la journée commence bien! Tellement bien que la grève s'est volatilisée, les trains s'enchaînent, Milan puis Turin, puis Bardonecchia... tous les quais sont accessibles à vélos, le train qui était sensé refuser les vélos les accepte, la navette qui rejoint Modane aussi et sans bien réaliser ce qui nous arrive, nous nous retrouvons à Modane chez des amis devant un bon plat de lasagnes, avec une journée d'avance sur le planning!
Bilan de l'Italie
Passage express en Italie du nord, on a profité de Venise pour nous reposer et faire découvrir aux enfants la magie du verre et des canaux. Côté vélo, pas beaucoup de kilomètres, côté trains, une belle aventure!
Slovénie, de Bregana à Kobarid
Du 16 au 23 Septembre, km 4999
Depuis le train vers Milano, le 1er Octobre
Changement de standing !
Un sentiment de propreté nous envahit dès les premiers tours de roue en Slovénie. Après le petit pont piéton qui nous fait changer de pays en douce, des souvenirs reviennent. L’asphalte lisse et bien délimité qui se courbe au milieu des champs tondus bien à raz et les maisons d’où aucun cheveux ne dépasse nous rappelle l’Autriche. On a du mal à faire la différence entre le golfe et les champs à foin. L’ambiance des Balkans semble s’éloigner d’un seul coup ! Nous osons toutefois traverser un beau tapis vert pour atteindre un recoin caché pour passer la nuit. Les enfants partent explorer le petit bois et reviennent euphoriques ; « il y a une rivière trop belle où on peut se baigner, en plus elle est chaude ! » Nos enfants ont changé leur référentiel de confort, nous découvrons un petit ruisselet tout simple aux abords boueux et entouré de quelques orchidées sauvages. C’est beau l’enfance ! Nous pouvons ainsi nous accorder en toute facilité sur le niveau de propreté de ce nouveau pays. Seuls nos pieds sont plein de boue ! La tente elle, prendra sa douche toute la nuit !
La pluie en botte c’est beaucoup mieux !
Le soleil matinal éphémère réchauffe notre tente qui rejoindra son sac toute sèche ce matin ! Quel luxe ! Nous aussi, on est sereins d’entamer cette journée au sec. La pluie s’invite plus tard dans la matinée et nous en sommes ravis ; les enfants sont trop contents d’enfiler leurs nouveaux pantalons et bottes de pluie, quel enthousiasme !
La Slovénie prend soin des cyclistes, ils ont de belles petites routes qu’ils transforment parfois en longues pistes cyclables et rendent le voyage ultra confortable !
Les seuls accrocs consistent à lire sur les panneaux le nom des villages qui défilent entre deux ponts en bois. Ainsi, à Cerklje ob Krki, on se réfugie dans une crèche en bois entre le chemin de croix et l’église pour une pause pic-nic au sec. Enfin, pas pour tous, les enfants restent dehors à courir sous la pluie pour un relais équestre dont l’enthousiasme est proportionnel aux nombre de gouttes qui les arrosent. Le soir venus, trempés, nous tentons une approche chez l’habitant. La fameuse technique de frapper à une porte à côté d’une grange pour demander de l’eau... sans aucune arrière pensée bien entendu ! Nous repartons avec les gourdes pleines, l’Algérie est déjà bien loin ! Un troupeau de chevaux déboule sur nous au triple galop, faisant vibrer le sol et nos cœurs, de quoi faire le plein de bonne énergie pour planter la tente sous la pluie au fond d’une impasse agricole.
Le lendemain, le départ est bien humide, nous poussons jusqu’à Novo Mestro où les halles vides du marché se transforment en eldorado pour famille mouillée. Les tables se transforment en étendage à tente et en plan de travail de cuisine pour un repas chaud. Les prises électriques inspirent Tintan qui travaille sur le film de la Serbie. Les enfants se réconfortent devant leur série « grand galop » et Tachou, qui voulait en profiter pour lire n’arrive pas à la fin de la première page et se met à roupiller !
Les toilettes publiques Slovènes !
Notre visite aux toilettes du marché dépasse toutes nos attentes. Nous osons à peine marcher pour ne pas salir le carrelage blanc. On passe avec gêne devant la maîtresse des lieux après s’être affranchit des 0,30€ requis. On pourrait manger par terre, en écoutant de la musique relaxante, mais nous faisons nos affaires! En ressortant, elle nous sourit et offre aux enfants des bonbons, accompagnés d’un petit papier ; la facture de notre visite en ces lieux, en HT et TTC pour lever le doute ! Son diplôme en main, Tachou rentre victorieuse, Tintan et Héloïse sont jaloux et partent eux aussi chercher leur attestation de caca !
Une belle rencontre !
Une grande toiture en bois abritant tables et bancs à l’orée d’une forêt cache un joli petit endroit plat en contrebas parfait pour la tente. Même s’il est bien tôt et que la pluie s’en est allée pour de bon, notre instinct nous arrête ici. Nous travaillons avant de manger, c’est une grande soirée ! Au milieu des pâtes, alors que de multiples habitants passent sur la piste cyclable pour leur footing ou balade du soir, nous réveillons la curiosité de Sandra qui s’arrête. Elle nous demande si nous avons besoin de quelque chose ; « une douche ? Réparer vos vélos ? J’habite juste en bas, vous pouvez venir frapper si besoin ». Nous déclinons car nous avons tout ce qu’il nous faut. Elle repart mais, sachant qu’elle repassera, nous décidons que nous allons forcer un peu le destin à son retour. Une heure plus tard, nous sentons le savon dans son salon en regardant quelques films du voyage. Ce soir, elle avait prévu d’aller au cinéma, c’est le cinéma qui est allé chez elle ! Sandra rayonne d’une belle énergie, sa maison est équipée d’un appareil qui apporte des ions négatifs pour régénérer le corps et son mode de vie respecte au maximum sa santé. Elle a eu un cancer et a été opérée il y a deux ans. Elle avait l’habitude de partir à l’aventure à vélo, mais elle ne peut plus, pour l’instant. Elle doit changer l’ensemble de ses habitudes de vie pour repartir du bon pied, adapter son métier de masseuse et aussi, déménager pour aller de l’avant. « Pour le petit déjeuner, vous préférez du riz au lait ou des crêpes ? » C’est avec un verre de citronnade fraîchement infusé, un autre de lait d’amande, dattes et noix de coco tout juste mixé que nous étalons le chocolat dans nos assiettes. On est bien ici, elle nous partage sa façon de prendre la vie, nous raconte comment elle demande à l’univers les changements qu’elle veut accueillir dans sa vie avec la méthode EFT qui permet de guérir les émotions.
Les larmes coulent au moment de partir.
C’était une belle rencontre, nous partons le cœur en fête, la pluie a laissé place à un soleil radieux !
A la pause de midi, nous la recroisons alors qu’elle passe devant nous en voiture. Dans un élan sorti du fond de son cœur, Alice va chercher sa girafe ventilateur en plastique rose et lui offre, touchée. Les enfants ont des capteurs de bonnes ondes !
Une campagne de luxe
La campagne slovène possède quelques caractéristiques.
L’herbe est toujours bien tondue et bien propre.
Les greniers à foin font partie du paysage. Structures ajourées en bois sombre, leur transparence dépend de la saison. Les murs extérieurs sont constitués de poutres horizontales espacées qui servent de support pour sécher le foin ou le maïs. Sous le faîtage, au cœur du grenier, une mezzanine fermée par du treillis accueille les bottes de foins. Le résultat est très charmant !
Parfois, de grands troncs ébranchés et décorés sont plantés devant les maisons. À leur sommet, un chiffre, 30, 40, 50, 60… ils annoncent l’âge des heureux fêtards !
Les chasseurs partent en chasse
Un soir, on n’arrive pas à décrocher les enfants de la barrière des chevaux. Le coucher de soleil est magnifique et fait briller les crinières. On lorgne sur les jolies clairières juste derrière leur champs. Le spot parfait ! Nous sommes prêts à sortir l’apéro, la chambre est bien installée. Le moment parfait pour voir arriver la voiture des chasseurs qui nous chassent en avant première. Ils viennent installer leurs appâts, nous désinstallons notre apparat. Un peu plus loin, la rivière est humide mais bien plus accueillante avec son ponton en bois, ses tables et bancs, son canoë coulé, ses toilettes, son eau et son électricité. Le spot que nous a conseillé Sandra est top. Le vrai luxe en pleine nature qui nous permet même de voir passer un martin pêcheur dans un éclair bleuté.
De gentils visiteurs à Ljubljana
Le lendemain, même topo, le campement est bien installé, caché dans un champs en bordure de Ljubjiana, quand nous voyons arriver deux personnes. Prêts à être délogés, nous maudissons la loi des séries. Mais ce couple se promène, simplement à la recherche d’un passage dans cette impasse. Nous papotons voyage, ils baroudent aussi, nous conseillent de changer notre itinéraire pour aller pédaler le long de la rivière Soča et nous restons bien cachés dans notre champs. Et heureusement, car le matin venu, deux habitués viennent grignoter l’herbe d’un pas hésitant en restant sur le qui-vive. Nous admirons sans bouger le ballet de deux chevreuils sortis des maïs avant qu’ils ne s’échappent en quelques bonds gracieux et élancés vers d’autres épis.
Au loin, la neige a déjà saupoudré les sommets autrichiens et devant nous, Ljubljana nous ouvre ses pistes cyclables. La traversée de la capitale s’effectue comme un slalom entre les nombreux touristes. La ville est belle, propre, possède quelques détails insolites que nous prenons plaisir à découvrir, comme cette longue sculpture qui habite une mini ruelle, composée de centaines de têtes métalliques clouées au sol dans un caniveau qui se remplit en actionnant la petite statue qui est, en réalité, une fontaine. Les dragons, symbole de la ville, nous regardent déguster un bon padthaï, spécialité non-locale, sur la place du marché très animée, puis nous allons visiter le musée du chemin de fer. Les enfants escaladent les locomotives sorties de tous les âges, observent comment fonctionnent les aiguillages et regardent passer le train électrique avec des étoiles dans les yeux. On s’y croirait presque ! A l’époque, il n’y avait pas de compartiments pour les vélos, mais quelque chose de beaucoup mieux : un vélo à quatre roues qui avance sur les rails. Parfait pour rattraper son train quand on l’a raté !
Un accueil sportif!
« Hello, it’s wonderfull to travel on the bike, where are you going to sleep tonight ? » Le dynamisme d’Ana est communicatif. Nous avions prévu un bivouac tranquille dans la nature, nous repartons avec elle pour honorer cette rencontre dynamique! Ana rentre de son travail et doit repartir ce soir en week end, mais son mari Boris et sa fille Isabella sont là. Ils quitteront la maison demain à 7h du matin, donc c’est bon ! Elle nous cuisine des pâtes en même temps qu’elle papote et range la cuisine, avant de faire une heure de ménage intensif comme tous les vendredis soir. Boris rentre du travail, engloutit son assiette de bolognaise juste à temps pour conduire sa fille et les petits voisins à l’heure à l’escalade. Il en profitera pour courir une heure, un bon entraînement pour le trail de demain en Hongrie. Ana part quand Boris rentre. Isabella dessine pour se détendre entre les prises d’escalades et la course qui l’attend demain matin. Nous envahissons le garage de nos duvets et mettons le réveil car tout doit être rangé demain à 7h. Une belle incursion dans une famille qui vit à cent à l’heure et qui croque la vie à pleine dents, faisant de chaque imprévu l’occasion de vivre de nouvelles expériences. Nous repartons à l’heure de la rosée avec dans nos sacoches des petits sachets d’« energypip », mélange de miel, guarana et acérola. Tout un symbole de la part de cette famille hors du commun !
Une journée sans fin
Comme si cette famille nous avait donné de l’élan, nous sommes lancés comme des flèches pour la journée et ratons le premier virage à Škofja Loka. On se rend compte au bout de 10 km qu’on s’est planté de route et de vallée ! Qu’à cela ne tienne, on sort nos sachets d’energypip et les enfants tètent quelques gouttes qui leur remet les idées mais surtout les jambes en place. Le contexte est pourtant périlleux ; aux 40 km de montée prévus pour franchir le col de Petrovo Brdo avant la nuit, s’ajoutent 20 km d’erreur. Nous jouons un contre la montre avec la météo qui nous laisse 72 heures pour profiter des montagnes le long de la rivière Soča avant une météo orageuse et très arrosée. Les enfants rentrent avec courage dans le jeu de cette « journée défi » et l’ambiance est joyeuse. Après une courte pause de midi pour rattraper le retard, on met les bouchées double à travers une magnifique vallée parcourue d’un torrent turquoise qui descend entres les jolis villages aux jardins bien tondus, bordés de tas de bois tirés au cordeau. Les slovènes n’ont pas l’air d’aimer ce qui dépasse. Pourtant, sur leurs vélos, ils n’arrêtent pas de nous dépasser depuis ce matin ! Plus confiants que jamais sur l’objectif ambitieux du jour, nous grimpons doucement mais sûrement. D’un coup, Tintan s’affole. « j’ai oublié mon couteau sur la table du pic nic ! » Son couteau sentimental acheté chez les Ouigours il y a treize ans et qu’il ne quitte jamais. Pas question de l’abandonner ici. Dix secondes plus tard, il repart dans l’autre sens en laissant Héloïse avec une énigme de taille à résoudre. « Sachant que papa fait du 20 km par heure de moyenne, qu’il est 15h25 et qu’il a oublié son couteau à 6 km d’ici, à quelle heure devrons-nous commencer à nous inquiéter de ne pas le voir revenir ? » Finalement, Tintan a fait du 26 km par heure de moyenne et n’a pas laissé le temps à Héloïse de finaliser son raisonnement. Tout est bien qui finit bien ! Le bivouac sera un peu périlleux à la tombée de la nuit, après une belle descente et 76 km au compteur. On a bien dormi !
Victimes d’un marketing bien ficelé
Ah, les supermarchés « Mercator » nous ont bien eu. Ça commence par d’innocents sachets d’autocollants distribués aux enfants avec le ticket de caisse. Des morceaux de puzzle d’animaux, rien de bien méchant à première vue. Forcément, ça donne envie d’avoir les autres morceaux, alors on retourne tous les jours faire les emplettes chez eux. Quotidiennement, les enfants récupèrent quelques autocollants de plus et passent devant le même étalage de peluches trop mignonnes. Alice commence à rêver au pays merveilleux où elle pourrait jouer avec la jolie renarde toute douce qui a une fleur rouge sur le front et qu’elle négocie, en vain, auprès de maman ou de papa. Mais un jour, tout s’accélère et une offensive met grandement à mal la résistance parentale. La dame de la caisse voit les choses en grand et laisse aux enfants la totalité de son tas d’autocollant avec le document fatidique qui leur manquait : le coupon à remplir avec les vignettes bonus qui permettent d’acquérir les peluches à moitié prix ! Malheur ! Avec le paquet qu’ils ont on a de quoi acheter six peluches, on est cuits ! Le lendemain, après vingts minutes de grande négociation pour trouver un compromis impossible, nous repartons avec trois enfants ravis derrière leurs guidons décorés par de joyeuses proues nommées Ciboulette la tortue, Lisa la renarde et Noisette l’écureuil. C’est chouette de voyager à vélo, cela permet de rapporter plein de souvenirs, on trouve toujours de la place !
Les eaux féeriques de la rivière Soča
Déjà de bon matin, après un petit déjeuner plein de soleil, de café pour certains et de poneys à caresser pour d'autres, les eaux de la rivière que nous descendons sont alléchantes. Mais en débouchant à Most Na Soči, le jaune des bancs publics sur fond d'eau bleue turquoise écarquille nos pupilles. A partir de maintenant, nous remontons la rivière Soča en lorgnant plus souvent sur l'eau que sur les panneaux. C'est dimanche, nos sacoches sont vides et les supérettes sont toutes fermées depuis hier midi. La boulangerie de Tolmin a eu la bonne idée de ne pas faire comme tout le monde et nous l'en remercions, elle nous sauve jusqu'au petit déjeuner du lendemain!
La météo nous force à avancer avant les prochains jours bien pluvieux. Nous faisons quand même honneur aux derniers chauds rayons de la saison en plongeant dans l'eau dont les reflets concurrencent ceux des caraïbes. La ressemblance s'arrête au visuel. La température nous glace, même si nous tentons de faire diversion en ressortant le masque, le tuba et les bouées canard et licorne !
De quoi attirer la curiosité de Pascale et Nico, deux français du nord bien sympathiques qui voyagent dans leur voiture-tortue, la tente sur le toit et les vélos toujours prêts à fouler les jolies routes. On dirait pas comme ça, mais eux vont au travail, un séminaire de paysagistes à Vienne, autant rentabiliser le trajet et faire quelques détours! Ils ont bien raison! A cause de leur sympathie, notre contre la montre météo prend un coup dans l'aile, mais c'est pas grave. Aussi, ils nous rappellent clairement ce que nous tentions de ne pas savoir; le camping sauvage est strictement interdit en Slovénie, passible de 40 € d'amende par duvet. Ah oui, quand même ! Ça vous dit qu'on se retrouve au camping à Borec ce soir?
L'idée était sympa, la facture un peu moins. Ici, c'est un peu le "Chamonix" local du kayak (la rivière Soča est aussi belle que le Mont Blanc dans son genre), alors la clientèle ne se ramène pas en vélo-sacoches en passant par le Magreb pour venir mais plutôt en van WolfWagen avec les kayaks sur le toit. Pas le même budget, même si ça fait aussi rêver ! 65 € pour planter une tente sur un parking, on bat notre record du voyage. C'est la faute des portes des sanitaires. Magnifiques menuiseries coulissantes en verre, elles s'ouvrent avec un digicode, comme les cartes bancaires!
Heureusement, le paysage qu'on a traversé pour venir ici était aussi magnifique que la soirée qu'on passe autour du feu avec nos joyeux compagnons. Les enfants s'évadent devant le spectacle hypnotique des flammes qui réconfortent leurs cœurs fatigués après ces deux dernières journées épuisantes. Les branches aux bouts rouges leur donne des idées artistiques, ils dessinent des vaisseaux lumineux sous le ciel étoilé. On aimerait bien rester ici pour se reposer mais des trombes d'eau sont annoncées et il faudra repartir demain matin avant de les affronter!
Une piste pas cyclable
Les bonnes idées de nos joyeux paysagistes ne s'arrêtent pas là. Sur leur carte est indiquée une piste cyclable qui longe la rivière sur l'autre rive. Un alléchant itinéraire pour redescendre au plus près de l'eau, pic niquer les orteils au frais et passer en Italie dans la journée. Étonnant que nous ne l'ayons pas vu! La fleur au guidon, nous nous lançons sans le savoir dans un véritable combat. Le chemin se transforme en chantier sur la moitié de l'itinéraire. Les chenilles et pelleteuses préparent la couche de structure avant le bitume, élargissent la voie, dans des pentes à 15%. De surcroît, on ne voit même pas la rivière. Après les deux dernières journées ultra sportives, il ne reste plus beaucoup de ressources aux enfants qui souffrent. On avance aussi lentement à la montée qu'à la descente, pour éviter les chutes de nos petits singes ! Quand on arrive à la fin de ce calvaire, il est 15h, l'heure du pic nic!
On ne l'a pas volé !
Une plage de sable blanc, des rochers arrondis, une eau allant du vert au bleu turquoise en fonction de la lumière du soleil... depuis la passerelle en bois qui se balance sous nos pas pour rejoindre la rive civilisée de la Soča, nous découvrons notre "restaurant" bien mérité. Comme apéro, baignade et séance photo! On dévore les sandwiches et tentons de gérer les émotions houleuses des enfants.
Depuis hier, Tintan est tout fou et dégaine l’appareil dès qu’un kayak passe. Il aurait bien aimé accompagner les potentiels collègues en combinaison qui le narguent en surfant sur les rapides.
Il est temps qu'on se repose, reste à rejoindre l'Italie et la gare la plus proche pour rejoindre Venise en train pour passer entre les gouttes!
Bilan de la Slovénie
Petit pays, bien propre et bien organisé, il détonne face aux autres pays de l'ex-Yougoslavie. Ici, les bûches se font corriger si elles ne suivent pas le cordeau du tas bien rangé et les brins d'herbe couper la tête dès qu'ils osent dépasser quatre centimètres. Les insectes n'ont qu'à aller butiner les fleurs ailleurs!
Pour les vélos, tout est bien pensé et les grosses routes sont quasiment toujours longées par des pistes cyclables !
On sent que l'Autriche est proche, d'un point de vue géographie et culturel!
Les slovènes sont plutôt discrets alors nous sommes heureux d'avoir pu être accueillis deux fois spontanément chez l'habitant. Une belle hospitalité !
La nature est préservée, nous avons ici aussi entendu des loups tout près de la tente et des cerfs bramer au bord de la route. Pas de trace des ours, ils sont partis récupérer leurs copains kidnappés dans les Pyrénées !
Croatie, de Ilok à Bregana
Du 4 au 15 Septembre, km 4661
Depuis Ljubljana, le 20 Septembre
Vukovar, un mémorial pour ne pas oublier
La Croatie commence par une partie de casse pattes; les montées et les descentes se succèdent sur cette route qui longe le Danube. A midi, une cyclo passe devant nous sans nous voir. En manque de rencontres, on fait jouer le pile ou face pour savoir si on écourte notre pause pour la rattraper. On repart, mais nous ne la rattraperons pas. Mais la pièce a vu juste, et nous a offert le temps dont nous avions besoin pour visiter le nouveau mémorial de Vukovar. Château d'eau en ruine lors de notre passage en 2011, ce bâtiment emblématique de la résistance croate face aux serbes accueille désormais les visiteurs dans un projet moderne de métal et de verre, pour ne pas oublier cette guerre et les terribles combats qui ont eu lieu à Vukovar lors du siège de la ville entre août et novembre 1991. Nous grimpons dans cette tour qui est devenue un véritable gruyère sous les 680 impacts qui l'ont perforée sans la faire tomber. Films et photos relatent l'histoire de ce qui ne devrait pas exister. Ici a eu lieu l’épisode le plus sanglant de la guerre de Yougoslavie et encore aujourd’hui, serbes et croates évitent de se fréquenter dans cette ville traumatisée, les écoliers allant dans des écoles séparées ! Dans le centre ville, quelques maisons perforées de mille impacts subsistent telles qu'elles étaient lors du conflit. Le contraste est saisissant à côté de leurs voisines reconstruites après avoir été réduites en cendres. Ne pas oublier, et ne pas recommencer, surtout!
Dur dur de faire pipi ici!
L'urbanisme dans cette région de Croatie est très spécial, les villages sont tous collés les uns aux autres, les maisons se succèdent sans arrêt sur des dizaines de kilomètres.
Un agréable côté hypnotisant qui inspire plein d'idées. Les maisons sont de style austro-hongrois, en terre cuite ou crue, leurs pignons décoré accueillent une porte d'entrée qui s'ouvre sur une galerie couverte où s'enchaînent les différentes pièces. Ici, la grandeur de la maison se définit par sa longueur!
Un autre côté moins agréable, c'est l'absence de coin pipi. Un petit chemin qui part à gauche, le pauvre, on lui fait sa fête! Dans cette histoire, on augmente sensiblement notre moyenne kilométrique!
Đakovo
L'immense cathédrale qui domine Dakovo impose le respect. Sa raison d'être est destinée à la fois aux catholiques et aux orthodoxes, dans un élan de fraternité. Seul bâtiment de grande hauteur de la ville, elle nous fait voyager au temps des cathédrales et impose sa silhouette solitaire des kilomètres à la ronde. On la voit de loin qui observe les enfants installer, comme chaque jour, leur grand manège riche de nombreux obstacles-sacoches. Grande nouveauté ce matin, les parents enclanchent le chronomètre et participent au concours ! On a tous gagné le droit de repartir vers la surprise du jour: Le haras Ivandvor, créé au XIIIème siècle, est l'un des plus vieux et plus grand élevage d'Europe. La reine Elizabeth et ses princes sont venus en 1972 voir s'il n'y avait pas une princesse cachée derrière ces chevaux de race Lipizzan. On fait le tour du propriétaire et les enfants sont heureux. "Y'a même un poulain qui tête sa maman !"
Une route de rêve
On fait nos courses quotidiennes, les vélos garés devant une maison où l'on peut acheter du miel. On refait le plein de nectar sucré et comme nous n'avons pas la monnaie, on repart avec un baume à la cire d'abeille et un paquet de biscuits. Un bon échange! La D38 que nous suivons nous émerveille, et nous offre une magnifique journée cycliste. Seuls sur l'asphalte neuf avec de jolis virages qui slaloment au milieu de belles maisons rouges en briques apparentes... et au milieu jaillit une source, dans laquelle barbottent quelques salamandres. Deux motards du coin qui connaissent les beaux spots viennent égayer notre pause de midi dans un gros vrombissement de moteurs. Ici, une table et quelques verres attendent ceux qui passent, il n'y a plus qu'à tremper son verre dans la piscine aux salamandres et se rafraîchir dans une saine simplicité ! Le soir, nous faisons le plein d'eau pour les gourdes et le plein de šlibovič pour le gosier chez Slavo et Drago. C'est moins sain, mais plus joyeux qu'à la source!
Sur notre route vers Perenci, nous profitons d'une parenthèse musicale en écoutant quatre jeunes qui grattent leurs tambouritsa à Požega au milieu de la fête du village. Impulsion suffisante qui lance Tintan sur la voix... notre route vers Perenci sera animée par des gammes et des vocalises très titillantes pour les oreilles, surtout lorsque Simon se décide à emprunter le chemin de son père et joue les bémols. Bientôt un duo de clowns tout en vocalises! Comme décors, on pourrait avoir des courges gigantesques, comme celles qui attendent leurs prix sur des charettes, même si Tintan ne ferait sans doute pas le poids face à la plus grosse!!
Un séjour hors du temps au paradis
Nous sommes attendus chez Mladen et Rada, la sœur de Mira, la maman de Nebojša (nos amis serbes chez qui nous étions une semaine plus tôt). Bref, des gens bien sympas! Pendant la guerre, une partie de la famille étant considérée comme serbe à du fuir en Serbie et à échangé sa maison avec une famille considérée comme croate et qui vivait en Serbie. Sacré schmilblick. Il y a même des villages entiers qui ont été échangé pour éviter les violences. Rada est restée sur les terres familiales. Exemple d'une famille éclatée par le conflit. Aujourd'hui, à Perenci les terres s'agrandissent pour préserver la nature, replanter la forêt, cultiver toutes sortes de fruits mais surtout des pommes et surtout sans aucun produit chimique. L'énergie ici est optimale pour préserver la vie et se ressent sur ses habitants qui nous accueillent comme leurs enfants. On part à la découverte de la tanière du blaireau, voisine de celle du renard, de l'autre côté du fossé. Chez nos amis les animaux aussi il y a des codes à respecter, chacun reste de son côté pour ne pas se déranger. Le saule pleureur, lui, a une belle coupe au carré, les branches égalisées par les bambis qui viennent lui grignoter les feuilles un peu trop basses. Les enfants ouvrent leurs volets dès la première heure du jour au cas où les biches viennent leur faire de l'œil, puis, la journée, ils font la queue derrière la paire de jumelles, pour observer les pics verts au fond du jardin. Heureusement que tout le monde est logé à la même enseigne quand il s'agit de regarder les photos des fleurs et des animaux sur l'album photo.
Rada transforme dans sa cuisine ce qui pousse au jardin en merveilles pour les papilles. Sa sœur Mira lui a partagé sa passion de la cuisine et tout le monde en profite ! De la simple salade de tomate basilic et à l'huile de pépin de courge, au burek fromage et aux aubergines farcies à l'oignon, les ingrédients sont tellement savoureux qu'on se régale !
Le quotidien ici est rythmé par le caquètement des poules qui annoncent l'arrivée des bons œufs, le grincement de la poulie qui remonte la bonne eau du fond du puits, le bruit d'un couteau qui tranche une pastèque rafraîchissante ou un melon sucré, mais surtout par le bruit du silence qui apaise les âmes.
Une journée à la piscine
Quelle bonne idée d'aller profiter du centre aquatique pour cette dernière journée de canicule! Après les tobbogans, on se prend au jeu à vouloir remonter la rivière enchantée et on en oublie le temps. On regarde l'heure. Notre douche finale se métamorphose en sprint pour ne pas faire attendre Mladen qui vient nous chercher en fin d'après midi. On restera chlorés pour savourer les patates sautées au four qui embaument la maison à notre retour!
Enfin la pluie!
Cela fait deux mois et demi qu'il n'a pas plu en Croatie. La France a du garder toute l'eau pour elle cet été, l'Europe centrale crève la soif depuis le mois de mai! Nous profitons de cette heureuse météo pour prolonger notre séjour au paradis.
Tintan sur le film, Tachou sur le texte, les enfants savent s'occuper tous seuls désormais, sous le regard bienveillant de Rada et Mladen, jonglant entre devoirs en autonomie (une grande première pour Simon!), dessins en série et galop sur les canapés. Soudain, le rouleau de scotch retentit dans le salon. Mladen a trouvé la parade au coussin/selle de cheval d'Alice qui n'arrête pas de glisser. Il lui scelle son sort à grandes brassées de ruban adhésif ! Les rênes, elles, sont bien nouées au bord du canapé et bien ajustées, les galops des enfants sont tels que nos hôtes ne peuvent s'empêcher de se lancer dans un tendre fou rire. Le monde équestre merveilleux des enfants n'a pas de limite !
Nous repartons le cœur plein et apaisé, les sacoches pleines et nettoyées. On a de quoi faire un gros pic-nic et mieller de nombreux yaourts, de quoi semer et récolter de bonnes pêches noires, pastèques jaunes et melons vert. Aussi de quoi donner un beau sourire à Alice qui embarque son nouvel ami Garfield, qui s'appelle désormais Georges et qui prend le vent dans son panier!
Les klaxons tonitruent, les bras s'agitent pour retenir quelques larmes d'émotion et les jambes font le reste, nous éloignant de ces deux jours de repos qui nous ont paru une éternité dans ce lieu où le temps ne se mesure pas en heures.
Des maisons pleines d'histoire
De Nova Gradiška à Lipovljani, les maisons n'arrêtent pas de border la route. Elles déroulent leur histoire comme sur la pellicule d'un film. Certaines sont rénovées, elles se sont maquillées pour cacher tous leurs trous de balles qui les empêchaient d'aller de l'avant. D'autres restent blessées mais continuent à vivre derrière de nouveaux rideaux. Les moins chanceuses sont restées piégées dans le temps, on peut encore imaginer leurs habitants qui s'enfuient pour sauver leur peau sous le coup des bombes. Et y'en a d'autres qui sont en train de retourner à la terre, éventrées par les arbres et les ronces. La guerre ne leur a guère fait de cadeau, tout comme cette église à Medari, complètement pulvérisée. Les zones où la castagne à été plus intense qu'ailleurs sont encore très visibles. C'est déroutant. Les enfants mettent des images sur le mot guerre et comprennent bien que ce n'est pas joyeux!
L'épisode violent du film s'arrête au moment où nous mettons cap au sud pour rejoindre la rivière Sava. Ici, ça va mieux, les maisons nous font aussi voyager dans le temps mais dans le bon sens du terme. Toutes en bois de chêne, massives, cossues, robustes, mais décorées de petits détails gravés en bois, elles sont tout simplement magnifiques! Sur les poteaux et cheminées, les nids de cigognes restent en attente, ce n'est plus la saison.
Le long de la Sava, ça ne va plus !
L'automne pointe le bout de son nez et nous voilà fort dépourvus quand la pluie fut venue. Nous allâmes dénicher quelques habits étanches chez la boutique notre voisine. Mais quelle ne fut pas notre surprise quand le camping-cabane convoité décida de ne point exister! Mais que faisiez-vous tout l'été? Nous campions en sauvage, bien entendu! Et bien continuez, ne vous déplaise!
La tente est mouillées dès sa sortie du sac, cependant nous trouvons une chouette astuce en repoussant ses capacités.
On s'offre un repas froid sous le double toit, et en surprise après le raisin, pas besoin de ressortir sous la pluie. La chambre intérieure de la tente peut se monter au sec par dessous, on installe la première moitié, on y fait passer les enfants, puis on accroche la deuxième partie. Un tour de passe passe bienvenue pour éviter bien des déconvenues!
Toute la nuit la tente prend sa douche, on la démonte comme la veille au petit matin, en prenant au milieu un petit déjeuner presque au sec!
Joker!
"Maman, j'ai froid" "bouhh, sniff, ouinnn!" Ce matin, il pleut à verse. Les Ponchos et pantalons de pluie ne suffisent plus. Ce sont les mains et les pieds qui trinquent et les enfants qui pleurent. Google sait tout; à 10 km à droite, y'a une gare. On change de cap. Ce sera mieux que les 45 km qu'il nous reste pour atteindre Zagreb ! La salle d'attente chauffée est une surprise, on ne pas tout savoir quand même!
Une auberge épicée
Trouver une chambre à Zagreb n'est pas une évidence. Tout est plein, même en haut de l'auberge Himalayenne. Le bouche à oreille opère et nous voilà au milieu d'une cuisine en effervescence, pleine de népalais et d'indiens. Niveau arômes, nos pâtes à la tomate font grise mine même si Simon a voulu changer la donne en renversant la totalité du nouveau poivrier dans le plat. Le riz épicé et les sauces colorées embaument toute l'auberge. Niveau ambiance, nos mines sont enjouées face aux téléphones qui nous prennent en photo! Les travailleurs saisonniers des îles croates se retrouvent tous ici à la fin de l'été, le temps pour eux de trouver un autre emploi ou bien de rentrer chez eux. On devient la famille à vélo qui ne passe pas inaperçue au milieu de tout ce beau monde chaleureux! Ambiance loufoque et improbable mais oh combien agréable!
On dévalise Décathlon
Le Décathlon de Zagreb se souviendra de notre visite, nous repartons avec trois nouveaux pantalons de pluie, trois paires de bottes et cinq paires de gants! De quoi affronter sereinement les prochains jours!
Des tramway dans tous les sens!
Les rames de tramway sillonnent de toute part la ville de Zagreb comme des éclairs bleus. Alors dès que les cahiers scolaires sont terminés, on saute dedans pour aller perdre nos repères au musée de l'illusion. On tombe sans tomber d'une passerelle qui tourne sur elle-même, escaladons en rampant la façade d'un immeuble et prenons une photo sans dessus-dessous la tête en bas. Ici, tout est trompeur et notre âme d'enfant se réveille. Nous récidivons pour un repas rapide à la boulangerie, imbattable en goût et en prix, puis visitons un peu la ville de nuit avant une séance ciné tous dans le même lit. Ce soir nous partons au Kalahari chez les bushmen pour parfaire une tradition de Tachou et ses sœurs devant "les dieux sont tombés sur la tête".
En route pour la Slovénie
La pluie semble en pause, ce matin pour notre départ. Nous découvrons sous une météo plus clémente la capitale croate, ses ruelles chaleureuses et colorées dominées par une cathédrale en réparation depuis le tremblement de terre de 2020. Les rails de tramway nous guident plein ouest pour sortir de la ville vers un nouveau pays. Après avoir traversé le joli village de Samobor, un petit pont qui enjambe la rivière Bregana, réservé aux piétons et aux vélos, nous laisse passer la frontière en toute discrétion!
Bilan de la Croatie
Plus discrets que leurs voisins serbes, les croates sont restés secrets sur notre route. Nous avons été touchés par l’immense violence qui a eu lieu dans ce pays et qui se ressent encore très fortement, à travers les récits des habitants et les stigmates sur les bâtiments. Dur de comprendre comment les humains peuvent en arriver là alors que la plupart des gens aspirent à la paix !
Les paysages sont bucoliques, les villages charmants quoiqu’un peu déserts car ils n’arrivent pas toujours à retenir les jeunes ! Nous avons été inspirés par la vie proche de la nature de Rada et Mladen, leur action pour préserver la vie animale et végétale autour de leur maison qui est un véritable havre de paix. Merci à eux pour leur accueil et leur bienveillance auprès des enfants qui ont bien profité des dossiers de leurs canapés !
Serbie, de Zaječar à Ilok
Du 22 Août au 3 Septembre, km 4 235
Depuis Perenci, le 9 Septembre
Un bel accueil
La Serbie doit bien sentir que nous sommes nostalgiques de quitter la Bulgarie, les steppes sauvages de la région de Belogradchik et le joli visage de la douanière. Elle nous gâte en renchérissant. Un sourire de fée tamponne nos passeports et une route en grand huit nous fait redescendre de notre petit nuage d'altitude pendant de jolis kilomètres. Elle fait même un peu de zèle. On a gagné une heure supplémentaire pour régler avant le soir les affres des changements de pays et, nougatine sur la boule de glace, le coût de de la vie nous sourit! Bienvenue en Serbie!
En arrivant à Zaječar, nous trouvons exactement au même endroit tout ce que nous cherchons: un gars sympa qui veut nous aider, de la monnaie locale, une carte SIM installée par un autre gars sympa qui, sachant que nous sommes français, annonce la couleur ; il a trouvé que les jeux olympiques de Paris étaient les pires qu'il ait jamais vu, il a été choqué! Nous lui expliquons qu'il n'est pas le seul et allons regagner un peu de légèreté au bar d'à côté!
Sa glace terminée, Alice lorgne sur la peluche de la vitrine voisine et tape dans l'œil de la vendeuse. Elle disparaît dans la boutique et revient avec de quoi nous faire des bulles. Ses yeux brillent alors qu'elle tasse les trois ventilateurs en plastique en forme de girafes roses qui ont emménagées dans le panier de son vélo depuis trois semaines. C'est beau et c'est comme si les bulles lui permettaient d'exprimer de nouvelles tirades très pertinentes.
Par exemple, il y a certaines constantes de l'univers connues par seuls les cyclistes qui se meuvent lentement, en montée sur des routes de campagne. J'ai nommé le moucheron qui reste devant les yeux et le nez et qui agace pendant des kilomètres. La veille, Alice a trouvé la parade : parler à l'intru : "tu feras moins le malin, hein, quand tu ne retrouveras plus tes copains à force de me suivre!". Dans un autre registre, tout aussi pragmatique, alors que nous croisons une voiture qui nous salut ; "je ne peux pas leur répondre, car je ne parle pas leur langue et je ne sais pas non plus lâcher ma main du guidon!" Et alors qu'un camion poubelle nous double, Simon renchérit "tiens, ça sent comme en Algérie !" Les enfants sont d'une sincérité fracassante!
On se carapate dans les Carpates serbes !
Notre route traverse une région montagneuse pour rejoindre le Danube. A la montée, les maisons ressemblent à celles qu'on a pu voir en Bulgarie, de forme simple, en bois, terre, et enduit. Magnifiques ces matériaux nobles! A la descente, les rénovations se modernisent et osent la couleur. Ainsi des maisons violettes, vert pomme, roses et bleues se succèdent dans un étalement de richesse évident. Et au milieu, un petit tracteur, guidé par un fermier sympa qui prend la pause, pond des petites bottes de paille rectangulaires. De quoi construire les maisons du futur!
Les villages ici ont encore leur petite épicerie, des jeunes se retrouvent sur la place centrale et la vie est encore là, tranquille. Pour nous, une aubaine. À Luka, après avoir fait le plein d'eau et lavé nos slips devant l'église, on s'offre une petite glace avant de se mettre à la recherche de notre récompense quotidienne : un joli bivouac.
Parfois, nous avons quelques surprises culinaires, un fromage extrêmement douteux qu'on n'arrive même pas à faire fondre sur le feu pour le rendre plus mangeable ou un melon qui n'a du nom que l'aspect. Ça vole dans les buissons. Même si nous n'aimons pas gaspiller, il y a des limites. Quant à la pâte à tartiner bicolore, on lui laissera quelques jours de sursis... en attendant le matin où nous n'en pouvons vraiment plus de son relent de mauvais chocolat aromatisé à la vanille chimique.
Tous les animaux sont nos amis
Ici, nos amis les chiens sont très accueillants et nous autorisent à camper sur leur territoire. Mais ce n'est pas sans contrepartie.
Un soir, ils nous laissent passer devant chez eux en montrant leurs belles canines, alors que nous sommes plein d'espoir sur le potentiel du chemin voisin qui mène à la rivière. Le cul de sac s'impose très vite à nous, tout comme la solution. On décide de se planquer là pour la nuit ; pas envie de repasser devant les molosses alors que le soleil se couche. Les coquins, ils viennent avec fracas voir si tout se passe bien pour nous vers minuit, nous leur répondons avec amabilité à coup d'ultra sons, qui ont l'air de leur clouer le bec. Le lendemain matin, le chef du clan nous regarde passer impassiblement dans l'autre sens. Sans doute que les ultrasons de la nuit lui ont mis la puce à l'oreille !
Le lendemain, deux chiens viennent inspecter avec nonchalance notre campement dans un grand champs au bord de la route en pleine montagne. Ils font un gentil repérage et repartent. Au petit matin, deux chaussures gisent loin de la tente. Les toutous ont été très discrets pour consommer leurs pêchés mignons ; de la sangle de chaussure aromatisée à la transpiration de pied de cycliste. Sympas, ils ont fait du beau travail, la coupure est nette, la réparation est facile et Héloïse repart le matin même, avec une chaussure opérationnelle décorée de quelques points de couture!! Alice a plus de chance, sa chaussure n’a que quelques traces de crocs.
Une autre nuit, tout est calme, peu être trop. Il nous faut un peu d'adrénaline pour garder l'aventure palpitante. Nous sommes dans un vallon bucolique proche du Danube. Et au milieu coule une rivière. Au cœur de la nuit, des hurlements réveillent Tachou. Ce n'est pas la première fois que ces chants accompagnent la lune. Il faut se rendre à l'évidence, plusieurs meutes de loups mesurent leurs cordes vocales en échos tout autour de nous dans la forêt. Sous les étoiles, le moment est une véritable communion avec la nature. Les chiens du voisins tentent grossièrement leur chance, puis tout le monde finit par se rendormir, enfin.
Au fil du Danube
A Moša, juste avant de rejoindre le Danube, nous squattons pour le pic-nic un banc devant le magasin, accompagnant les hommes du coin qui se retrouvent ici tout au long du jour pour partager des bières. Les cadavres de verre sont assez nombreux à côté de leurs chaussures, on ne saurait faire la différence entre l'apéritif amical, l'alcoolisme collectif, ou le partage d'une profonde solitude. La coutume semble se poursuivre plus loin, la bière ici se boit comme du petit lait !
A Donji Milanovac, nous sommes surpris par la richesse des lieux. Un bateau de croisière déverse quelques touristes sur le quai, devant un mammouth qui s'est planté de millénaire mais qui en jette pas mal devant les bateaux à voile et les optimistes qui se suivent sur l'eau au soleil couchant. Alors que nous ne cherchions qu'une fontaine pour remplir nos gourdes, nous nous offrons une baignade inattendue sur une plage improbable où un ballon de volley s'amuse à sauter. La Serbie étant un pays sans accès à la mer, l'alternative du Danube est bien exploitée ici et attire de riches vacanciers.
Les tunnels des portes de fer
Le Danube suit son cour comme le fil de sa vie. Parfois large, parfois étroit, il a ses humeurs changeantes. Les portes de fer définissent son point de faiblesse, le lieu où les hongrois, les serbes, les ottomans se sont succédés pour le contrôler, lui qui offre une piste de choix jusqu'à la mer Noire. A cet endroit, il est cadré par des falaises dans lesquelles la route slalome de tunnels en tunnels. Devant, le château de Golubač s'élève, grandiose. Alors que nous avions emprunté la route qui éventrait ses tours il y a treize ans, aujourd'hui, il a retrouvé toute sa splendeur suite à un colossal projet de rénovation. La route a été déplacée dans un nouveau tunnel, et les visiteurs affluent par cargaisons de bus! Un joli musée animé que nous explorons avec plaisir dans une ambiance médiévale. Faucons, hibou et tir à l’arc distraient les enfants.
Héloïse vend la mèche
En voyage, nous regardons parfois si des petits bonus pour les enfants surgissent sur notre route. L'Aquaparc de Veliko Gradište en est un, mais rien n'est encore décidé alors que nous savourons un bon resto au bord du Danube. Héloïse lâche l'info qui a fuité à Alice et Simon. Elle est maline et connaît bien les conséquences ; impossible de suivre Simon sur les 20 km qui nous séparent des toboggans. Cet enfant a ses priorités qui lui redonnent subitement le goût de l'effort!
On ira presque dormir chez vous !
Le soir, nous explorons les rives du grand lac touristique de Veliko Gradište, en forme de long serpent, né grâce à deux barrages construits aux deux extrémités de cet ancien bras de rivière sur le Danube. A la recherche d'eau pour la nuit, on se retrouve dans le joli jardin de Gordana et Dragan, il est trop tard pour accepter la bière sauf si nous restons dormir chez eux, alors on lance trois perches pour provoquer subtilement un plantage de tente dans leur jardin. En vain. On n'ose pas s'imposer mais passons la soirée à le regretter, surtout Alice qui avait senti dans la petite Jelena une amie d'un soir lorsqu'elle lui a fait un câlin en partant.
Le lendemain, quelques tensions nous poussent au repos dès le matin. Notre effort se termine cinq kilomètres plus loin dans un camping familial où le ton est donné : première étape, tournée de šlibovič (alcool de prune convivial!)! De quoi détendre l'atmosphère pour travailler sereinement et se mettre à jour! Juste à côté, le plongeoir du lac vibre une bonne partie de l'après-midi sous les pas des enfants heureux de s'éclater dans l'eau!
Le soir deux kayakistes débarquent juste à temps pour assister au spectacle de danse d'Héloïse et Alice qui laissent leur timidité derrière elles! Un bon moment !
Un accueil incroyable chez Vladimir
Le traversier qui permet de poursuivre le tracé de l’euro-vélo 6 de l’autre côté du Danube nous apporte une chouette rencontre. Vladimir vient de pédaler deux semaines en Serbie et rentre chez lui. Il nous propose de venir le soir même chez ses parents à Deliblator à trente km de là. L'occasion est rêvée. Le soir même, leur chienne Shiva nous fait la fête lorsque nous franchissons le portail. Dès que sa maman Radmila à su que nous venions, elle s'est installée devant ses fourneaux et c'est un véritable festin qui est dressé sur la table du salon à cinq heure de l’après midi ; soupe, légumes, risotto, pickles, frites, cornichons, foie de volaille... on fait honneur, aidés par un petit verre de šlibovič qui fait office d'ouverture! La frontière de la langue avec ses parents est frustrante, pourtant sa maman enchaîne les blagues et est très bavarde! Nous restons à discuter sous les étoiles avec Vladimir qui parle un anglais parfait. Le débat vire effondrement du système, potager, climat de la région qui était une mer, puis, après la formation du Danube, un désert. Toute la zone possède un relief atypique qui laisse deviner les formes ondulantes des anciennes dunes de sable.
Héloïse sort sa flûte au petit déjeuner, la musique n’a pas de frontière pour partager la joie que nous ressentons à avoir été invités chez eux. Nous repartons regonflés avec des roses à nos guidons, offertes par la maman. Merci !
Des rafales à Belgrade!
Grâce à une rencontre impromptue digne d’un micro trottoir dans le village de Kovin, nous apprenons que notre Micron adoré a choisi ses dates pour venir à Belgrade. Les mêmes que nous, c’est un signe ! Notre homme, qui parle très bien français car il travaille à Paris, nous informe qu’il vient pour vendre quelques rafales, mais aussi pour exploiter le lithium, et, également, trouver un arrangement pour laisser quelques déchets nucléaires dans le pays. Quelle aubaine, les normes ne sont pas les mêmes que chez nous puisque ce pays ne fait pas partie de l’Union Européenne, cela ouvre l’appétit pour quelques négociations ! Mais la presse française reste très évasive à ce sujet, les rafales raflent les gros titres et nous effleurent les casques en passant au dessus de nos têtes ! Belgrade arbore une multitude de drapeaux français à cette occasion, et les abris bus sont dédiés à annoncer la visite officielle de Monsieur le président. Pour un peu, on aurait pu penser que c’était pour notre arrivée exceptionnelle à vélo ! Mais non !
Pour notre quatorzième anniversaire de mariage, on s’offre le restaurant le plus typique de Belgrade, « les trois chapeaux ». Ici, nourriture et musique traditionnelle dans une ambiance chic, les musiciens déambulent de table en table pour récupérer quelques billets glissés entre les cordages des instruments. Nous nous régalons, malgré notre look de baroudeurs qui jure un peu dans le décor ! Nous sommes plus à l’aise dans notre déambulation entre le stégosaure, le tricératops et de diplodocus qui se baladent dans le parc de la ville. Peut être qu’ils se sont perdus dans le temps en voulant fuir Manu et son dino! Blague à part, nous ne traînons pas dans le coin et traçons notre route avant la nuit pour trouver un petit coin où dormir un peu plus loin en aval sur le Danube.
Les amis de Golubinci
Des petits cris de joie nous arrêtent sur le bord de la route, ça y est, nous sommes arrivés chez Mira et Nebojša ! L’émotion nous envahit, ils n’ont pas changé et c’est un pur bonheur de les retrouver après douze ans ! Le seul truc qui a changé, c’est que google translate nous permet de faire de bonnes blagues en serbe et que trois enfants nous accompagnent. Mira nous régale avec ses plats à tomber par terre, elle a la cuisine dans la peau et le don de faire plaisir aux enfants. Ainsi ce sont eux qui partent nourrir les poules et ramasser les œufs avant de les battre en omelette pour le petit déjeuner. Le plein d’énergie pour pouvoir jouer aux cheval dans le jardin. Nous nous baladons dans les rues de Golubinci jusqu’à l’église orthodoxe en pleine restauration. Ce matin, y’a toujours pas école pour les enfants mais ils apprennent avec Jelena et Alexander comment faire des dorures sur des boiseries en relief. Ça peut toujours servir ! On profite de cette journée de repos à fond, et allons déguster des délicieux gâteaux au salon de thé dessiné par notre ami, avant de rentrer pour le déjeuner. Ici, nos ventres s’adaptent et se régalent à toute heure ! Le soir, séance cinéma devant les films de notre voyage.
Les amis de Novi Sad
Nous nous étions arrêtés il y a douze ans pendant trois semaines pour aider Dragana dans la restauration de sa maison traditionnelle en terre proche de Novi Sad. Faute de pouvoir faire le détour à vélo pour voir la transformation des lieux, nous sautons dans le train pour profiter du repas familial dominical chez ses parents. Là aussi, rien n’a changé, on reconnaît les minois, la maison, les odeurs, les câlins et le dynamisme de Dragana qui rayonne toujours autant. Là encore, nos papilles s’émoustillent et nos ventres s’alourdissent sous l’envoûtement des aubergines panées au fromage et la soupe de légumes. On se raconte nos projets, nos vies et passons encore quelques films de notre voyage avant que chacun rentre chez lui, demain c’est la rentrée des classes ici aussi !
C’est la rentrée des classes !
Et c’est l’heure de repartir. Encore beaucoup d’émotion ce matin, on se sent tellement bien ici que c’est un morceau de nous qui reste ici quand la main de Mira s’agite au bout de la rue. Quand reviendrons-nous ?
Les plantations de tabac à perte de vue bordent le chemin poussiéreux. Cette culture envahit toute la zone entre Golubinci et Indjia. Et devinez qui vient ramasser les feuilles, cela ne s’invente pas ; les indiens ! Comme partout, le manque de main d’œuvre dans les champs ouvre les portes à de lointains travailleurs. La route est en chantier et notre postérieur bientôt dans le même état quand, enfin, nous faisons face à la montée pour traverser le parc naturel de Fruška Gora. Cette magnifique route traverse les bois comme le dos d’un dragon bosselé qui nous casse les pattes. Mais la tente posée dans les bois au coucher du soleil est une belle récompense. Le lendemain, nous continuons à enchaîner les montées et les descentes pour enfin rejoindre le Danube, juste avant la frontière Croate. Un homme refait l’enduit de sa maison musique plein pot, on en profite pour remplir nos bouteilles d’eau dans une ambiance joyeuse avant de trouver un joli coing dans un verger !
Le lendemain matin, passer la frontière n’est qu’une formalité vite expédiée. Nous ne changeons ni de langue, ni de culture, il fut un temps plus fraternel où cette frontière n’existait pas !
Bilan de la Serbie
Nous avons retrouvé avec joie ce pays qui nous avait accueilli lors de notre premier voyage. La canicule de cet été a transformé les paysages de nos souvenirs. Rivières à sec et herbes jaunies, la végétation en cette fin d’été avait perdu de sa splendide verdure. Nous avons retrouvé nos amis et ressenti chez les jeunes la même frustration d’être un peu à part au milieu d’une Union Européenne qui éternise les procédures d’intégration. La guerre des années 90 est encore fraîche dans les mémoires. Un gros problème est venu s’ajouter avec la guerre en Ukraine, les russes s’installent en masse dans les grandes villes de Belgrade et Novi Sad, laissant sur le carreau les serbes dont le pouvoir d’achat ne peut plus suivre. Un pays à deux visages, moderne dans les villes et traditionnel dans les campagnes où la vie semble s’être arrêtée il y a cinquante ans !
Bulgarie, de Svilengrad à Kireevo
Du 1er au 21 Août, km 3791
Depuis Veliko Gradiste, le 26 Août
Un petit tour en Grèce
La tentation de manger un yaourt grec est plus forte que l'envie d'emprunter la grosse frontière entre la Turquie et la Bulgarie. Nous récidivons donc pour la Grèce, le temps d'une journée.
Sur le chemin qui longe la rivière séparant la Bulgarie, la Grèce et la Turquie, tout semble tranquille. Pourtant, un 4x4 s'arrête pour vérifier nos passeports. Plus loin, sans prévenir, un autre véhicule non immatriculé, conduit par trois hommes cagoulés sortent des fourrés. Les 6 yeux nous dévisagent puis repartent en trombe. La pause pic nic est écourtée, deux autres militaires nous demandent de ne pas traîner ici. La zone est surveillée, mais comme nous n'avons pas des têtes de syriens, ça passe comme du miel dans le yaourt! Ça ne doit pas être facile pour les grecs et les bulgares de garder leurs frontières avec la Turquie. Beaucoup de migrants tentent de passer en douce en Europe! Nous mesurons notre chance de pouvoir circuler comme bon nous semble.
Derrière nous, le vent pousse. A droite, un panneau annonce 42°C et devant, c'est la frontière, on change d'alphabet, nous voici en Bulgarie!
Fidèle à nos souvenirs, cette dernière nous accueille avec un premier bivouac de rêve, un grand champ d'herbe grasse avec cueillette de mûres à domicile.
Ле сирилик девиен ногре жипнастик сереьрале!!!
(Avec nos lettres: "Le cyrillique devient notre gymnastique cérébrale!!!")
Ici, les panneaux de la route sont codés. Mais les bulgares sont sympas, la traduction est juste en dessous, histoire qu'on intègre vite leur alphabet original.
Celui-ci a été créé au IXème siècle par les saints frères Cyrille et Méthode pour se différencier des grecs avec un alphabet adapté aux phonèmes slaves pour les textes liturgiques. Aujourd’hui, il est utilisé de la Macédoine à la Russie. Il comporte des lettres bien caractéristiques des sons slaves composés (par exemple ю pour "iou" et щ pour "cht"), quand d'autres sont issues du grec (par exemple ф pour "f" et п pour "p"). Mais là où ça devient rigolo pour nous, les latins, c'est quand nos lettres jouent à la chaise musicale. Alors là, on s'amuse bien. Le X devient le H qui devient le le N. Ce dernier se regarde dans le miroir И et devient le I. Le P devient le R qui se retourne Я et devient YA et C devient le S. Bref, un joyeux mélange qui nous permet à longueur de journée de jouer aux mots codés, comme des personnes âgées sur leurs vélos ! Cela donne " Nous pédalons depuis la Франця, cherchons un ресторант pour manger et un хотел pour dormir dans la capitale София!"
Qu'on se le dise, déchiffrer l'alphabet est plus utile à muscler notre cerveau qu'à communiquer avec les locaux. Même avec de la bonne volonté et de la gestuelle, ce n'est pas évident; ici, pour dire "oui", la tête dit "non" ... et vis et versa! On n'y arrivera pas en moins d'un mois!
Un démarrage monotone
Les premiers jours en Bulgarie, les villages sans charme et sans rencontre s'enchaînent. Seul un groupe de jeunes à vélo viendra égayer notre train train pendant notre pause midi dans le parc de Харманли. Tout commence par des trompettes de stade qu'ils font hurler pour attirer notre attention. Puisqu'on est en pleine sieste, ils n'ont pas trop de succès, alors ils commencent à slalomer entre nos vélos, épargnant de justesse les lunettes qui traînent par terre. Ils sont un peu lourds, mais sympas, sortent leurs quelques mots d'anglais, l'ambiance est bon enfant. Avant de repartir, on leur demande s'il y a une fontaine pour remplir nos gourdes. Comme si nous leur offriions le graal dans leur après midi d'ennui, ils forment en cinq secondes un joyeux peloton qui nous guide à travers la ville. Les piétons n'ont pas l'air aussi enthousiastes que nous sur les trottoirs qui nous séparent de la source qui jaillit à l'autre bout de la ville!
Certaines zones nous transportent en Inde. Les peaux très sombres et les dodelinements de têtes sont de mise et nous voyons bien que le peuple bulgare n'est pas uniforme. Les gypsies occupent des villages entiers. On se demande si l'inversion des mouvements de tête "oui" et "non" dans ce pays n'est pas un héritage de ce peuple nomade originaire de l'Inde.
Plovdiv, un voyage temporel surprenant
Après un passage à Décathlon pour récupérer quelques pertes dignes du petit poucet, nous plongeons d'un coup dans les ruelles pavées du vieux Plovdiv. Sans prévenir, cette ville nous transporte dans un autre temps. Il y a du bon à ne pas trop organiser les choses, cela laisse place à de belles surprises! Cette ville aux sept collines est la plus vieille ville d'Europe, chargée d'histoire, elle à été la capitale culturelle européenne en 2019.
Qu'on se le dise, on voit bien que le vélo n'était pas de mise à l'époque. Pédaler sur les grossiers pavés est plus dangereux et inconfortable pour le postérieur que de traverser un aiguillage de voie ferrée. On est beaucoup mieux à pied pour vagabonder librement en levant les yeux sur les magnifiques maisons en bois, tout en courbures, colorées à souhait et tellement soignées qu'on en oublie qu'elles ont 200 ans. Nous qui avons l'habitude de voir seulement des pierres dès qu'il s'agit de traverser le temps, Plovdiv fait mieux et nous offre de l'archéologie en bois! Dedans, ça grince sur trois ou quatre niveaux, reliés par des escaliers dont les dessous de marches sont courbés comme des toboggans à l'envers. Les ornements en reliefs géométriques des hauts plafonds font tourner la tête et vibrer la lumière.
Nous nous prenons au jeu du voyage dans le temps et enfilons des costumes d'époque pour une scéance photo originale. Un attrape touristes aussi drôle que réaliste. Nous sommes immortalisés en Винсент, Натали, Eлоиз, Симон, Алис АРДОН, une véritable famille traditionnelle pour ceux qui ne verraient pas l'entourloupe dans la qualité du papier photo!
Nous avons du mal à comprendre le plan de cette ville, qui s'organise en strates. Normalement, les vieilles couches sont en dessous des nouvelles. On admire le mur cyclopéen qui soutient des constructions plus récentes au beau milieu de la vieille ville. Mais alors, comment le théâtre antique a-t-il pu se retrouver au dessus de la rocade qui traverse la ville? La réponse est incroyable: ce théâtre a été redécouvert en 1970, étant enseveli avec le temps sous quinze mètres de terre! Le tunnel, lui, a été achevé en 1960. C'est ainsi que, d'une façon aussi insolite qu'improbable, on se retrouve au milieu d'un ballet de Don Quichotte alors qu'on voulait juste rejoindre la vieille ville en passant au dessus du tunnel ! Il est trop tard pour se taper l'incruste, mais l'idée est semée, le lendemain nous nous offrons une soirée, les fesses posées sur des pierres où des romains ont déjà eu le privilège de péter et admirons le grandiose spectacle de danse "L'incendie de l'Anatolie", d'une troupe turque très dynamique! Une soirée magique devant les colonnes de ce lieu antique toujours vivant!
Restons avec César et allons faire un tour au stade romain de la ville, anciennement Philippopolis, qui pouvait accueillir 30 000 spectateurs. Quand même! Pas sûr que le centre commercial construit au-dessus puisse en faire autant! Peut être que, oui, on arrive à arrêter le progrès! N'empêche qu'ils ont fait un sacré beau projet urbain autour de la partie courbe du stade qui reste visible et qui est bien mis en valeur. Il apparaît sur la place principale grâce au creusement des différentes couches urbaines. Le mille feuille du temps qui passe est bien visible, les gradins de pierre en fer à cheval supportent les fondations d'un immeuble moderne et des terrasses de cafés sont construites en balcon dans le vide, suspendues entre deux temps. Dessous, un cinéma 3D plonge les humains du 21ème siècle au beau milieu des courses de chars et compétitions de tir à l'arc. On s'y croirait presque !
Ici, tout est un peu mélangé, la mosquée et les bars branchés, les façades traditionnelles en bois et les peintures gigantesques de street art, le théâtre et la danse, les touristes et les citadins... mais le plus fou, c'est quand même la taille de la barbe à papa de la boutique Ansel et Gretel. On se demande si Alice pourra la porter toute seule. Figurez vous que oui! C'est juste qu'on ne la voit plus... alors on décide d'un commun accord de faire jouer l'entraide familiale pour la dégustation! Ça aurait été dommage qu'elle se paye une crise de foie toute seule!
Les petits détails bulgares
Chaque pays possède ses petits trucs bien à lui, que l'on ne remarque qu'au début car après, ils se fondent dans la routine. En Bulgarie, ce sont les distributeurs automatiques de café et gourmandises qui se relaient le long des routes. Chacun peut s'offrir un p'tit café ou un mars sucré à toute heure et n'importe où ! Est-ce que le revers de la médaille n'est pas le nombre assez élevé de personnes obèses qui se déplacent sur des « caddies » électriques? Parfois, il y a même des canettes de bière accessibles à tous à moins d'1€, on espère que cette offre n'est pas en lien avec les nombreuses tombes que l'on voit se succéder le long des routes! Il faut dire qu'ici, on peut se procurer la bière par pack de six bouteilles de deux litres!
La Bulgarie, c'est le pays des petits trucs insolites. Ici, on peut passer devant le seul magasin du village sans le voir ! La signalétique est rarement au point et les vitrines semblent être une perte d'espace commercial ! Il suffit de le savoir et de demander aux habitants où se trouve le magasin !
Les bulgares sont doués en mécanique et n'ont pas l'air d'être de grands adeptes de la marche à pied. Le résultat donne des choses intéressantes comme ce vélo muni d'un moteur relié directement au moyeu. Il faut juste faire attention à ne pas se griller les poils des mollets sur le radiateur au cas où l'on aurait envie de donner un coup de pédale ! Il y a aussi des véhicules qu'on n'avait jamais vu
avant: des charrettes où le cheval s'est miraculeusement transformé en motoculteur bidouillé avec des roues. On n'est pas loin de cendrillon, en un peu moins romantique!
La Bulgarie, c'est aussi ces grandes retenues d'eau dont les rives accueillent les adeptes de nature et de pêche. Sous leurs tentes ou dans leurs caravanes, les familles échangent, le temps d'une soirée ou d'un week-end, le fil de leur de leur vie contre celui de leur canne à pêche. Une pause hors du temps qui court, prometteuse de bonnes discussions et de bons poissons grillés !
Nos grillades à nous sont plus originales. Nous allons à la pêche aux déchets et bouteilles en plastiques qui finissent grillés dans un gros feu. Nous redonnons un peu de dignité à ces jolis coins en bord de rivière que certains ont confondu avec la déchetterie du coin. Il faudra qu'on nous explique pourquoi certains êtres humains n'ont pas la notion du respect de la nature.
Un quotidien tranquille
Les petites routes bulgares sont très disparates et la surprise se découvre à chaque intersection. Parfois neuves, parfois rapiécées, parfois cicatrisées, parfois bosselées... Un jour, la chance nous gâte. Les enfants commencent de bon matin à poil dans le ruisseau à faire un château de sable, puis une voie bien lisse mais quasi abandonnée s'ouvre devant nous. Une bonne partie de la largeur est phagocytée par une végétation luxuriante. Protégés du soleil mais pas du vent qui nous pousse, on croise cinq voitures dans la journée, ce qui nous permet de profiter pleinement des mûres et des prunes qui rejoignent nos ventres, échappant à leur destin de confiture cuite au goudron.
En arrivant au lieu de bivouac, les enfants commencent leur journée imaginaire au centre équestre. Ils se créent des parcours et des noms de chevaux, se cabrent, s’ébrouent, sautent des obstacles, rien ne les arrête ! Un soir, alors que le soleil vient de se coucher en laissant derrière lui de gros nuages roses, le vent se lève et les éclairs s’approchent. Tachou rassure les enfants, les éclairs restent dans le ciel entre les nuages et ne touchent pas le sol. Tintan, lui, a vu l’électricité passer du ciel à la terre mais ne dit rien. L’orage se rapproche, on se blottit sous les duvets, Alice s’est mise en doudoune dans son duvet et transpire, immobile et apeurée. Alors qu’on s’occupe en comptant les précieuses secondes entre la lumière et le son, tout le monde sursaute. Ça vient de claquer sur nous. Pourtant, nous n’avons rien senti d’électrique, un heureux mystère qui laisse nos cœurs battre la chamade. Ce fut court, l’orage repart et passons une nuit paisible.
Sofia
Sofia est une ville située à presque 600 m d'altitude, ce qui fait que nous "montons" à la capitale pendant plusieurs jours ! A l'entrée de la ville, nous plantons la tente dans une halte pour campeurs, située à l'arrière d'une entreprise spécialisée dans l'aménagement des camions en habitables. Nous faisons le grand nettoyage des corps, du linge et des vélos et sommes clinquants pour notre rencontre improvisée du jour; Clémentine et sa fille Nina retrouvent leur camion en début de soirée. On avait repéré la plaque française sur le parking, mais découvrons à présent leur sympathique compagnie. Une amie pour les enfants, une autre pour les parents, minuit arrive à une vitesse hallucinante, on fait le plein de jeux, bonnes discussions et parties de rigolade. Le lendemain matin, Alice est triste. Pour une fois qu'elle se fait une amie, il faut encore et encore repartir, c'est tellement difficile !
Au centre ville, nous découvrons la magnifique et cossue Cathédrale Alexandre Nevski, qui trône, solitaire au milieu de sa place, comme un bijou sur son coussin. Des curieux viennent papoter avec nous. Puis nos vélos nous portent sur les principaux sites touristiques de la ville.
Les ruines de la romaine Serdica nous rappellent qu'on n'est pas les premiers à être passés ici; la statue Sainte Sofia qui a remplacé celle de Staline en 2001, porte dans ses mains une couronne de laurier symbole de pouvoir et de célébrité ainsi qu'une chouette, symbole de sagesse. La mosquée et l'ancien bazar transformé en musée témoignent que la Turquie n'est pas loin; les boutiques à souvenirs nous permettent d'accomplir la "mission carte postale" pour Sofia, une amie d’Héloïse !
Et comme on ne se refait pas et que l'eau nous attire, on se retrouve au milieu des bidons d'eau devant le spot certainement le plus prisé des habitants de la ville: les sources chaudes! C'est grâce à cette eau qui sort de terre à 46°C que Serdica à vu le jour! Aujourd'hui, cette eau riche en minéraux jaillit de multiples tuyaux et vient remplir les égouts et les bidons de la population en toute saison. Un potentiel mal exploité ! L'hiver, on pourrait apporter sa tasse et se faire un thé sous la neige sans problème !
La vallée de la rivière Iskar
Alors que notre imaginaire nous projetait dans des bivouacs de rêve au bord de la rivière Iskar, nous déchantons. L’eau emporte avec elle toute la pollution de la capitale et son odeur ressemble à celle d’un égout. Nous préférons donc lever les yeux pour admirer les pentes escarpées et le train qui sillonne cette vallée étroite, en chantant « Buvons un coup ma serpette est perdue, mais le manche est revenu » à toutes les voyelles pour occuper les journées. Avec le A, E, I, O, U, c’est facile, avec le OUILLE, le défi est plus ambitieux !
Un soir, depuis notre tente, nous regardons passer les voyageurs accoudés aux fenêtres des trains qui passent, le lendemain, nous devenons les rois du stade en trouvant refuge dans un complexe sportif abandonné. Pour arriver dans ce lieu insolite, nous nous sommes glissés dans la peau d’explorateurs pour traverser la piste de course, plus visible depuis Google earth que depuis le sol. Les enfants abandonnent le centre équestre et ressortent le petit ballon qui commençait à s’ennuyer au fond de sa sacoche.
La montée à Chelopek est l’occasion de cueillir un beau bouquet pour notre rendez vous. Veska et Milena nous attendent à Vratsa.
Vratsa, la pause à la grenobloise régénérante
Arriver à Vratsa, c'est un peu comme arriver à Grenoble par la Chartreuse. Les rochers et les falaises calcaires se terminent en hauts plateaux et la ville se développe au pied de la montagne. Cette étape à un goût de déjà vu; nous étions passé il y a treize ans dans l'autre sens. Milena, architecte à Grenoble et Veska, la maman, restée au pays et heureuse d’avoir la visite de sa fille pour les vacances, nous attendent. La joie de se retrouver donne le ton de cette escale aussi enthousiasmante que reposante. Cela fait une bonne décennie qu'on ne s'est pas vus et l’excitation est grande lors des retrouvailles au pied de la statue de Christo Botev, fameux poète et révolutionnaire bulgare. Pendant quatre jours, nous sommes comme « chez nous », et enchaînons les rendez-vous au restaurant, au café, au bar, au musée pour des discussions sans fin. Qu’il est bon de se replonger dans le passé, les projets d’architecture de l’agence, de se raconter nos vies, notre quotidien. De découvrir les films d’Elitsa qui termine ses études de production cinématographique à Londres. Un talent certain ! De parler du passé de la Bulgarie aussi, du quotidien avant la chute du mur de Berlin. La vie ici s’est beaucoup transformée depuis et la population peut se sentir écartelée entre l’utopie d’un passé qui n’existe plus et la modernité qui s’est installée au fil du temps. Milena ne reconnaît plus la vie qu’elle a vécu pendant son enfance, les repères ont bien changé !
Heureusement qu’il y a des aventures qui sont intemporelles. Veska nous raconte autour de bons poivrons farcis au fromage le jour où elle a rencontré l’ours avec son fils. « On s’est baissé, on a regardé le sol, et doucement, on s’est mis à reculer. Quand on était assez loin, à 20 mètres environ, j’ai dis « maintenant, tu cours et même si tu entends du bruit derrière toi, tu ne te retournes surtout pas ! » ». On a bien ri, en se demandant pourquoi ce sont toujours les aventures les plus périlleuses à vivre qui font le plus rire quand on les raconte !
Pendant les cinq jours passés ici, nous écrivons des cartes postales et travaillons sur les films du voyage. Les enfants avancent leurs leçons, dessinent, mais surtout squattent la télé sur laquelle les épisodes de « grand galop » s’enchaînent. Ici encore, les canapés sont un peu bousculés, et servent de canassons à des enfants en mal de jeux d’appartement ! Nous faisons deux petites sorties en plein air pour se rafraîchir, l’une à la rivière et l’autre dans les grottes de Ledenika. L’oubli d’une partie des pulls prévus nous rappelle ce qu’est un pur moment de fraîcheur !
Et voilà, après quelques jours savoureux où nous avons profité de la douceur de Veska et partagé avec Milena quelques unes de ses madeleines de Proust - un petit déjeuner autour de mekitsi au fromage (beignets bien gras) et de boza (boisson d’orge plus ou moins fermentée) - nous immortalisons notre visite devant le toboggan éléphant qui a vu grandir Milena ! Les lunettes de soleil ne sont pas de trop. Merci du fond du cœur pour ces bons moments partagés.
Une fin de toute beauté
Nous foulons désormais les mêmes routes qu’il y a treize ans, une vague sensation de déjà vu, mais les souvenirs sont flous. Cette région sauvage du nord-ouest de la Bulgarie nous charme de nouveau. Les villages se succèdent, chacun composés de magnifiques maisons en terre décrépies, granges faites de lames de bois ajourées, de toitures simples et robustes, parfois éventrées. La végétation grimpe sur les façades de façon plus ou moins prévue, les vignes viennent protéger des terrasses et des vérandas. Le tout est sommaire, rustique, authentique, un peu déserté aussi. Un potentiel de restauration énorme pour en faire un havre de paix en harmonie avec la nature.
Héloïse a 10 ans et nous ne sommes pas les seuls à lui fêter ! Le destin nous a aidé ! La veille, bivouac de rêve au bord de la rivière. Les enfants comprennent vite les surprises des vasques arrondies et les voilà sur leur tout nouveau toboggan ! Le bain du soir prend du temps, mais l’eau est à volonté. Le lendemain matin, c’est le ciel qui arrose l’évènement provoquant le deuxième petit déjeuner du voyage pris sous la tente. Cela fait tellement longtemps qu’on n’a pas vu la pluie que c’est une véritable fête. C’est une fois trempés jusqu’aux os qu’on se rend compte qu’on a bien fait de partir l’été dans des pays où il ne pleut pas !
Nous arrivons bien mouillés à Belogradchik, ville où des pics de rochers roses pointent leurs silhouettes à perte de vue, formant un ensemble sculptural aux formes séduisantes, arrondies par l’érosion. Visite du site magnifique, resto, cadeaux, bougies, tout y est pour immortaliser cet anniversaire aussi original que bulgare, dont Héloïse se souviendra longtemps !
Et pour terminer en beauté, notre dernier jour au pays apporte une rencontre simple et chaleureuse comme nous n’en n’avons pas eu depuis longtemps. Nous restons près d’une heure devant la dernière supérette avant la Serbie à papoter et savourer la générosité des tenanciers.
Conclusion de la Bulgarie
Comme lors de notre premier passage, nous avons beaucoup aimé le calme et la nature sauvage omniprésente dans ce pays. Nous avons senti une ambiance plus joviale et gaie qu’auparavant. Nous avons l’impression de voyager dans le temps en traversant les villages qui ne sont pas envahis par les panneaux publicitaires et les grandes surfaces, qu’est-ce que c’est agréable !
Ici, on peut camper partout et même se faire un shampoing dans la rue sans croiser âme qui vive ! Ce pays mérite de se développer tout en gardant son authenticité.
Turquie, de Kusadasi à Edirne
Du 8 juillet au 1er Août, km 3070
Depuis Plovdiv, le 6 Août
Un tournant dans le voyage
« Maman, quand on sera rentrés à la maison, on ira à la patinoire !! » Alice affiche un sourire radieux et son visage s’éclaire. Nous venons de lui expliquer qu’à partir d’aujourd’hui, nous allons nous rapprocher de la maison et que nous y arriverons juste avant l’hiver. La maison. Tarbes. La patinoire du marché de Noël… Elle ne semble pas remarquer qu’il fait 40°C dans le bateau-hammam qui nous mène de Samos en Grèce à Kusadasi en Turquie. Elle se voit déjà avec des patins à glace à pousser le dauphin en plastique bleu devant la mairie avec son amie !
Simon, lui, communique la sérénité qu’il ressent face au voyage. Même plus peur des campings sauvages !
Héloïse, elle, a hâte de vivre l’hospitalisé turque dont ses parents lui rabattent les oreilles.
Ces derniers sont heureux de retrouver le pays du çay ( dit : « tchaï », le thé)!
Merhaba !
Ramo ouvre le bal de l'hospitalité
Ramo et ses biscottos ne nous laisse même pas le temps de poser pied en Turquie pour parfaire la réputation de ses habitants. Le voilà qui porte nos sacoches, nous prend en photo et nous propose d’aller manger ensemble. Le soleil décline et nous devons le freiner un peu car notre priorité est de trouver un endroit où dormir et une carte sim pour communiquer avec lui. Voilà comment nous plongeons dans la communication de 4ème génération. Ramo ne parle pas vraiment anglais et notre turc se résume à Tşok güzel, teşeküler, güle güle. Pas de quoi casser des briques ! Alors nous imitons notre nouvel ami et parlons à Google qui se charge de traduire. Il nous guide jusqu’au camping et nous passons la soirée ensemble au restaurant. Les discussions virent philosophie à l’heure où les yeux se ferment, nous lui disons à bientôt à Izmir où il nous invite chez lui !
La motivation du cyclo voyageur par temps chaud.
8h30: « Allez, un petit plongeon dans la piscine du camping et on y va !».
Deux, trois, dix, cinquante plongeons plus tard…
« Merci de quitter la piscine, il est 20h, on ferme! »
« Déjà ? Bon ben, on partira demain ! »
Le lendemain, les enfants sont fatigués plus que reposés par cette journée ensoleillée aux mille plongeons, mais fiers de ne presque plus faire de vagues quand ils traversent la surface bleue. Ils sont au top ! Il y a juste Alice qui arbore un beau pansement de sterylstreap au menton. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs !
Une journée difficile
Après avoir englouti le petit déjeuner sur le parking du super marché, on entame une dure journée. Premier jour de vélo dans le pays, on ne sait pas encore comment aborder l’itinéraire. C’est raide, on sue à grosses gouttes, Alice veut se reposer dans le sac à dos. Le goudron de la route est aussi fondu que nos cuissots alors que nous serrons le bord de la route très fréquentée. Les turcs ont tendance à conduire un peu trop à droite à notre goût. Heureusement, la bande d’arrêt d’urgence s’avère être une « piste cyclable » salvatrice !
Le programme du jour est culturel. L’une des sept merveilles du monde antique. Visite du magnifique, grandiose, incontournable site archéologique d’Efes avec sa bibliothèque, son allée colossale, ses colonnes, son théâtre... Mais en arrivant devant la caisse, c’est la douche froide. 120€ pour rentrer en famille et pas facile de garder les vélos ! On aurait préféré une vraie douche froide, au moins elle aurait calmé nos nerfs épuisés par la lourdeur de l’air. Il fait beaucoup trop chaud pour réfléchir, on repart dépités, énervés, dégoûtés, affrontons des chiens hargneux qui nous découragent de prendre un chemin et subissons une grosse route droite, passante, sans aucun intérêt à part celui d’hérisser les poils de Tachou à chaque voiture qui nous double. Juste envie de réfléchir à une autre route. Est-ce qu’on suit la côte ? Est-ce qu’on s’enfonce dans la campagne ? C’est quoi le dénivelé sur les petites routes ? Un embouteillage de questions qui tendent l’ambiance familiale. Il faut se poser pour se mettre d’accord calmement. Dès que possible, nous prenons un chemin pour se mettre à l’abri de la chaleur sous un pont au milieu des ordures et des odeurs de vase. Pour couronner le tout, Simon ne veut pas travailler et Tachou ne veut plus remettre les roues sur cette route. Une journée difficile.
La bonne étoile rallume les bougies
Notre bonne étoile n’est pourtant pas éteinte. Le chemin agricole que nous avons choisi de prendre au hasard pour la pause s’avère communiquer avec une petite route où un panneau improbable nous cloue sur place : Eurovélo 8 ! Un peu de baume au cœur, de confiance pour poursuivre la route. Nous n’avons plus d’essence pour notre réchaud et la station service n’existe plus. Nous sommes au dépourvu quand nous arrivons à un croisement dans le petit village de Zeytinköy, au coucher du soleil. Meulüt nous propose son aide, nous lui expliquons que nous recherchons de l’essence pour cuisiner et un endroit pour mettre la tente et dormir. Ses yeux s’éclairent, sa fille parle français au téléphone et nous le suivons pour une magnifique soirée chez l’habitant. Apparemment, beaucoup de voyageurs à vélo passent ici et nous ne sommes pas les premiers à transformer leur jardin en camping ! Soulagés de l’heureux dénouement de cette journée, nous savourons nos pâtes, assis sur une vraie table dans une vraie cuisine avec des vraies chaises. Mais le plus beau, c’est de voir les enfants absorbés au beau milieu d’un bon gros tas de Legos avec Bariş, leur ami d’un soir. Qu’il est agréable de discuter avec des personnes paisibles et bienveillantes, assis sur des canapés avec la pastèque qui circule pour rafraîchir les âmes et les cœurs. Pas mal de sujets y passent : politique, voile, islam, inflation... La Turquie traverse une énorme crise économique. Les prix ont explosé. L’inflation est vertigineuse et explique aussi le prix exorbitant des tickets pour Efes. Au détour d’une discussion, nous nous rendons compte que demain, Tachou fête son anniversaire. Alors quand Selda allume une bougie sur un bout de pastèque, c’est l’émotion qui prend le dessus et Tachou se dégonfle de toute les tensions du jour. Teşeküler !
Le çay, ...
Le lendemain, les bougies sont soufflées sur une tartine au cœur en chocolat avec quelques dessins d’enfants aux pouvoirs magiques. Une petite route bucolique s’ouvre devant nous. Le confort d’être tranquilles a un prix que nous acceptons sans rechigner : les montées ! On souffle autant d’effort que de soulagement en prenant nos marques, mais heureux de notre choix de quitter la route côtière fréquentée. Les enfants sont motivés, l’invitation à boire le thé et les glaces ont la meilleure des saveurs après l’effort !
… les jus, ...
A la pause de midi, une camionnette passe, repasse, re-repasse en klaxonnant, finit par s’arrêter, et nous voilà en train de savourer la fraîcheur de bons jus de fruits, livrés par un syrien à notre adresse du midi : « l’orée du bois ». Nous comprenons au moment de partir pourquoi des tas de terres ont été versés sur tous les chemins d’accès à la forêt. Les pompiers nous disent de quitter les lieux, il est interdit d’entrer dans les bois. C’est vrai que la veille, nous avons traversé une grande zone fraîchement carbonisée et que les canadairs font parti du paysage aérien. Les précautions sont maximales en cette saison des feux, et c’est bien normal !
… et les concombres !
Comme chaque soir, nous faisons le plein d’eau avant de trouver un coin pour dormir. Ce soir, la fontaine est généreuse, nous repartons avec six concombres et la certitude que le cœur des turcs est toujours aussi tendre !
La nature aussi est généreuse avec nous ce soir, nous trouvons un petit coin magnifique au bord de l’eau pour nous reposer, une tortue passe, des chiens se lavent, les poissons pullulent et la pompe à eau pour arroser les champs nous berce toute la nuit, sans pour autant masquer le bruit d’aile d’un héron qui passe pas là. Plus les jours passent, plus les enfants sont heureux et à l’aise d’évoluer en pleine nature. Ils passent des heures à regarder les poissons, observer les têtards et le saut des grenouilles.
Izmir où le vélo à l’épreuve de la ville !
Ramo, vous vous souvenez, le gentil aux bras musclés qui nous a accueilli à Kusadasi ? Nous honorons son invitation et faisons une escale à Izmir. Mais d’abord, il faut rentrer dans la ville! Tous les chemins de traverses pour éviter les gros axes sont bons à prendre. Nous poussons les vélos sur un sentier abrupte avant de traverser des terrains vagues, des quartiers résidentiels puis celui de la mécanique automobile où le sol est noir de camboui sur plusieurs kilomètres. Enfin les ruelles de la ville ! Mais Izmir se mérite et nous ne sommes pas au bout de nos peines… les rues tracent tout droit dans la pente... et comme Izmir est bâtie sur une montagne, le jus frais ne suffit pas à rafraîchir nos nerfs. Les vélos jouent aux montagnes russes à perte de vue. Quand Ramo nous laisse les clefs de son appartement et repart travailler à l’hôpital (il est médecin), nous restons dans son salon tout l’après midi à ne rien faire, vidés. Les enfants voient dans son joli canapé un centre équestre et préparent leurs montures comme si on y était, les kway se transforment en tapis, les coussins en selles et les ficelles en rênes.
Les crêpes sautent
Faire des crêpes pour remercier Ramo devient l’objectif numéro un de cette chaude journée et nous visons juste. Il apprécie de faire sauter les crêpes quand il rentre chez lui, et après nous avoir préparé un bon repas de légumes, il poste son aventure sur Instagram, heureux. « It’s a beautiful day ! ». Le lendemain, il nous confiera qu’il peut vivre sans air, mais pas sans crêpes !
Droit dans l'pentu!
A la nuit tombée, nous dévalons la piste rouge que représente sa rue pour atteindre la mer et boire une bière. Les trottoirs laissent place à des escaliers, plus adaptés au dénivelé ! Les téléskis urbain n’étant pas encore inventés, c’est doublement rincés par cette journée que nous remontons coucher les petits dans la chambre de musculation de Ramo. Parfait s’ils ont encore envie de se défouler ! Comme à chaque invitation, nous perdons quelques heures de sommeil. Ce soir, grâce à google traduction, nous partons voyager dans l’énergie du monde, les mystères de la vie, la religion… avant de sombrer, bercés par une musique relaxante. Le lendemain, nous ferons à peu près la même soirée, avec, en plus, des pâtes faîtes maison par Tintan et Héloïse, du Baileys dans les verres, un dragon qui crache de l’encens et Ramo qui lit les lignes de nos mains et déchiffre les traits de nos visages. Cet homme est une force tranquille, inépuisable de gentillesse et de savoir mystérieux.
Deux nuits chez lui et nous voilà prêts à repartir, après avoir pris le temps de partager un bon petit déjeuner et esquivé quelques coups de kung-fu. Les enfants quittent à regret leur chambre avec, en tête, le projet d’installer un sac de frappe pour la boxe dans leur chambre. Quelle bonne idée ! Merci Ramo !
Une ville qui n'en finit pas!
La sortie d’Izmir est simple, il suffit de suivre la piste cyclable qui longe la baie. « Oui mais, tu es sûr qu’on sera sortis de la ville ce soir ? » « C’est pas dit ! » D’autant plus qu’à midi, on fait la sieste tellement il fait chaud. Les enfants, inépuisables, ouvrent un « musée du bouchon » - plus précisément de la capsule - très créatif, qui laissera notre emplacement d’herbe nickel ! C’est au bout de 40 km que nous sortons enfin de la zone urbaine et trouvons refuge, comme par miracle, dans un champ de mandariniers. Les moustiques ont du avoir la même adresse. Toute la nuit, ils tentent, en vain, de franchir la toile de tente.
Notre route traverse des zones un peu tristounettes. La région semble reculée, le travail des champs est de mise, les enfants que l’on croise au parc semblent s’ennuyer et cela se termine en jets de pierres et coups de poings. Peu de rencontres. Nos pauses sont rythmées par les fontaines pour se rafraîchir et faire la lessive. Les enfants se trempent à la queue leu leu dans les longs abreuvoirs qu’elles alimentent. Une véritable pêche aux canards vivante ! Le vent de face se lève, les chemins se cabrent, le moral descend, heureusement qu’il suffit d’un simple joli champ au coucher du soleil pour enfin passer à autre chose, installer la tente, manger et dormir à l’abri… avant de repartir affronter le vent dès le soleil levé.
L’équilibre du voyage
Aujourd’hui, le vent qui nous fait avancer à reculons apporte deux récompenses : un bain de mer et une belle invitation dans une famille au bord du chemin, alors que étions en train de nous perdre ! Le papa nous fait signe de nous arrêter, la maman et les deux filles arrivent, puis le fils, la pastèque, les biscuits, le thé, les loukoums… Quatre petits chatons gèrent les enfants qui ne s’ennuient pas ! Nous refusons le café mais dix minutes plus tard, le plateau arrive, rempli de tasses noires. « Ne t’inquiète pas, le café turc est spécial, il ne contient ni de produit toxique, ni de caféine ! ». Je leur fais confiance pour les produits toxiques, mais pour la caféine, les doutes sont levés dès la nuit suivante en lisant la moitié de mon livre et en écrivant des mails à trois heures du matin !
Bergame
Rien de mieux qu’un camping avec piscine comme ligne de mire pour motiver les enfants ce matin. Aujourd’hui, objectif Bergame, avec comme épreuves ; le vent, les cailloux, le vent, les lignes droites, l’eau pas bonne, le vent… C’est dur, mais pas autant que la déception d’apprendre en arrivant que la piscine du camping est réservée aux cours de natation tous les après midis ! Heureusement, l’arrosage automatique fera patienter les haricots presque cuits et briller les vélos poussiéreux. Les quatre dauphins encadrant le bassin seront finalement accompagnés par les sauts joyeux des enfants en fin de journée, après négociation !
Ce soir, la tente sera entourée d’un camping-car du 59, d’un camion du 64 et d’une voiture du 17. La France à rendez-vous ici, et encore une fois, nous nous couchons bien trop tard car papoter, c’est quand même bien sympathique !
Nous allons nous mettre des ruines plein les yeux en haut de l‘acropole de Pergame avant de redescendre la colline à pied en foulant les mêmes pierres que les les sandales romaines. De belles mosaïques nous font des grimaces improbables dans une maison sortie de terre. En bas, les ruelles de la ville sont pleines de vie, de charme et de jolis tapis.
La traversée des montagnes
Nous voilà devant notre défi : les montagnes turques ! Ici, on a l’impression de jouer au loto quand on emprunte une route. Soit on gagne, la route est calme, soit on perd. Aujourd’hui, on est chanceux ! Nous croisons plus de têtards et de grenouilles que de voitures devant la fontaine du midi. Un troupeau de vaches vient en gober quelques uns. Pendant que les grands travaillent, Alice s’évade. La barquette à fromage remplie d’eau se transforme en océan, le bâton de sucette en mât, planté dans une coque de bateau en écorce qu’il faut amarrer grâce au bout de ficelle rouge qui traînait par terre. Le morceau de plastique qui a coulé ? c’est le sous marin!
Puis la route et le vent se cabrent. Dur dur ! En plus, nous n’avons plus rien à manger alors on gratte le fond des sacoches et marions les deux rescapés. C’est toujours dans les crises qu’on trouve les meilleures idées, on se bagarre les cuillères dégoulinantes de chocolat fondu où l’on colle nos dernières noisettes, amandes et cacahuètes. Une bombe énergétique !
Une belle rencontre belge
Arrivés à Korucu, les haricots précoces n’ayant pas attendu les haricots tardifs fatigués à l’intersection, on se perd. Le ton sportif des échanges lors des retrouvailles ne semble pas décourager cet homme avec une casquette à l’envers et un français parfait qui vient poliment nous inviter à prendre le thé. Le temps qu’on fasse les courses, l’invitation monte aux enchères. Nous suivons Ismail, vélo à la main, jusqu’à la maison de sa cousine. Sa nièce se marie aujourd’hui et nous sommes les bienvenus pour le repas du midi ! On se retrouve attablés dans la cour, au milieu d’une joyeuse famille multiculturelle à la double nationalité belge et turque, depuis deux générations. Du joli monde de tous les âges avec qui nous pouvons facilement communiquer en français. Détail de taille qui permet d’enchaîner les questions et les blagues ! Le moment est magique. Ismail, sa casquette à l’envers toujours vissée sur sa tête, nous parle histoire et religion. Comme dirait l’autre, « ce n’est pas l’habit qui fait l’Imam » ! Notre ami, tout comme sa sœur et son frère Hasan, enseignent la religion islamique aux petits belges dans les écoles publiques. Très reconnus pour ce qu’il font, ce sont de surcroît des personnalités hors pair qui rayonnent et communiquent à merveille une précieuse sagesse destinée à toutes les croyances. Dans la cour, le thé coule à flot sous l’immense drapeau turc accroché au balcon. Devant le portail, les danses et la musique accueillent l’heureux élu au volant de sa berline. Il va chercher sa future femme. Ismail béni les fiancés dans la rue au milieu de l’attroupement. La voiture tente de repartir. Mais des hommes squattent le capot. C’est la tradition, le marié distribue des enveloppes pleines de billets pour libérer le passage. Aujourd’hui, un homme coriace ne repartira qu’après avoir reçu un paquet de cigarettes !
Le soir, la famille nous laisse leur maison. Ils partent tous fêter le mariage. Une soirée tranquille bienvenue ! Le lendemain, un message whattsapp à 8h30 : « Bonjour, Le service déjeuner est presque prêt, vous pouvez descendre au deuxième étage quand vous le souhaitez... » On croit rêver ! La qualité gustative et intellectuelle du petit déjeuner est hors catégorie, nous échangeons énormément de points de vue sur la spiritualité et la religion. Puis c’est la photo de famille dans le salon avec des cadeaux, comme si tout cela ne suffisait pas ! Héloïse et Alice se font coiffer avec de jolis foulards, Simon ne quitte plus ses pantoufles bleues en laine et nous avons une magnifique cuillère en bois décorée. Nous sommes plein de bonne énergie quand nos pédalent commencent à tourner.
Ivrindi
Comme si cette région était enchantée, les marques d’attention continuent à la ville suivante. Devant le supermarché à Ivrindi, on papote avec plein de curieux sympas. Un homme nous apporte des fruits de son jardin et deux paires de chaussons en laine, qui vont parfaitement à Héloïse et Alice. La coïncidence est aussi étrange que son apparition, nous avons à peine le temps de lui dire merci, il repart comme il est venu, discrètement.
Pendant le pic nic, une femme au sourire radieux vient nous parler longuement. Nous décidons de sortir le téléphone pour traduire. Nous lui expliquons en turc qu’elle doit parler devant le téléphone et qu’on aura automatiquement la traduction. Mais ce concept la dépasse. Elle s’arrête de parler, prend le téléphone, le colle devant son oreille ; « Allo ? Allo ? Qui êtes vous? ». Après trois tentatives identiques, le fou rire pointe son nez, nous préférons arrêter l’expérience. Dommage cette barrière de la langue !
La route ponctuée de tortues ...
Ce soir, notre route est un chemin sauvage au bord d’un lac. La fontaine-abreuvoir à côté de notre bivouac se transforme en salle de bain. Cinq haricots, nus comme des vers, s’offrent une douche de luxe au coucher du soleil avant d’aller dormir sous les étoiles. Le chemin est cabossé, nous avançons comme des tortues. « Comment ça, des tortues ? » « Ben oui, là, au milieu du chemin ! » « Et une autre là bas ! », « et un bébé encore plus loin !… » incroyable, la famille tortue qui rencontre la famille tortue ! Un total de huit carapaces rendent nos enfants heureux.
... et de petites surprises !
Le vent rend nos journées coriaces. Difficile de tenir la moyenne qu’on s’était fixé. Une certaine routine s’installe ; dès qu’il y a une fontaine, on met au moins la tête sous le robinet, dès qu’on croise des curieux, on papote, et dès qu’on nous invite, on accepte ! Ainsi, nous savourons une thé à l’ombre d’un arbre, dégustons une demi pastèque devant une bonne source bien fraîche et prenons un petit déjeuner à la ferme chez Osman et Setiri à qui nous avions demandé de l’eau. Un moment génial qui commence par la visite des petits veaux, puis les caresses des petits chats, et qui termine autour d’une table pleine de bonnes choses dans une courette et un potager mignonnets. Nous avons de beaux échanges avec ce couple dont les enfants se sont envolés vers d’autres horizons. Il produisent du lait et de la viande qui sont destinés à aller nourrir les américains. « Et la feta qu’on mange, elle ne vient pas des USA, au moins ? » Pour eux, c’est une journée illuminée par notre passage. C’est réciproque et nous repartons légers et alourdis par un sac de pêches et un pot de confiture de cerises ! Miam !
La mer de Marmara, sans barbe à papa!
Nous atteignons la mer de Marmara par une route qui se fraye un chemin dans une magnifique forêt verte olive. Nous sommes fatigués, mais heureux de cette grande traversée en Turquie asiatique. A Erdrek, on se pose, on se baigne et on prend une bière au coucher du soleil devant des enfants heureux qui mangent une glace et qui dansent sur la piste en bois éclairée au dessus de l’eau. Les jeunes du bar, en nous entendant parler, passent quelques chansons françaises pour rigoler ! Un joli tableau!
Une ultime traversée
Encore un petit bateau pour nous aider à avancer, nous voici à Tekirdağ, juste le temps de faire quelques brèves et jolies rencontres et de boire un coca avec Serdal qui nous hèle en nous voyant passer. Grâce au réseau « warmshower » qui entame un bouche à oreille aussi rapide qu’improbable, nos vélos trouvent une place dans un jardin face à la mer, pour un repos de deux jours bien mérité pendant que nous irons visiter Istanbul. C’est Upendo qui nous accueille, jeune fille au pair venant du Malawi. Nous savourons cette belle rencontre anglophone autour de son sourire et d’un goûter chaleureux !
Byzance, Constantinople, Istanbul !
L’arrivée en bus dans cette ville mythique ravive nos souvenirs d’il y a treize ans. Les drapeaux turcs gigantesques n’ont pas bougé. On se demande comment le vent arrive à déployer une telle envergure de tissu rouge ! L’étoile et le croissant de lune sont visibles de partout au milieu des minarets qui chantent à tue tête. Ce qui a changé, ce sont les tours et immeubles qui ont poussé comme des champignons. De gigantesques quartiers de banlieues sont en chantier à perte de vue. Istanbul a dépassé les seize millions d’habitants. Enorme !
Mais en sortant du tramway, quand on se retrouve au calme, devant Aya Sofya éclairée sous les étoiles au moment de l’appel à la prière, rien à changé. Nous sommes de nouveau saisis par cette atmosphère qui nous avait pulvérisé en Asie lors de notre premier voyage. Il y a quelque chose qui nous dépasse ici, l’histoire de cette ville rayonne de toutes ses forces.
Nous passons une journée à faire nos touristes et commençons par le meilleur. Sainte Sophie, qui était à l’origine une église, a été transformée en mosquée puis en musée. Depuis 2020, c’est de nouveau une mosquée, mais les touristes doivent être riches pour rentrer. Qu’à cela ne tienne, Tachou met un foulard sur la tête et la petite troupe s’engouffre dans la file des locaux. « Vous venez pour prier ? » « Oui, oui !». Et c’est pas faux ! Nous nous offrons un moment de recueillement au pied de la vierge et de Jésus qui ont été habillement dissimilés derrière des voiles blanches. Les filles d’un côté, au fond derrière des paravents, les hommes au centre, sous les belles coupoles décorées. On prend soin des femmes ici!
La journée est une succession de petits plaisirs reposants qui changent du voyage à vélo et cela fait du bien ; Des grains de maïs grillés se coincent dans les dents des enfants alors qu’une pluie d’orage vient rafraîchir l’air et changer comme par magie les chapeaux de soleil en parapluies dans les boutiques à souvenirs. La météo parfaite pour aller se perdre dans le grand bazar où nous ne craquons pas devant l’ampleur des tentations. « Mais Tachou, on voyage à vélo !» « Oui mais elle sont trop belles ces chaussures, et regarde toutes ces assiettes colorées et tous ces épices ! ». « Maman, tu as vu ce coussin-chat, il est trop beau ! » « Oui, ma chérie ! ».
Simon apprécie le molletonné des tapis de la mosquée Yeni Cami, et voudrait y rester se reposer toute la journée. Mais nous avons un autre plan et allons poser nos fesses sur les banquettes d’un bateau qui part faire le tour du Bosphore. Il parait que les dauphins s’y plaisent malgré le trafic incessant, mais aujourd’hui, ils sont partis à la pêche sous marine ! Les enfants se chamaillent gentillement alors que défilent derrière eux des palais et des maisons en bois grandioses, héritage d’un passé prospère.
Rentrés tard de cette journée, nous nous laissons tenter par la fin de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris version anglaise sur youtube et ne comprenons pas trop le délire de cette fête sans public. L’ambiance dépravée des shows que nous voyons rend notre nuit un peu glauque. Le lendemain, on apprendra que les médias ont adoré. Tant mieux pour eux ! Nous préférons la beauté des choses simples, comme l’innocente euphorie des enfants qui découvrent les écrans devant leurs sièges dans le bus du retour. Ils sont captivés pendant 3h, incrédules de voir tant de confort. Le jour où ils prendront l’avion pour la première fois, je crois qu’il faudra les filmer pour qu’ils rient d’eux-mêmes dans quelques années !
La Turquie côté Europe, de Tekirdağ à Edirne
Upendo nous attend pour récupérer nos vélos. De fil en aiguille, elle nous cuisine un bon repas alors que nous étions sur le départ pour aller planter la tente un peu plus loin avant la nuit. Mais sa gentillesse nous anesthésie et nous profitons encore un peu de son apaisante compagnie. La tente sera plantée in extremis au crépuscule, aux portes de la ville.
Au revoir la mer !
Nous quittons la mer que nous ne retrouverons qu’en Italie et nous enfonçons sur des petites routes que nous prenons soin de choisir. En Turquie, on a vite fait de se retrouver sur des gros axes, doublés par des bolides optimistes. Les quatre jours de vélos entre la mer de Marmara et la frontière se suivent et se ressemblent. Petite pause du matin à la mosquée pour mouiller la chemise qui fait office de climatiseur, faire le plein d’eau et le propre des culottes de la veille, puis tout le monde pédale sur les petites routes vallonnées bordées de tournesols fanés, avant de faire une pause au supermarché. Aujourd’hui, l’employé du « şok market» est inspiré, il ferait bien un voyage comme le nôtre ! Il sort des chaises de camping et nous offre un thé, nous montre sa maison, sa maman et sa sœur... Plus loin, une famille nous apporte des verres d’eau en nous voyant passer.
Un met de sportifs !
Alors que le soleil décline, une dame traverse la rue avec un grand plateau rempli d’assiettes pleines d’une bouillie appétissante. Pas forcément facile à transporter au premier abord, mais la générosité turque n’a pas de limite et il nous est impossible de refuser ce met gluant, collant et coulant à souhait que nous devons transporter. Alors on rempli un tupperware,… puis deux, elle insiste tellement pour nous gaver ! Nous avons la sagesse de commencer notre repas du soir par ce cadeau gourmand qui ne laissera que peu de place pour les pâtes habituelles. On n’a jamais mangé un truc aussi costaud, mélange de haricots blancs, maïs, blé, raisins secs, figues, noix, baies, miel, le tout aromatisé à la cannelle. On a de l’énergie pour trois jours, la peau du ventre bien tendue et avons hâte de rentrer sous la tente pour digérer.
Birol Debir, le papi généreux.
Mais ce soir, le destin en a décidé autrement. Pourtant, on s’était bien caché ! Alors que nous allons nous mettre tout nus pour la douche, une mobylette s’approche. Flûte, on est démasqués ! Birol Debir vient causer et nous comprenons vite qu’on est les bienvenus ici dans son champ. Il nous demande si on aime le miel car ses ruches sont juste à côté, puis il repart nous chercher un pot. Un quart d’heure plus tard, il revient avec un gros sac plein à craquer qui accouche d’une grosse pastèque, d’une bouteille de pepsi, de trois petites gazouzes pour les enfants, d’un sachet de graines de tournesol pour l’apéro et d’un paquet de biscuit spécial bébés. « Pour Alice » nous indique-t-il d’un signe de tête ! Sans oublier le kilo de miel ! Incroyable ! Le lendemain matin, nous sommes réveillés bien tôt. Il nous apporte une bonbonne d’eau pour la douche, puis il repart prendre son train. Nous sommes ébahis par tant de générosité et d’attention alors on devient créatifs. Avec un patchwork de peau de pastèque, nous écrivons « Teşeküler » sur le sol de notre emplacement et y déposons une carte avec un petit mot, certains qu’il repassera par là dès son retour. Cela lui fera plaisir ! Le voyage prend une autre dimension à travers ces marques de sympathie.
Edirne
Nous traversons des paysages de rizières à perte de vue, on se croirait au Vietnam. Nous longeons la frontière grecque très surveillée. A la pause midi, un petit groupe d’hommes bien bronzés sort de nulle part, s’approche d’un homme qui attend à la fontaine, deux voitures arrivent, embarquent tout ce beau monde et font demi-tour en un éclair. Certainement des migrants syriens qui s’apprêtent à passer en Grèce ? Plus loin, un camion militaire nous poursuit en klaxonnant et un drone nous regarde de haut. Nous devons nous éloigner de la frontière. Nous sommes heureux d’arriver en ville par le joli pont ottoman qui nous accueille à Edirne.
Encore une ville mythique, fondée par l’empereur romain Hadrien. Son histoire est longue et mouvementée, rythmée par les batailles et les sièges. Capitale de l’empire ottoman, occupée par les russes, prises par les bulgares, restitué à la Turquie, puis sous contrôle grec, elle redevient turque dans les années 1920. Ouf ! Aujourd’hui, elle est à la frontière de trois pays : la Grèce, la Bulgarie et la Turquie.
Bouquet final chez Mustafa !
Nous avions prévu d’aller dormir en Grèce, mais nous sommes fatigués et charmés par la ville alors nous jouons les prolongations turques. Et voilà les trois petits haricots assis dans le patio de la chaleureuse auberge « 5 rooms pansiyon », devant une belle assiette de pastèque offerte par Mustafa. Un vrai paradis pour se reposer, nous y rencontrons Carol-Ann qui voyage en stop et Guillaume à vélo, des baroudeurs en route vers un projet de film à Istanbul. Nous visitons ensemble la ville, les mosquées, le bazar et nous terminons autour d’une bonne bière. Une belle rencontre !
Pour notre dernier jour en Turquie, Mustafa nous offre le petit déjeuner et toute sa gentillesse. Un instant qui résume à lui seul l’atmosphère que nous avons aimé ici.
Bilan de la Turquie
Pas la peine d’en rajouter, on est contents d’avoir fait découvrir à nos enfants un petit bout de ce grand pays chaleureux, à cheval entre l’Europe et l’Asie. Les petits haricots sont de plus en plus à l’aise, heureux de cette liberté qu’offre le voyage. Nous en sommes ravis !
Grèce, de Patras à Samos
Du 24 juin au 7 juillet, km 2414
Depuis Kusadasi, le 8 juillet
L’arrivée
« Ladies and gentleman, nous allons arriver au port de Patras dans trente minutes, veuillez libérer les cabines et rejoindre les garages », Eh, les gars, il est 5h30 du matin, là ! On avait dit 7h ! Voilà comment nous apprenons que nous avons perdu une heure en route !
Nous voilà donc fraîchement débarqués, encore ébouriffés, sur le port de Patras, en compagnie de trois joyeux cyclos américains venus faire le tour du Péloponnèse.
Nos premiers tours de roue nous amènent aux jeux d’enfants pour un petit déjeuner dans le parc devant une mer aussi turquoise que translucide. Ce n’est pas un mythe, la mer a quelque chose de spécial ici, on est bien en Grèce ! Une multitude de mini-cabanes pour chats, accompagnées de bols gourmands nous le confirme. Ici, ces félins sont rois !
La mer est bonne !
Nous commençons donc notre virée grecque en longeant le golfe de Patras jusqu’au moderne pont suspendu de Rion-Antirion qui relie la Grèce continentale et le Péloponnèse. Devant un nom pareil, mais surtout devant la plage dotée d’une cabine pour se changer et d’une douche à l’air libre, nous ne rirons pas plus longtemps. Nous enfilons les maillots pour un bain de rêve. Ce sera le premier d’une longue série, celui qui ouvre le bal de notre traversée de la Grèce.
La routine
Comme si ce pays était destiné à être un lieu de détente, nous vivons, nous aussi, des sortes de « vacances » dans le voyage. Les jours se suivent et se ressemblent ; camping sauvage, bain, vélo, goûter, bain, pic-nic, yaourt, bain, devoirs, bain poissons, bain, goûter, bain, douche, recherche du bivouac, pâtes aux tomates et dodo.
Le premier jour, la route est assez chaotique, les quelques alternatives pour éviter la nationale nous mènent au bord de l’eau. La première épreuve ; expliquer aux enfants que non, on ne va pas se baigner ici, on va aller se poser plus loin pour avancer la route. La deuxième épreuve ; remonter en suant les pentes abruptes pour regagner la route et avancer un peu, enfin !
Dans ces circonstances, il nous faut des carottes. « Ce soir, nous serons dans un magnifique camping sous les pins, qui descend en terrasses vers la plage où il y a un ponton - plongeoir ! » C’est bon, ça marche ! Tellement bien qu’on y restera deux nuits... Impossible pour Héloïse d’arrêter de sauter dans l’eau, elle adore ça et s’essaye à toutes sortes de figures, la plus marrante étant de courir avec maman toute la longueur du ponton et de crier « bonzaï » en espérant atteindre l’autre rive avant de redescendre chez les poissons avec fracas. Simon sera plus difficile à convaincre, mais sa joie et sa fierté d’avoir réussi à faire le grand saut sont à la hauteur de son appréhension à y retourner ! Pour Alice, c’est trop marrant, elle est toujours partante et volontaire pour ce jeu à grande sensation. Tintan tente de vider la mer avec des bombes assourdissantes et Tachou retrouve des sensations perdues, salto et roues sans les mains. Entre deux ploufs, on travaille, on se met à jour, comme on aime le faire quand on arrive dans un nouveau pays. On fait les comptes aussi. « ah ouai, t’es sûre, t’as pas fait une erreur ? ». Heureusement, le masque que Simon avait déjà écrit sur sa liste du père Noël pour voir les poissons a été oublié par quelqu’un depuis deux jours et Tachou a repéré son futur tapis flottant, qui la nargue depuis la veille, tout seul dans un coin. On repart donc un peu plus lourds mais le cœur léger !
Et la route suit son cours… on pousse les enfants au maximum pour finir les kilomètres le matin pour avoir une belle après midi libre à barboter dans l’eau. Avec cette chaleur, c’est l’option la plus facile. Les devoirs entre deux bains sous une paillote ne perturbent pas Héloïse qui apprend avec joie. Côté Simon, la dictée représente le deuxième défi sportif de la journée. Le jour commence à baisser quand le point final se pose en bas de la page, un plouf rapide de réconfort et nous voilà repartis. Ce soir, c’est camping sauvage de luxe à Diakopto, sous un figuier derrière une plage de galet blancs avec accès direct à l’eau limpide. Unique bémol à ce lieu magique ; ce n’est plus la saison des figues ! Oui, nous devenons exigeants. Ici, une plage sans douche, on passe notre route, une eau un peu trouble, on va voir plus loin, les galets, c’est plus facile que le sable pour remettre les chaussures… attention, les haricots s’embourgeoisent !
De bon matin, même pas la peine d’enfiler les maillots, on se la joue nudistes avant de remonter en selle pour notre suée du jour. Les pauses midi arrivent toujours avec une grande joie, celle de s’échapper du tee shirt collé de transpiration pour se glisser dans l’eau fraîche et aller regarder les poissons. On a repéré la girelle paon, qui expose sa palette allant du vert pomme au bleu turquoise en passant par l’orange et qui crée une file d’attente pour le masque et le tuba. Il y a également une file d’attente lors de notre dessert quotidien : un pot de yaourt d’un kilo, 5 % de matière grasse, qu’on se partage comme des vautours affamés. On dégaine le pot de miel pour ajouter un tourbillon sucré. Le premier jour, terminer le pot était un défi sportif, mais dès le deuxième jour, c’est devenu une gourmande formalité pour terminer notre pic-nic en beauté !
Un soir, le vent augmente nos ambitions kilométriques et nous pousse à 50 km au compteur dans le grand parc de pins jouxtant la mer à Silocastro. En repartant le lendemain, on voit la panneau « interdit aux vélos ». Tant que ça n’était pas interdit aux tentes, on est bons !
De l’extérieur, elles sont belles, cossues et parfois elles chantent. Un appel à la prière ? Ça y ressemble ! L’office est diffusé jusque dans les rues. A Kiato, nous entrons admirer les entrailles d’une des nombreuses églises orthodoxes. Quelle beauté ; les murs sont peints de teintes chaleureuses, le bois est sculpté de mille détails, les icônes métalliques gravées de draperies... Les fidèles viennent les embrasser en toute intimité et tout cela nous rappelle les monastères de Serbie et de Bulgarie.
Sur le port, des pêcheurs amateurs installent leur petit stand et vendent leur récolte du jour aux quelques passants. L’ambiance est paisible. Nous ne nous lassons pas des camaïeux de bleus qui nous appellent au bain à chaque bout de rue, à chaque virage, à chaque placette. Ici, le bleu fait entièrement partie du paysage. Comment une personne qui a toujours vécu ici, avec cette couleur au fond des yeux, pourrait vivre ailleurs sans un sentiment de vide ?
A notre arrivée à Corinthe, le camping sauvage n’est pas évident. Pile ou face ? La pièce tranche. Nous voilà allongés sur un magnifique parking au bord de l’eau, sommairement abrités du vent par un camping-car allemand mais pas des phares des voitures qui passent. Plus loin, nous aurions été cachés, à l’abri du vent, mais dans un bâtiment abandonné aux ambiances peu rassurantes. Parfois, c’est reposant de laisser le destin choisir à notre place !
Et le destin, il est généreux ce matin. Le vent qui a soufflé toute la nuit en emportant avec lui notre sommeil profond nous a apporté un cadeau : une bouée licorne pégase, coincée dans le grillage. Elle a du faire la traversée du golfe de Corinthe cette nuit. Alice ? Tu as vu ? On la prend ou pas ? La question trouve vite une réponse et notre nouvelle amie une place au fond de la sacoche pour la prochaine baignade.
Le canal de Corinthe
Aujourd’hui, c’est une journée historique ! Après avoir regardé sombrer le pont submersible à l’ouverture du canal pour laisser passer un joli yacht, nous suivons et dominons les eaux turquoises qui, depuis 1893, relient le golfe de Corinthe et la mer Egée. Avant le canal, les bateaux devaient faire tout le tour du Péloponnèse, ou bien emprunter le « diolkos », ancêtre du chemin de fer. Construit par les Grecs 600 avant avant notre ère, cette voie faite en pierre calcaire et gravée de deux sillons, guidait les roues des plateformes à roulettes sur lesquelles on mettait les bateaux, tirés par des esclaves ou des animaux. Le pente ne dépassait pas 1,5 % et les sillons empêchaient les « déraillement ». Quant au canal, il a fallu dix ans pour le construire ! Il atteint 50 mètres de haut au niveau du pont où une jolie fille s’envoie en l’air, tournoyant avec habileté autour de son cordon élastique. Cap ou pas cap ? Heu, pas cap !
Une expérience unique
(Note : le paragraphe suivant ne doit pas être lu par Misa, Dadou, Mamie et Papi.
Par contre on est cap d’une autre folie qui s’impose à nous. L’organisation urbaine autour du canal est un peu incompréhensible. Alors que nous pouvons traverser deux ponts sans problème pour prendre des photos, ils desservent deux routes qui ne nous permettent pas de rejoindre notre itinéraire. La première nous ferait gravir un long col, et la seconde est devenue, depuis l’accident d’un gros camion qui a fait péter un pont, une voie sans issue. Le pont submersible que nous devions prendre est, quant à lui, en réparation pour encore une semaine. Et voilà comment on devient cap de passer par la seule issue possible, l’autoroute. A vrai dire, on était beaucoup plus tranquilles sur la bande d’arrêt d’urgence de Corinthe que sur la route à la sortie d’Alger ! )
Les trois kilomètres d’adrénaline passés, 14h et le ventre vide, nous plongeons dans la première eau venue pour faire baisser la température. Licorne pégase se dégourdit les ailes avec les enfants sur le dos, les poissons nous guident sous l’eau, Tintan déniche des fragment de poteries sans âge, et nos pieds évitent les oursins qui pullulent. Sur la plage, leurs carapaces dénudées exposent leurs jolies couleurs et réveillent l’artiste caché en nous pour une séance de land art. On en oublierait presque les pétroliers qui attendent leur chargement devant l’énorme usine de raffinerie qui largue derrière nous des odeurs de silex frappé. Plus loin, nous traversons une zone à haut potentiel festif. En plein après midi, les transat et les parasols vibrent au son d’une musique assourdissante et cachent toute la plage ! Nous prenons une soirée de repos au camping du coin, et des nouvelles de la calandrette. Ce soir, l’école allume le feu de la Saint Jean pour fêter la fin de l’année sous une météo bien humide. Derrière nous, c’est la forêt grecque qui brûle !
Le lendemain, nous surplombons des criques de rêve sans pouvoir y goûter et trouvons un maillot de bain sur le bord de la route. « Dommage Tintan, c’est un maillot déchiré de la taille d’Alice ! Et non pas le string de bain dont tu rêves pour ta femme! Ouf ! » Puis nous rejoignons l’île de Salamina. Soudain, le téléphone bourdonne suspicieusement. « Alerte rouge ! Vous êtes dans une zone de passage des fumées de l’incendie. Veuillez fermer vos fenêtres et vous mettre à l’abri. » Effectivement, l’air s’est légèrement assombrit. Nous respectons donc à la lettre ces préconisations et trouvons un camping désaffecté au milieu des pins pour vite y monter notre tente ! Le lieu nous plaît, nous y restons deux nuits, avant de rejoindre Athènes.
Athènes
Notre a(ppl)mi Komoot nous mène sans encombre devant l’opéra et la bibliothèque nationale d’Athènes, conçu par l’architecte Renzo Piano. Un bassin d’eau de mer et un grand parc apporte de la fraîcheur aux athéniens. Tintan succombe à la tentation de goûter au café glacé dont les grecs sont friands, avec paille et petite capsule plastique, ces dernières faisant partie du paysage routier grec. Un coup d’œil aux murs de verre vertigineux qui cachent des étages de livres. Un tour d’ascenseur pour monter sur le toit admirer l’acropole qui émerge au loin de l’énorme masse urbaine. Et nous voilà en maillot à courir dans la fontaine, qui, comme un geyser à multiples sorties, nous rafraîchit autant qu’elle nous fait rire de bonheur. Reste le plus facile ; parcourir l’unique piste cyclable de la capitale et y trouver une petite boutique de vélo tenue par deux jeunes sympathiques pour changer la pédale d’Héloïse et ajouter de la guidoline aux poignées usées et dures des enfants.
Encore quelques coups de pédale et nous débarquons d’un coup dans un autre monde. Un autre temps. Plusieurs temps qui se superposent sous l’œil tenace du Parthénon. Les touristes affluent dans cette magnifique ville où l’histoire se lit à chaque coin de rue. Des bistros modernes, des restos alléchants se frayent une place entre deux temples, une église orthodoxe et des colonnes doriques, ioniques et corinthiennes… reste à savoir comment les reconnaître, mais cela est une autre histoire !
Nous posons nos sacoches et allons explorer les rues à la recherche d’un bon falafel que nous dégusterons en papotant dans la langue de Molière auprès d’une maman et sa fille qui rentrent d’une virée en scooter dans les îles. Grâce à elles, nous enterrons définitivement l’idée de visiter les îles les plus connues des Cyclades. Elles sont déjà noires de monde et cela nous conforte dans notre intuition de fuir les zones trop touristiques.
Les rues d’Athènes sont joyeuses et chaleureuses. Nous passons au pas de course le quartier des restos où les touristes sont alpagués et prenons le temps d’écouter deux joyeux lurons qui se régalent en chantant et en jouant de la musique locale, sans se laisser déconcentrer par l’alarme de la boutique derrière eux.
C’est l’heure d’aller dormir pour nous, celle de de se réveiller pour les punaises. La nuit a été longue pour haricot bidouilleur qui n’a pas réussi à trouver d’astuce pour se protéger.
L’acropole
La journée qui suit est également longue, chaude, éreintante. Elle commence par un bon petit déjeuner achevé au pas de course pour rentrer dans les temps dans le site de l’Acropole. Un bain de foule, rien de mieux pour commencer la journée ! Après Pompéi, nous adaptons notre technique de visite à nos enfants, dont une grande amatrice des « Maman, c’est quand qu’on rentre ? ». La veille, on a regardé un reportage sur l’Acropole. Aujourd’hui, on fait le tour du site assez vite, admirons les sculptures, les deux théâtres, le joli Parthénon, les traces des boulets de canon en estimant d’où ils ont pu être tirés, où était située la réserve de poudre qui a explosé, où étaient appliquée la peinture des chapiteaux… en fait, l’histoire écoutée la veille a permis d’investiguer le site d’une autre façon qu’avec un audioguide. C’est beau, mais après avoir vu les temples Égyptiens, on se dit que les élèves n’ont pas réussi à surpasser leurs maîtres !
Les cyclopes, ces bâtisseurs !
Un petit rafraîchissement à l’auberge, avec un autre documentaire pour se reposer et on repart pour une chasse au trésor de grande taille. Tintan se souvient qu’il y a un mur cyclopéens pas loin d’ici, alors nous faisons une course d’orientation à qui trouvera les plus grosses pierres ! Gagné! Un mur monumental s’étend juste au bas de la colline du Pnyx, avec des pierres d’environ deux mètres de hauteur, des découpes à plusieurs angles comme au Pérou, des joints très fins… et aucun écriteau, aucun visiteur. C’est pourtant tellement plus vieux et plus intriguant que le reste ! Comment ils ont pu mettre ces pierres en place ? Au dessus, c’est tout un pan de colline qui a été découpé de façon rectiligne, comme une carrière moderne. Tout cela nous inspire, le lieu est magique, la vue sur l’acropole splendide à travers les oliviers, avec de gros nuages qui sont bienvenus dans cette chaude journée.
Une forme olympique
Allez, encore une petite pause pour se remettre à température et on part à la chasse aux bouquetins. On se demande ce qu’ils font là, eux, entre les tortues d’eau et les canaris verts, mais on ne cherche pas à comprendre, on vise les jeux en bois pour petits haricots sauteurs dans ce magnifique parc.
Ce soir, Thibault nous choisi un lieu de pic-nic magique au coucher du soleil. J’ai nommé le stade panathénaïque (si, si, lisez à haute voix!) en marbre blanc s’il vous plait ! A peine deux cent ans d’âge, mais imposant, à l’image des théâtres antiques. La flamme olympique est venue ici avant de partir pour Paris. Ce français, rencontré grâce au site « warmshower » devait nous héberger chez lui à Athènes avant d’avoir un contre temps de voisinage qui en a décidé autrement. Alors on s’est quand même fait une petite soirée, perchés en haut d’un mur de 1,70 mètres de haut. « Bon, les enfants, vous restez tranquilles, hein !»
Un départ fracassant pour les îles
Le lendemain, le départ est assez houleux. Entre un colis qu’on attend et qui n’arrive pas, la tempête qui nous surprend devant une portion de périphérique et l’heure du bateau qui approche… le hasard a voulu que la pluie nous pousse à l’abri devant la gare d’où des trains partent vers le port du Piraeus où nous allons, justement ! On prend donc des billets, mais l’ascenseur est en panne et on n’est pas sur le bon quai, le train arrive mais avance comme un escargot...Heureusement que haricot fonceur est là pour y croire, et c’est sans billet en poche et à l’heure pile du départ que nous arrivons devant les entrailles du bateau… qui nous fait le cadeau d’être en retard ! Ouf !
Mais si le bateau est en retard, ça veut dire qu’on va arriver de nuit et que trouver un camping sauvage n’est peut être pas une bonne idée ? Ah oui, vite avant qu’il n’y ait plus de réseau on réserve un endroit où dormir ! Re-ouf ! Y’a des jours où l’on est un peu pris de court !
Syros et Samos
Le lendemain, nous visitons Ermoupoli, le port de l’île de Syros, ses escaliers, ses églises, ses escaliers, ses jolies rues, ses escaliers, ses escaliers, ses escaliers ! C’est escarpé ! L’île de Syros est la capitale administratives des Cyclades. Elle est fréquentée par des grecs. Peu de touristes ici, la route est calme et nous trouvons même une boîte à livres pour renouveler nos lectures en échange d’Alice au pays des merveilles et Winnie l’ourson que nous portons depuis le pays basque !
Nous allons voir si l’eau est bonne sur la côte ouest, jouons dans l’eau toute la journée avant de passer devant une belle église blanche surmontée d’une coupole bleue pour un bivouac perché devant la mer sous les étoiles, animées par le passage de starlink. Merci Elon Musk, on voulait te dire que ton projet s’intègre très bien à son milieu naturel !
Encore un peu de vélo, beaucoup de bateau et nous voilà sur l’île de Samos où nous passons vite, juste le temps de réparer une crevaison pour des Danois en galère et d’acheter des glaces avec le pourboire que nous n’avons pas pu refuser car c’était pour les enfants… Ça sent déjà la Turquie qui occupe tout l’horizon et que l’on capte déjà sur le réseau téléponique. Nous sommes excités comme des puces. Heureusement que notre bivouac est bien caché, on nous aurait pris pour des fous ! Ça fait du bien de relâcher la pression après l’organisation serrée de ces derniers jours. Jongler avec les dates et les horaires des bateaux à prendre n’est pas évident, cumulé avec la route, la chaleur et les enfants. Demain, on prend le bateau pour la Turquie, et ce n’est pas pour nous déplaire !
Bilan de la Grèce
Pays magnifique, bucolique, paradisiaque, la Grèce nous a ouvert les portes de ses plages, de son eau magique, de son histoire millénaire et de ses yaourts à tomber par terre. Ce fut des vacances dans notre voyage, très peu de rencontre et d’imprévu. On est resté entre nous, cela a été enrichissant d’un point de vue familial. Les enfants affirment leurs différents caractères, l’ambiance est animée et chacun tente de faire sa place et mettre ses limites dans cette mini société. On a fait le plein de vitamines D, on n’a jamais été aussi bronzés.
Italie, de Salerno à Bari
Du 7 au 23 juin, km 2072
Depuis Patras, le 25 juin
Au-revoir la Tunisie!
Alors que nous prenons racine dans l’embarcadère de Tunis, l’Italie commence à naître dans nos esprits. « On va dormir où en arrivant à Salerne à 23h demain ? » « Y’a un camping à 15 km de la ville tu crois que c’est jouable avec les enfants ?... » « Heu...Non ! » Le téléphone marche à plein régime pour dénicher un B&B. Les tarifs italiens nous font réviser notre table de multiplication de cinq et imaginer de beaux campings sauvages pour soulager nos besoins de nature autant que la carte bleue !
Pendant cette recherche, dans la halle du port de Tunis, l’éléphant qui se balance sur une toile d’araignée nous sauve pour canaliser l’état de surexcitation avancé des enfants alors que le bateau ne semble pas vouloir lâcher les amarres. S’en suit un pic-nic sur le carrelage car il est déjà 21h ! Du départ en bateau au coucher de soleil sur la baie de Tunis que nous projetions comme bouquet final, nous ne verrons qu’une lueur rouge à l’horizon et des goélands illuminés virevoltant au dessus de nous comme des étoiles filantes. Pas mal non plus !
Un passage revigorant entre l’Afrique et l’Europe.
Nous gagnons notre cabine au tarif aussi doux que les draps, pour un repos de rêve en pleine mer. Nous sommes réveillés par l’arrivée matinale à Palerme. « Tu es sûr qu’on a pris le bon bateau ? Palermo et Salerno, ça se ressemble ! » Ce n’était qu’une escale et le navire reprend son chemin en griffant la mer azur d’un large sillon blanc. Le repos des corps signifie le travail des méninges ; aujourd’hui, nous avons le temps de rattraper le retard du journal de bord, de réaliser le film de l’Algérie, d’écrire des cartes postales. Alors que nous contemplons la mer en espérant voir sauter des dauphins, nous voyons passer le Stromboli et d’autres îles copines à lui. L’équipage s’affaire à un exercice de secours. Nous mettons les gilets de sauvetage en espérant sauter dans l’eau pour nous rafraîchir, mais finalement, nous retournons vite à nos occupations.
Salerne
Le bateau accoste à Salerne tard dans la soirée. La route entre le port et notre hôtel semble faite de velours. C’est calme, c’est doux, c’est propre, c’est silencieux, des gens en tenue de soirée se baladent tranquillement… Dans ces moments là, l’âme s’apaise. Nous voilà en terre connue, soulagés d’avoir pu traverser le tumulte africain sans encombre. La femme et les lits du B&B sont aussi apaisants que l’ambiance nocturne et très vite nous sombrons dans une jolie chambre bien propre.
« Allora, chi manca oggi ? »
Les cours d’italien pris en langue vivante 3 au lycée reviennent à la surface chez Tachou en se mélangent joyeusement à l’espagnol mais suffisent à comprendre et vis et versa. Comme quoi, les parents avaient raison, quand on apprend jeune, on retient bien et c’est une aubaine de parler une langue pour qui veut rencontrer les habitants d’un pays !
Pompéi
Tout peut maintenant facilement s’improviser, nous nous sentons un peu chez nous. Nous organisons notre visite de Pompéi le matin-même, laissons vélos et sacoches dans le couloir de l’hôtel et partons prendre le train. Nous achetons des fougasses au premier fournil venu et nous voilà partis pour un voyage dans le temps. On ne sait pas si le pain, les tomates, l’huile d’olive et la mozzarella que contiennent ces fougasses étaient aussi fondants en l’an 79 lorsque le Vésuve s’est mis en colère, mais ce qu’on sait, c’est que la ville devait être magnifique ! Fouler la rue de l’Abondance avec sa chaussée usée et ses hauts trottoirs nous renvoie à Timgad en Algérie. La même marque de fabrique de part et d’autre de la Méditerranée. Ici, ils avaient des passages piétons en trois dimensions. Les enfants n’avaient pas besoin de sauter sur les bandes blanches en imaginant que c’était des rochers pour traverser la rivière, ils y étaient pour de vrai ! Moi qui croyais, sans trop comprendre comment, que des corps avaient été pétrifiés par la lave, j’apprends qu’en réalité, les cendres qui ont ensevelit la ville on piégé les habitants qui tentaient de fuir. Lors des fouilles, ils ont remarqué que des cavités avaient été laissées autour des ossements dans la cendre durcie. De véritables moules qu’ils ont remplit de plâtre avant de dégager la cendre et de faire apparaître, en relief, le vide laissé par la décomposition des matières organiques, c’est à dire la forme des corps. Et le résultat, émouvant, montre les expressions des visages et la souffrance des ces habitants à l’instant même où ils s’envolaient vers l’au delà.
En route vers la campagne
C’est la peau encore fripée par la mer et le dos rougit par le soleil que nous quittons la mer et le camping de Salerne pour nous enfoncer dans l’arrière pays. Ici, nous retrouvons tout ce que nous aimons dans le voyage à vélo ; les petites routes peu fréquentées, les bons pic-nics, les parcs de village avec fontaines et jeux . Dans ces conditions, les enfants n’ont plus d’excuse ; fiche de travail tous les jours !
Le premier soir, nous visons le bord de la rivière et trouvons un petit coin de paradis au milieu des oliviers. Un pêcheur à la mouche arrive un peu trop tard, les poissons ont fuit juste avant en voyant nos bronzages cyclistes lors de notre bain. Il revient bredouille et sa sympathie nous témoigne qu’ici, le camping sauvage n’est pas un problème !
Des étoiles dans les yeux
Le ciel est clair, la météo annonce quelques gouttes à 3h du matin mais nous sommes joueurs et optimistes, le double toit de la tente reste au fond du sac. Alors que nous nous enfilons dans nos duvets, une multitude d’étincelles clignotantes se mettent à tournoyer tout autour de nous. Des étoiles filantes ? Ce n’est qu’après quelques secondes d’émerveillement que nous comprenons. Les lucioles attendaient que nous soyons bien installés pour commencer leur bal! Tous les soirs c’est le même spectacle, car les lucioles sont à la fête et il y a des bals nuptiaux dans toute la région; à Picerno au fond du terrain des maraîchers, à Potenza dans les hautes herbes au bord de la rivière, à chaque fois une ambiance magique.
Giacomo, le coureur
Au village de Contursi Terme, on se contorsionne pour pousser les vélos qui se cabrent devant des pentes effrayantes. En haut, un banc à l’ombre d’un arbre nous arrête pour la pause de midi. Ici, personne ne circule, ou presque. Giacomo, inspecteur de police sur sa mobylette, s’arrête pour échanger quelques mots, puis repart. Quelques minutes plus tard, il revient, cette fois-ci sur une moto, avec son ami Denis et la musique d’Umberto Tozzi à fond. Le cliché qui nous fait bien rire et qui donne le ton de la suite. Ils sont impressionnés et enthousiasmés par notre voyage, veulent nous filmer, nous mettre sur facebook, nous aider, nous bichonner… Comme nous n’avons besoin de rien, mais qu’il y a toujours quelque chose de mieux que rien, le choix s’arrête sur des « gelati » qu’ils vont nous chercher, la voix d’Umberto Tozzi dans leur sillage. S’en suivra des échanges whatsapp et des réseaux croisés avec d’autres futures rencontres. Ici, tout le monde semble se connaître ! Merci pour ce moment convivial !
Vincenzo, le papa italien
Nous continuons notre chemin, gonflés par cette joyeuse rencontre. Le soir, cependant, pas de camping sauvage en vue, la nuit approche et le doute commence à poindre. Au milieu du village de San Gregorio Magno, un homme nous regarde passer avec une curiosité bienveillante. Nous saisissons notre chance et lui demandons s’il connaît un endroit où nous pouvons planter notre tente. Cinq minutes plus tard, Tintan s’engouffre dans la voiture de son homonyme Vincenzo pour un repérage bivouac dans les vignes familiales, à un kilomètre de là. Une demi heure plus tard, ils reviennent après avoir fait le tour du propriétaire. Tachou et les enfants attendent en dégustant les délicieux biscuits d’apéro à la tomate offerts par l’épicerie devant laquelle nos vélos ont échoué. Ça y est, on peut aller s’installer ! Ah non ? Vincenzo veut nous montrer sa cave à vin, la « cantina » familiale, et nous offrir une petite dégustation. Qu’il est sympa ce Vincenzo, qu’il est bavard… C’est avec quelques joyeux verres dans le nez et une petite heure plus tard que nous remontons en voiture et regagnons nos vélos, toujours gardés par l’épicier à qui nous avions dit « cinque minuti !». Avec Vincenzo, le temps change de dimension et le poids de notre sacoche « miam » monte d’un cran avec une bouteille de rouge et un gros sac de mozzarella. Nous pédalons jusqu’à la maison de ses parents décédés pour nous installer dans la cour, après avoir pris le temps de visiter le potager, les vignes et le verger. Mais Vincenzo semble vouloir faire encore mieux, il revient avec des oranges, des cerises, du fromage, du saucisson et une invitation pour le café et la « colazione » du lendemain matin. Cet homme devient notre papa d’un jour, nous sommes remplis de gratitude et touchés par sa bonté qui ne semble pas avoir de limite. Pour lui, nous représentons un joli contre pied à cette société qui est de plus en plus refermée sur elle-même. Notre façon de voyager alternative lui plaît. Très érudit, il nous apprend un peu d’histoire et sa vision du monde rejoint la notre. Si on a le temps, on saura où venir faire les vendanges en Italie en septembre ! C’est avec émotion que nous lui disons au revoir le lendemain, après avoir savouré des croissants trempés dans un merveilleux cappuccino.
Chez Michele et Dominico, au bon accueil
La via Appia, ancienne route romaine où les vélos ont remplacé les chevaux et les chars, suit les crêtes et nous offre chaque jour de chaudes montées et de belles suées. Il nous faut traverser les montagnes avant de rejoindre l’Adriatique. Mais avant cela, il faut passer chez Michele et Dominico pour faire le plein d’eau fraîche. Alors que les gourdes se remplissent et que Filomena, la grand-mère, apporte des biscuits pour les « bambini », la mayonnaise commence à prendre et une demi heure plus tard, on se retrouve sur le balcon et sous le parasol, attablés en famille devant un bon plat de pâtes, des anchois marinés maison, une salade, des œufs et de la glace. Les deux derniers éléments étant été ajoutés au vu de notre appétit de cyclistes. Ce couple n’en n’est pas à son premier accueil. Ils nous racontent plein d’histoires de voyageurs qui sont passés devant chez eux. Sur ce coup là, les enfants ont été notre passeport humain car ce sont eux qui ont créé l’étonnement et l’envie de nous ouvrir leur porte. Un nouveau passager occupe désormais le panier d’Alice ; Monsieur panda, 40 ans, tout doux et heureux de partir découvrir le monde à vélo !
Les pizzaioli
Après notre mémorable invitation du midi, la route n’en fini pas de monter et nos réserves en nourriture ne sont pas suffisantes pour le soir. Nous visons le col pour y voir plus clair. Tintan se projette plus bas pour faire des courses, Tachou est épuisée et veut rester au col car on y est bien et à défaut de supermarché, il y a une pizzeria. Au cas où, on va demander s’il est possible de manger une pizza et de dormir sur la terrasse. Un « au cas où » dont on aurait eu tord de se priver ! Un coup de fil à Rocco, le patron, et c’est parti ! Ce soir, c’est vendredi et donc soirée ravis au lit ! Tous les vendredi, « la pizzeria tre Cancelli » organise une soirée dansante avec musique live. Les employés s’affairent avant l’arrivée des gourmands et des danseurs. Ils viennent nous chercher dans la tente et rajoutent cinq couverts à leur tablée de service. Nous voilà accueillis au milieu d’une équipe de jeunes serveurs et de cuisiniers hors pair entourant Rocco qui ouvre la bouteille. Son fils fait tourner la pâte à pizza pour les enfants et ajoute des frites, les femmes sont aux petits soins, et Antonio, entraîné par les musiciens, invite Tachou à la danse. Après toute cette joie, nous appelons Christiana pour nous acquitter, mais « la calcolatrice non funziona più! » et indique « ospitalità ! » Voilà comment c’est ici ! « Et demain, vous partez à quelle heure ? » « 9h environ » « Attendez-moi, j’arrive à 9h30 et je vous prépare le café. Les croissants, vous les préférez à la crème ou au chocolat ? ».
C’est incroyable !
C’est regonflés à bloc par toutes ces rencontres que nous commençons à redescendre de nos petites montagnes.
En route vers la mer...
La route est belle, relie de jolies petites villes comme Tricarico et tout cela nous donne des ailes. Les enfants avalent courageusement 50 km pour atteindre une ferme pédagogique où nous planifions de demander un petit coin d’herbe. Pour y aller, nous passons par le lac San Guiliano, dont les rives sèches et dénudées nous offrirons finalement un magnifique bivouac aux ambiances désertiques. En 2005 sur les berges du lac, le plus gros fossile de baleine bleue au monde a été retrouvé, d’une longueur de 30 mètres ! Le lendemain matin, nous profitons de ce bel endroit un peu trop longtemps et le payons très cher en fondant comme des glaces au soleil dans la montée avant d’arriver à Matera, notre prochaine étape. Le thermomètre se réveille et désormais, le plein d’eau devient vital pour que les haricots ne deviennent pas tout secs !
Matera
Arrivés Matera, on change d’ambiance ! Nous traversons la ville moderne qui héberge depuis les années 50 les habitants délogés des maisons semi troglodytiques très anciennes, les Sassis. Depuis le néolithique, ce lieu est habité, faisant de cette cité l’une des plus vieille au monde. Une ville incroyablement charmante où les touristes et les vendeurs de glaces affluent. Nous rencontrons beaucoup de français dont des cyclos et mangeons des glaces ! Journée repos, nous partons visiter la ville grâce à une navette depuis le camping. Première étape, l’ophtalmo. Alice s’est encore fourré un truc dans l’œil, mais plus de peur que de mal, un peu de collyre suffira, merci à l’ophtalmo qui nous a offert cinq minutes de son temps pour nous rassurer ! Deuxième étape, le resto, puis on part à l’assaut des ruelles pour se perdre un peu avant de terminer au fond du canyon en sueur pour franchir la rivière sur un pont tibétain.
Les enfants auraient tant aimé trouver une piscine pour leur journée repos. Les pauvres, on leur a offert une visite de ville et une rando en plein cagnard. De retour en nage au camping, c’est bataille d’eau. Le sac jaune étanche s’improvise pataugeoire. Surtout faire comme on n’avait rien entendu quand le tenancier du camping nous parle de la piscine qui est juste en bas de la côte et qui n’avait pas semblé utile d’apparaître sur nos recherches Google. On rattrape le coup avec une séance cinéma sous la tente, Tintin nous amène en Amérique !
Notre départ prévu matinal s’opère alors qu’il fait déjà chaud. Dur de lever toute la petite famille le matin. Y’en a qui serait bien à 6h sur le vélo quand d’autres sont encore au pays des rêves. Nous découvrons que notre famille se divise en deux : il y a ceux du soir, et ceux du matin. Et comme le sommeil c’est sacré, on se couche tôt et on se lève tard !
Nous réussissons cependant notre nouvel objectif adapté à la saison chaude : Terminer la journée de vélo à midi. Nous nous reposons tout l’après midi dans le parc de Gioia del Colle où les enfants jouent avant de travailler. On décolle en fin d’après midi lorsque le parc se remplit de vie pour trouver un coin où dormir au plus près. Deux renards qui courent au loin valident notre choix, c’est chez eux que nous passerons la nuit.
Alberobello
Le rythme de la veille est validé, aujourd’hui nous dégustons notre pic-nic à Alberobello au pays des trulli à la crème. Eh non, ce n’est pas la spécialité culinaire du coin, mais bien la spécialité architecturale. Leur forme de choux se terminent en cerise glacée sur le gâteau pour un résultat très gourmand. Aujourd’hui, les enfants ont encore eu bien chaud et le camping avec la piscine prend le dessus sur les flâneries touristiques. Ça tombe bien, d’autres cyclos belges sympas ont eu la même idée et on papote jusqu’au soir !
Des oliviers bien ridés
Comme pour fêter la fin de notre traversée de la botte italienne, les oliviers millénaires nous font une haie d’honneur alors que nos vélos glissent sur la douce pente qui mène à la mer à Monopoli . Tortueux, tordus, torsadés, éclatés, boursoufflés, entortillés, énormes, on se sent tout petits en caressant l’écorce râpeuse de ces ancêtres. A l’époque, il ne devaient pas voir passer beaucoup de vélos ! Et qui sait ce que verront passer les jeunes oliviers qui prennent la relève, quant ils auront, eux aussi, atteint leur millénaire ? Des soucoupes de voyage supersoniques peut-être !
De Monopoli à Bari
Nous évitons la case prison et piochons une carte chance ; alors que deux jours de canicule sont annoncés, le camping du coin donne directement sur une petite crique de rêve aux eaux turquoises, fréquentée par une multitude de paires de fesses en string. A la différence de Tunis, le choix du maillot ne laisse place à aucune ambiguïté ! Au milieu, nos enfants éclaboussent et Alice apprend à nager de mieux en mieux ! Nous restons du matin au soir en maillot de bain et faisons travailler les enfants entre deux plongeons. Le premier avant le petit déjeuner et le dernier au clair de lune.
Nous partageons plusieurs apéros avec un couple de français très sympa qui voyage en camping-car et retrouvons les cyclos rencontrés les jours précédant pour une dernière baignade avant de rejoindre Bari pour prendre le bateau pour la Grèce. Nous traversons la cité fortifiée de Monopoli puis Polignano dont les vieilles bâtisses s’accrochent aux falaises. Les touristes sont arrivés, les plages sont remplies, nous sommes bien samedi !
Un petit dodo dans les vignes et nous rejoignons au plus vite Bari pour ne pas rater le bateau. C’est dimanche, 9h30 du matin et déjà la mer déferle son eau sur des vagues de parasols colorés. Il ne doit plus y avoir beaucoup d’habitants dans les logements de Bari, toute la ville semble déjà les pieds dans l’eau !
Ici, pas de contrôle de douane, on monte en avance dans le bateau comme dans un train pour une chaude traversée vers la Grèce. Le bateau démarre au quart de tour, à peine le temps de terminer une mini sieste que les côtes italiennes sont déjà loin, emportant avec elles le goût des tomates, des fougasses aux olives et de la gentillesse de ses habitants.
Le bilan de l'Italie du sud
On a vraiment été séduits par cette région. Les montagnes, peu touristiques, sont habitées d’âmes incroyablement accueillantes et la côte, très touristique, étale ses criques aux eaux turquoises et ses villes magnifiques. Encore une fois, sur nos vélos, nous notons une nette différence dans les rencontres entre les zones sauvages et les zones touristiques, mais rien de nouveau sous le soleil qui risque encore de nous chauffer de nombreux jours en Grèce !
Tunisie, de Haidra à Tunis
Du 26 mai au 6 juin, km 1642
Depuis Salerne, le 9 juin
Une transition tranquille
Au poste frontière, côté algérien, nous attendons. Alice et Simon trouvent spontanément la plus belle des occupations. Matériel nécessaire : une bouteille en plastique et des mégots de cigarettes. Lorsque nous repartons, la place est propre ! Incompréhension côté algérien mais grande fierté côté français !
De l’autre côté, ça va plus vite, une femme avec des cheveux et une queue de cheval nous accueille, nous souhaite la bienvenue… Nous n’avons pas osé lui dire que sa chevelure découverte à elle seule représente le plus beau des accueils !
Bienvenue en Tunisie !
La route aussi nous réserve un bel accueil. Toutes les conditions sont enfin réunies pour qu’Alice retrouve une intimité avec son vélo ; faux-plat descendant, vent arrière, charrettes et moutons sur la route… et même garde du corps pour sécuriser la circulation et nous trouver un lieu pour dormir!!
C’est le ventre d’Héloïse, sans doute un peu inquiet du changement de pays, qui nous arrête et offre aux enfants un tour en pickup « garde nationale » pour terminer la journée.
Le gérant de l’auberge est adorable : « Soyez les bienvenus, vous êtes chez vous ici ! ». Une fois installés, il frappe à notre porte pour nous offrir une grande photo sous verre de la cité antique d’Haidra. Nous sommes touchés même si ce cadeau ne tiendra pas dans nos sacoches !! Décidément, le sens de l’accueil a passé la frontière avec nous !
Haidra est construite sur un ancien site romain qui élance ses colonnes et ses remparts au-dessus d’une source et d’un paysage bucolique où les moutons suivent leur bergère au chapeau de paille. Nous allons y faire un tour au coucher du soleil, traversant la ville qui nous offre de nouvelles ambiances. Des filles sortent leurs belles chevelures, les jeunes se mélangent devant les collèges dans une ambiance joviale, les hommes sont aux terrasses des cafés et rigolent, les rues nous paraissent propres et les maisons en béton non achevées avec les quatre fers en l’air ont disparu… les changements de pays apportent toujours des bulles d’air frais qui rallument la flamme du voyage.
La garde nationale et la police jouent au relais !
Au début, c’est rigolo d’avoir des garde du corps qui nous suivent partout. On se sent importants ! Depuis notre rentrée dans le pays, nous sommes suivis de près à chacune de nos sorties de l’auberge. Dans la ville, le gros camion noir au grillage cabossé de la police devient familier. Nos hommes nous payent notre pain du jour ! Dès la sortie de ville, c’est la garde nationale qui prend le relais. Ce matin, alors que nous dégustons notre petit déjeuner à la romaine à l’ombre des colonnes, les gardes attendent. Ils sont sympas et encouragent Alice qui reprend la route avec un sourire jusqu’aux oreilles !
Je n’irai pas dormir chez vous !
Au premier village, Kalaat Khasba, changement de commune et donc d’équipe de garde. Nous suivons notre route en prenant les raccourcis et les petites routes tranquilles… ah non !!? en fait ce n’est pas possible ! Les coups de klaxon nous ramènent vite dans le droit chemin, à savoir la grosse route bien droite. A la pause de midi à Bir Salah, une famille vient nous inviter pour le thé, le repas et la nuit. On va prévenir nos gardes qui attendent patiemment de l’autre côté de la rue qu’on va aller chez l’habitant. Ah non !!? ça non plus ce n’est pas possible ! Nous sentons la tension monter, alors que notre famille tunisienne ne se démonte pas et accepte avec honneur la défaite en allant nous chercher des fourrés aux légumes, de l’eau et des sucreries en tout genre pour compenser. Un sac plein à craquer de bonnes intentions !! Merci, on serait bien venus dormir chez vous mais « Salah » pas fait !
Alors que la bifurcation vers Jérissa allait nous sauver de cette austère ligne droite, le coup de clairon récidive. « Mais pourquoi ?, on va à Jérissa, c’est à droite ! » « Non, c’est pareil de continuer tout droit, vous tournerez à droite après ! » « Mais non c’est pas pareil, ça rajoute 10 km de vent de face sur la grosse route! » « ... » On n’est pas chez nous, on ne veut pas froisser les autorités alors on utilise le gaz qui commence à chauffer dans nos veines pour appuyer sur les pédales en jurant sur nos bourreaux qui nous poussent à bout de force. Ça défoule !
Au relais, l’heure est grave. Pendant que la nouvelle équipe s’inquiète qu’on n’ait pas de lieu pour dormir ce soir, nos deux loustics s’enfuient en douce après avoir gâché notre journée. Cette histoire se termine dans la camionnette des policiers qui nous livrent encore tout chauds à l’auberge de Dahmani, 20 km plus loin. Voici comment nous réalisons la prouesse d’une étape à 70 km en une journée ! Heureusement, Khaled est là, aussi sympa que le tenancier de l’auberge d’Haidra. Il nous apaise, nous offre le café, du pain et un jardin ravissant grâce à sa passion des plantes. Il a compris notre colère envers la garde nationale qui s’acharne sur les touristes pour les protéger, on ne doit pas être son premier cas de figure !
Changement de stratégie
A peine terminée notre première journée de vélo en Tunisie, nous planifions dèjà une solution de repli. Si nous ne pouvons pas pédaler en paix, on va aller glander à Tunis en attendant le bateau. Internet chauffe ce soir autant que nous dans la journée pour chercher des contacts et des rencontres pouvant nourrir notre plan B. Warmshower, famille d’amis, auberges… nous lançons des perches un peu partout. Le lendemain, nous tentons de mieux ignorer nos pots de colle qui veillent pendant qu’on fait les courses et qu’on continue notre route. Les paysages sont beaux, entre steppes sauvages et champs de tomates, cultivées par des multinationales pour abreuver de lointains pays de coulis, concentrés et fruits séchés. Le relief est doux pour les mollets et enchantant pour nos yeux qui suivent le tracé des petits oueds grâce au rose des fleurs de lauriers qu’ils hébergent. Les bornes indiquent que Tunis n’est déjà plus très loin… pourtant c’est seulement notre deuxième jour de route !!
Un coup de klaxon magique et « pfiout !», nos gardes disparaissent dans le rond point. Chouette ! C’est une voiture banalisée qui prend le relais, on n’allait pas s’en sortir si facilement ! Notre ange est plutôt sympa et nous indique un bel endroit pour le pic-nic. Mais la sieste nous gagne en même temps que la limite de sa patience, nous repartons, de plus en plus fatigués. Cette fois, nous avions anticipé le coup et repéré sur google une location de maison bien placée pour aller frapper le soir venu. Mais la nouvelle équipe qui nous rattrape vérifie et téléphone. Pas de bol, pas de réservation, on avait prévu d’improviser donc notre alibi ne fonctionne pas et nous terminons dans le camion direction le poste de police. Pour être gentils, ils le sont ; eau fraîche, petit gâteaux, on ne manque de rien… comment dire à ceux qui nous veulent du bien que c’est d’eux qu’on ne veut plus ! Car oui, tout ce cirque est voué à un seul objectif : notre sécurité et celle des enfants. Nous longeons le tracé du train pour éviter le relief, mais c’est apparemment la même idée que les migrants qui profitent des trains pour rejoindre la mer depuis l’Algérie. Ils ont peur qu’on fasse une mauvaise rencontre et il faut qu’on dorme en sécurité, dans un hôtel. Mais il n’y en a pas dans la région. Le plus proche est à 20 km et c’est un hôtel de luxe qui nous propose la nuit pour 150 €.
« On a appelé l’hôtel, c’est un hôtel de luxe inaccessible pour notre budget »
« Ok, montez dans le taxi, on vous emmène à l’école, vous dormirez là bas !»
« Parfait, ça nous va ! »
Et en route pour l’école de Dougga !
Première intersection : changement d’équipe de garde n°1
Troisième rond point : changement d’équipe de garde n°2
On se gare devant l’hôtel de luxe en se rendant à l’évidence : Le projet du dodo dans l’école s’est perdu en route ! Bref, on pose gratuitement la tente dans le riche patio au pied des chambres et payons la douche, l’employé de l’hôtel est adorable ! Merci !
Cette fois, ça y est, après avoir tordu la situation comme un scoubidou, nous partons de bon matin rejoindre la gare la plus proche et rejoindre Tunis, laissant derrière nous les ruines de Dougga qui ne verront pas nos yeux. On n’en peut plus, on pédale beaucoup trop vite avec la garde qui nous suit, on est rincés ! Mais oh miracle ! Ce matin, on est enfin seuls ! Ils auraient pu nous prévenir qu’ils en avaient terminé avec nous ! La route est belle, au loin s’élève une montagne écorchée magnifique. Sur le bord de la route, plein de petits stands de thé font chauffer l’eau au feu de bois, et cuire du pain dans des fours de terre en forme de jarre. Curieux, nous y goûtons un thé fort bon et découvrons la tradition de la cuisson des pains. Une fois que le feu a bien chauffé le four, le bois est retiré et les galettes de pain sont mouillées pour coller aux parois verticales du four bouillant qui assure leur cuisson.
A Testour, les constructions blanches aux portes bleues encadrent la rue principale, chargée de commerces dynamiques et alléchants. Nous y trouvons même une fromagerie et une tome à l’ail et au basilic. Goût mitigé !
On trouve une petite route bucolique où Alice continue sa percée en tête de peloton. Elle rattrape tout le temps perdu en Algérie !
Re-changement de stratégie
On arrive à midi et après 40 km à Majaz Al Bab pour prendre le train de 14h … que nous laisserons finalement partir sans nous ! Même si l’absence de la garde nationale ne nous a pas redonné des ailes, elle nous a redonné de l’espoir. Alors c’est à bout de souffle que nous échouons à l’hôtel Membrassa qui porte très bien son nom. Nous modifions encore une fois nos plans, la carte indique des petites routes tranquilles et deux bonnes journées pour arriver à la mer, de quoi remotiver les enfants déçus de devoir finalement pédaler encore un peu avant Tunis.
En route vers la mer !
La Tunisie à vélo, c’est vraiment plus cool qu’en Algérie. L’essence est plus chère, le niveau de vie plus modeste alors les routes sont moins fréquentées à notre plus grand bonheur. Et quand on choisi des petites routes de traverses, on pourrait se croire seuls au monde ! Seuls ? Pas vraiment ! Parfois des véhicules nous doublent… pas de chance, ce pickup transporte des petits cailloux qui nous jettent des petits couillons. Enfin... le contraire ! Le sang de Tintan ne fait qu’un tour quand on arrive au village et que les petits couillons nous attendent en ricanant. Par chance, les adultes sont dans la rue et Tintan se lâche en désignant les jeunes fautifs qui s’éparpillent la tête baissée. « c’est pas moi !» C’est la première fois du voyage que nous sommes confrontés à de la malveillance.
Mais plus loin, le destin se rattrape avec un groupe d’enfants curieux et sympas qui rentrent de l’école et qui, au mot « photo », se positionnent en deux secondes comme pour une photo de classe ! Trop drôle !
Il fait chaud lorsque le « café Syklo » nous regarde passer. Merci pour ton nom qui nous invite à la pause rafraîchissante ; il fait encore chaud quand ce gros mûrier nous voit arriver ! Merci pour ton ombre qui nous invite à pic niquer : Quel bonheur d’être libérés de nos gardes et de profiter enfin des joies de l’itinérance à vélo ! Par contre, il fait moins chaud quand, le soir venu, nous nous cassons les dents sur trois petits motels qui n’existent pas et qu’aucune solution semble s’improviser. Camping sauvage peu propice ici, nous repérons une chambre d’hôte super sympa mais trop loin. On continue sans trop y croire, sans savoir où aller, les rails d’un train nous arrêtent.
Cette fois, j’irai bien dormir chez vous !
Fatigués, on demande à quelques habitants s’il y a un endroit où dormir par ici.
« - Oui, il y a une auberge dans le village à 5 km. Si vous voulez, vous pouvez venir vous reposer chez moi avant d’y aller !
- Oh merci !! Mais vous savez, si on vient chez vous, il sera trop tard pour repartir. On pourrait dormir chez vous ?
- Mais oui, bien sûr ! Venez chez moi!
- C’est gentil ! Avec grand plaisir !
- Non, c’est à moi que vous faites plaisir ! »
Voilà comment commence une soirée exceptionnelle chez l’habitant. Ici vivent plusieurs familles et nous sommes reçus comme des rois. Les enfants ont les mêmes âges et vont jouer dans la chambre, Tachou papotte avec Jihen et Sheima et Tintan part avec Edi pour enregistrer notre présence auprès d’une autorité dont on taira le nom pour ne pas être trop répétitif dans le récit. Jihen et Tachou ont le temps de refaire le monde et de partager tous leurs points communs sur les joies d’être des mamans, Tintan et Edi semblent s’être perdus dans les confins du monde. C’est deux heures plus tard et la soirée presque terminée que les hommes reviennent de la chasse. Ce soir c’est le chef de service de la garde nationale qui s’était perdu !
Les mamans nous préparent des bonnes spaghettis qui ne piquent pas (ou presque pas!) et une chambre rien que pour nous. Eux dormirons dans le canapé. Le petit déjeuner est aussi ensoleillé que nos cœurs reposés et mutuellement heureux d’une belle rencontre !
« Allez les enfants, à midi on se baigne dans la mer, courage ! »
C’est ainsi que commence notre dernière journée de vélo en Tunisie. L’arrivée à La Marsa, banlieue chic de Tunis est fantastique, dans un virage, le golf turquoise donne des envie de plongeons. Ici même pas la peine de regarder le prix des Resort & Spa de luxe, nous filons à l’auberge de jeunesse qui nous refoule. AirBnB nous sauve et nous trouvons rapidement une maison à louer pour un repos bien mérité, à 100 mètres de la plage.
Les baignades
A peine les pieds dans le sable, les enfants disparaissent sous les grosses vagues et ne veulent plus ressortir. Tintan n’est pas en reste mais Tachou fait la poule mouillée devant les burkinis et les robes mouillés. Elle n’ose pas sortir le maillot et observe la vie depuis le sable. Des vendeurs de pop-corn et de thé foulent inlassablement le sable avec leur attirail ambulant, criant à qui veut boire, un panier rempli de menthe fraîche à la main.
Un groupe de jeunes subsaharien surexcités dansent et chantent en se roulant de plaisir dans l’eau. Ceux là doivent être fraîchement arrivés et expriment leur joie de voir la mer !
Le lendemain, Tachou s’est trouvé une tunique-robe pour la suite du voyage, tenue de bain parfaite pour se fondre dans la masse des baigneuses. Mais, ironie du sort, aujourd’hui il y a plein de filles en maillot ! « Bon, demain je fais péter le bikini !» Mais le lendemain, aucun femme se baigne… Eh, les filles, faudrait savoir ! (Vivement l’Italie et les strings de bain, ça sera moins ambigu !)
Tunis, sa médina et ses librairies !
Aujourd’hui, c’est tourisme ! Nous prenons le bus jusqu’à Tunis pour faire des jolies photos et quelques emplettes. Nous remarquons que jusque là, nous avons eu très peu de temps pour faire travailler les enfants et changeons de stratégie. L’occasion d’être dans un pays francophone est en or, on ressort de la librairie avec trois cahiers de leçons et devoirs ! Les enfants nous remercient !
A l’arrivée devant la médina, nous échappons de justesse à l’achat forcé de la toupie en plastique, nous nous cognons à la rue bouchée par les touristes et tentons un chemin moins raide. Au départ, on ne voit pas trop l’intérêt de la médina, en réalité, on ne la voit pas. Il n’y a que les boutiques à souvenirs, placardés du sol au plafond. Et puis, au fil des rues et le ventre rempli dans un boui-boui local, on découvre la beauté des ruelles et des portes cloutées de toutes les couleurs, mais surtout jaunes et bleues. L’ambiance est relax, les terrasses de café attractives et le thé à la menthe est très bon par ici ! Mais nous avons des enfants… la plage nous rappelle à l’ordre, suivie d’une dégustation de beignets « bambalouni » et de chips fraîches !
C’est vraiment bon de faire une pause comme à la maison. Les enfants travaillent en se réveillant, le linge tourne dans la machine, les pâtes cuisent dans la casserole et le bain chaud du soir apaise l’ivresse du vent qui souffle fort sur la plage. On se met à jour, on trie les affaires, on est bien ici ! Le soir, on va se balader au coucher du soleil à Sidi Bou Said pour voir encore quelques boutiques à souvenirs qui inspirent autant que frustrent Simon ; la petite souris lui a apporté une pièce et il découvre la difficulté de choisir quand le budget est serré ! Le quartier est très beau, tout de blanc et de bleu vêtu et au bout, « Le café des délices » qui a inspiré Patrick Bruel, domine la mer et profite de sa renommée pour attirer du beau monde !
Lundi, c’est reparti, nous sommes attendus chez Raja et Jamel, les parents de la femme du frère du parrain d’Héloïse et ami d’enfance du cousin auvergnat de Tintan qui nous a hébergé dans le pays basque au début du voyage... Bref, Raja nous attend avec un délicieux couscous au poisson grillé et un accueil digne d’une maman retrouvant ses enfants ! Nous sommes pris en charges et aidés dans l’organisation de notre visite de la région. Nous louons une voiture au prix local pour faire le tour du cap Bon et des plus belles plages de Tunisie, sous les recommandations des connaisseurs, merci Donia et Antoine ! Nous voilà donc partis en voiture pour une échappée belle de deux jours en mode glandu ! Nous passons par Hammamet pour voir la médina, ressortons avec un tam tam et des sandales. La vraie magie des sites touristiques !
Nous faisons quelques pauses pour voir des flamants roses, les ruines de la cité antique de Kerkouane, les grottes de El Haouaria et le fort de Kélibia, mais les deux paillotes qui n’attendaient que nous sur la plage déserte face à une mer à faire pâlir les cocotiers ont eu la palme d’or pour rester à jamais gravée dans notre vie d’amateur de baignade ! En deuxième place, le bain façon tarte tatin à la glace vanille se défend bien ; à Korbous, des sources d’eau chaude à 59°C se jettent dans la mer, créant une baignade aux sensations de chaud/froid aussi agréable sur le corps que le dessert dans la bouche!
Et nous voilà de retour à Tunis, à profiter des vestiges de Carthage mais surtout de l’hospitalité tunisienne chez Raja, partageant un bon café et des makrouts avec ses sœurs et sa maman qui nous a gardé les vélos. De beaux échanges, de belles sensations, de belles découvertes, merci Raja pour toutes tes attentions, tu nous a remplis d’une douceur tunisienne que nous emportons en souvenir sur le bateau qui nous mène vers d’autres aventures. La Bsissa n’a pas atteint le sol italien tellement elle était bonne !
Bilan de la Tunisie
Dur de faire un bilan sur si peu de temps passé au pays. Nous avons été apaisés par l’ambiance beaucoup plus calme que l’Algérie, que ce soit sur les routes et dans les villes. La religion est moins prédominante qu’en Algérie, l’ouverture sur le monde y est certainement pour quelque chose. Ici, toutes les religions sont représentées et vivent en paix. Les tunisiens sont doux et accueillants, prêts à aider, mais aussi à demander quelques pièces après une discussion ou un petit service que nous n’avions pas demandé, pour s’acheter des cigarettes. Le tourisme a des conséquences ! Nous avons évité au maximum les zones touristiques, nous évitant les situations qui nous mettent mal à l’aise.
Les tunisiens sont très éduqués, les examens des jeunes est au cœur des préoccupations des familles, il y a beaucoup d’écoles privées. Cependant, le salaire des diplômés qui trouvent un travail en Tunisie ne couvre pas une location de maison pour fonder une famille. Les jeunes partent donc à l’étranger, même s’ils ont l’ambition initiale de rester au pays. C’est triste de voir que la corruption à grande échelle se répercute et fait fuir tous les « cerveaux » du pays. Un petit pays très varié, qui accueille les montagnes, la mer turquoise, le désert, les oasis et des vestiges romains et punique (Carthage) partout.
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Algérie, dans les sables d'El Oued
Du 22 au 25 mai
El Oued, la ville aux mille coupoles
Arrivés à El Oued, nous commençons par une sieste instructive devant des documentaires sur cette région appelée Oued Souf. Énormément de richesses caractérisent cette zone du désert où l’eau effleure en abondance. Nous sommes enthousiastes à l’idée d’aller faire les bons touristes pour découvrir tous ces trésors et nous nous concoctons un programme simple :
1- Fouler les dunes de sable autour de la ville,
2- Aller à l’office du tourisme pour ne rien manquer,
3- S’inscrire à un tour touristique complet organisé par Akades Travel, brochures trouvées à l’hôtel,
4- Monter dans un 4x4 avec Lakdar et Mohamed et nous laisser guider.
Et nous avons été au-delà de nos attentes !
Les dunes de la gazelle d’Or
Nous prenons un taxi pour rejoindre le plus prestigieux hôtel de la région, j’ai nommé « La gazelle d’Or ». Complexe touristique à part entière, il ne fait pas dans la demi mesure. On peut tout y faire ; admirer l’architecture traditionnelle modernisée, monter à dromadaire, plonger dans la piscine, admirer les hectares de culture de palmier et d’olivier, faire du quad dans les dunes… mais nous, on préfère passer en douce au-dessus de la barrière de feuilles de palmier pour rejoindre incognito les belles dunes qui entourent tout ce beau monde ! Des collines artificielles ont été construites en terre pour y implanter des gazelles en or au sommet. Avec le temps, le sable fait son travail de recouvrement et les gazelles deviennent les reines du désert.
Les enfants sont surexcités, courent partout, se roulent dans le sable à n’en plus pouvoir et les photos fusent pendant un moment hors du temps.
L’ancien hôtel transatlantique d’El Oued
L’office du tourisme occupe un bâtiment magnifique fait de coupoles blanches : l’hôtel transatlantique, construit en 1926. Un artiste passionné tient les lieux et nous guide à travers une exposition comme nous les aimons : textes clairs, maquettes ludiques et efficaces ! Nous apprenons toutes les techniques d’agriculture, d’architecture, de tissage et découvrons l’ampleur des changements qu’a subit cette ville magique ces dernières années sous la pression démographique.
A l’origine, cette ville était un concentré de coupoles, voûtes et minarets, entourées de « ghouts », entonnoirs de sables accueillant les palmeraies. Aujourd’hui, la ville s’étend sur des kilomètres, les palmeraies traditionnelles meurent à cause de la pollution de la nappe phréatique, les coupoles de la vieille ville ont fait leur temps et sont démolies, remplacées par des dalles et poteaux de béton armé remplis de briques comme partout dans le pays. On intègre parfois des coupoles en béton, mais le charme n’est plus au rendez-vous et c’est avec un mélange d’émerveillement et de tristesse que nous découvrons en photo la splendeur de la ville d’il y a cinquante ans à peine !
Les maisons traditionnelles de la région d'El Oued
Réalisées avec la matière locale par excellence, le gypse, que l’on trouve sous deux formes différentes, la rose des sables et le plâtre, les maisons de la région sont faites d’une succession de petites pièces carrées qui forment un carré autour d’une cour centrale protégée des regards extérieurs et ombragée par des coursives en arcades. La rose des sables « louss » est cueillie dans les dunes, et plâtre est fabriqué par cuisson et broyage de la pierre « tefza ». A l’aide de fils qui guident la géométrie simple de cette architecture, des boulettes faites de roses des sables et de plâtre se solidifient rapidement après avoir été mises en place par les mains du maçon. Ensuite, un enduit en plâtre est ajouté des deux côtés, puis des formes géométriques sont gravées dans la masse du plâtre puis peintes pour un résultat époustouflant. Efficace et magnifique, rien à ajouter !
L’eau c’est la vie
Les « ghouts », palmeraies traditionnelles apparues au 12ème siècle et inscrites au patrimoine universel par l’organisation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture, caractérisent la région de Oued Souf. Ce système de culture unique au monde consiste à creuser des grands cratères dans les dunes jusqu’à atteindre un niveau du sol situé à moins de deux mètres au-dessus de la nappe phréatique. Ainsi, les palmiers plantés ont la quantité d’eau parfaite pour s’épanouir sans autre apport. Les déblais sont versés sur le pourtour de la cuvette et créent une protection sur laquelle le sable du désert viendra se fixer.
L’Algérie possède la plus grande réserve d’eau douce au monde, invisible, une véritable mer souterraine. Toute la région autour d’El Oued est caractérisée par une profondeur réduite de la nappe phréatique. Par endroit, elle effleure, créant des « chotts », lacs temporaires légèrement salés, où l’on produit du sel. Cette ressource est à l’origine de l’ancestrale route du sel. Des tours à étages, véritables phares sur lesquels l’homme peut grimper pour voir plus loin, ponctuent le désert et guident les caravanes sur la bonne route.
La présence d’eau à faible profondeur fait de cette région désertique le grenier de l’Algérie. On n’y aurait pas pensé au premier abord ! C’est pour cette raison que l’explosion démographique fait rage, apportant son lot de problèmes écologiques, comme celui de l’eau potable. Les énormes citernes d’eau que nous voyions se remplir sur des camions dans le massif des Aurès terminent ici pour palier à l’absence d’eau potable due à la pollution des nappes, faute pendant longtemps de système de traitement des eaux usées.
Les anciennes palmeraies pourrissent, les pieds dans la vase !
Un véritable gâchi !
Des 4x4 et des patates dans le désert !
Lakdar et Mohamed, de l’agence Akades Travel, viennent nous chercher en 4x4 à l’hôtel pour une soirée hors du commun. Nous allons découvrir en vrai ce que nous avons appris ce matin à l’office du tourisme. Ainsi, grandeur nature, nos pieds foulent les patios des maisons abandonnées au milieu des palmiers, « ghouts » et roses des sables. Un écosystème témoin d’une vie harmonieuse appartenant désormais au passé. « Là, ce sont des champs de pommes de terre ! » Les dunes sont ponctuées de cercles de culture dans lesquels tout pousse, tomate, poivron, oignon, ail, carotte et surtout patate !
Sur la route, le sable danse sous les roues et les dunes grignotent le bitume. Les dé-sableuses sont au travail, identiques aux déneigeuses de chez nous ! Mohamed nous offre un tour de grand huit en surfant sur les dunes jusqu’à un campement où nous faisons une escale hors du temps. Le vent de sable se lève, tout comme l’arrière train du dromadaire qui, dans un mouvement houleux, nous transporte loin du sol et du monde réel. Une atmosphère d’un apaisement indescriptible nous entoure. Un calme serein illuminé par une lumière de sable. Magique. « Maman, moi je veux vivre ici, c’est trop bien ! ». Simon se projette déjà touareg. Les enfants sont heureux. Tintan ne digère toujours pas sont repas de midi et Lakdar nous apporte la pizza des dunes, cuite dans le sable. Excellent !
Le désert est un lieu qui parle aux âmes.
La ville est un lieu qui parle aux estomacs.
La journée se termine assis devant des plats délicieux qui nous invitent à la digestion et au repos, dans un restaurant où les familles viennent profiter de leur soirée détente hebdomadaire : le jeudi soir. L’équivalent du samedi soir chez nous.
Akades Travel, l’agence touristique qui va plus loin !
Petit à petit, les liens avec Lakdar se resserrent, il appelle Faouzi et Abdelkader, tenancier de l’agence touristique pour partager avec nous un moment convivial dans un salon de thé chic. Notre ami ne lésine pas sur le standing, nous voilà à boire des jus de citron frais assis sur des canapés en velours et à discuter de l’Algérie, de la région, de notre voyage… Déjà des plans naissent dans certains esprits : « Vous allez proposer à l’association cycliste de Tarbes un voyage extraordinaire à vélo dans le désert. On s’occupe de tout, des visas, de sécuriser la route… Il faut venir en hiver, c’est mieux ! ». De fil en aiguille, ils nous proposent de passer à la web radio locale le lendemain !
C’est à minuit et les enfants épuisés que nous regagnons nos lits. Ce soir, ils ont trinqué !
Pour cette dernière journée complète en Algérie, nous n’avons pas de programme mis à part nous reposer, jouer, écrire, en attendant notre interview du soir.
Lakdar, qui gère notre vie depuis hier après midi vient nous chercher pour aller à Djadid radio. Lumière, micro, vidéo, l’interview peut commencer ! Les deux sujets abordés : notre itinéraire à vélo, et l’Algérie, ses habitants, ses spécialités… nous sommes heureux de parler publiquement de cette hospitalité incroyable dont nous avons été témoins lors de notre séjour ici.
Et comme cette hospitalité est vaste, nous en explorons encore ce soir la beauté. Car Lakdar, Faouzi et son frère Abdelkader nous ont concocté tout un programme. Lakdar nous offre des cadeaux magnifiques, un bracelet touareg et une croix du sud. Les deux frères nous invitent dans leur maison familiale pour un festin qui réveille nos plus agréables papilles : couscous, Doubara (soupe traditionnelle du sud du pays), pain fourré aux tomates et piments, frites, salade concombre tomate, bananes et pâtisseries maison qui sentent la fleur d’oranger… Un moment inoubliable !
Voilà comment c’est l’Algérie, tu t’inscris pour une visite touristique d’une soirée, et le lendemain soir, tu termines chez les patrons, reçus comme des membres de leur famille pour partager le repas de fête !
Quoi de mieux comme bouquet final pour dire au-revoir à ce pays que nous quittons après six heures de taxi pour rejoindre une frontière plus au nord (à Tébessa) et un climat plus adapté aux enfants pour poursuivre notre route en Tunisie.
Sur la route qui longe la frontière avec la Tunisie, des dromadaires, des chèvres, des puits, du sable… mais aussi des hommes d’ébène, seuls ou à deux, un sac à dos, une bouteille d’eau et un petit sac de vivre à la main, qui avancent clandestinement vers une vie meilleure. Triste réalité de notre monde et de son système infernal qui prive des peuples entiers des conditions de paix et de travail, nécessaires à leur développement et les pousse à partir, plein d’espoir vers des régions où d’autres difficultés les attendent.
Bilan de l’Algérie
Comme vous l’aurez compris en lisant nos aventures en Algérie, ce pays est grand !
Il est grand par l’accueil que les algériens nous ont réservé, « Soyez la bienvenue !». Sourires, coups de klaxons, invitations en tout genre, cadeaux... merci à vous tous qui avez enrichi sans commune mesure notre séjour chez vous !
Il est grand par sa taille et la diversité des paysages et des climats qu’il abrite. Nous avons eu, en un mois, l’impression de simplement effleurer l’ensemble cette géographie attirante !
Il est grand par son authenticité, due à une faible fréquentation touristique étrangère. Les rapports humains sont sains, aucune tentative de profiter de notre pouvoir d’achat, bien au contraire. Les pourboires que nous voulions donner à nos guides improvisés sont restés dans nos poches.
Les algériens ont toujours trouvé des solutions pour nous aider.
Bref, un très chouette pays en transition, des chantiers partout, une tradition très présente dans chaque région traversée, une jeunesse très éduquée qui parfois semble s’ennuyer et rêve de partir vers d’autres horizons. Mais aussi, d’autres s’étant confrontés aux « autres horizons » décident de revenir aux sources...
Deux bémols, cependant, viennent ternir ce beau tableau:
- Les déchets font littéralement partie du paysage, n'y allons pas par quatre chemins: c'est vraiment moche, sale, dégueu, triste... et le changement ne semble pas prévu pour demain!
- L'absence des femmes. Elles sont cachées, tels des bijoux protégés par les hommes. On les croise très peu dans la rue, et dans les maisons, elles restent dans la cuisine, avec les enfants, et sont à part. Avec notre regard de français, nous trouvons cela très dommage.
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Algérie, de Batna à Biskra
Du 16 au 22 mai, km 1371
Depuis El Oued, le 24 mai
Le train
L’anxiété caractéristique des voyages en transports en commun avec cinq vélos chargés est vite dissipée, nous voilà quasi seuls dans le wagon de tête avec les vélos qui bloquent l’accès à la locomotive et le train qui quitte Bejaïa pile à l’heure. Première étape de la journée dans un train « à l’algérienne » qui siffle en se faisant fouetter par les branches d’arbres et qui offre le confort d’un accès direct à la voie pour ceux qui n’auraient pas la patience d’attendre l’arrêt. A Beni Mansour, tout petit village, nous attendons la correspondance à l’ombre d’un olivier qui nous inspire des tours de magie. Simon n’attendra pas la fin de la seconde étape en train pour tester ses nouvelles compétences avec un grand succès auprès de Khaled le contrôleur qui renchérit avec une bonne humeur contagieuse. Ainsi, les enfants savent désormais faire disparaître les pièces de monnaie. On aurait préféré le contraire ! Nous avons eu la joie de tester la qualité des trains Alstom mais surtout la gentillesse du personnel de bord. Les Enfants, enfournés dans la cabine de pilotage ont apprécié la vue filante sur les rails et appris à klaxonner en arrivant en gare, entre autre !
Timgad
Après une nuit confortable chez Raouf à Batna, nous nous rapprochons de la plus grande cité romaine Africaine par une belle route aux airs de steppe, surveillée par les cigognes. En nombre, elles chargent tous les poteaux et arbres morts de leurs gros nids et font claquer leurs longs becs. Sur cette belle route droite, les grands gestes de bras du vélo balai ne sont pas inutiles pour ralentir l’emballement de certains conducteurs motivés ! Timgad nous ouvre ses portes pour une magnifique fin d’après midi où l’on flâne dans les rues usées par le passage des chars jusqu’aux étals en pierre du marché. Nous allons discuter un peu au forum avant d’aller tester nos échos dans le théâtre, puis nous laver aux thermes en admirant les jolies mosaïques qui effleurent encore d’un riche temps passé. Ce « Pompéi » africain est émouvant tant il est facile d’imaginer toute la vie qui a pu grouiller ici il a presque 2000 ans.
Le massif des Aures
Nous testons l’auberge du jeunesse de Timgad avant de nous enfoncer dans un paysage de plus en plus montagneux. L’air est jaune, chargé de chaleur sablée, le petit lac du midi est bleu, chargés de familles qui, comme nous, viennent pic niquer ici. Grimper les 600 m de dénivelé pour rejoindre le point haut de la route du massif des Aurès est l’objectif de cette journée d’effort. Nous faisons une pause glace qui gâte également trois petits algériens curieux, ravis de voir les plastiques s’envoler loin d’eux. Rageant, mais en même temps, on n’est plus à ça près !
Au col de Aïn Tinne, à 1700 m d’altitude, une voiture de joyeux lurons s’arrête, Alice est assaillie de bisous et de photos et nous sommes invités chez Salah, « émigré » vivant à Gap, en visite chez sa maman. Comme il habite loin d’ici et à l’opposé de là où nous allons, nous gardons cette belle rencontre à sa juste valeur et saisissons notre chance pour faire le camping sauvage dont nous rêvions. En cherchant le spot isolé parfait, nous étions loin de nous douter que la nuit allait être plus sportive que le col !! Chanceux, la pluie commence au moment où nous fermons la tente. Moins chanceux, le vent s’invite à la fête, puis c’est l’orage qui se déchaîne et illumine la tente de toute part. Alice fourre la tête dans son duvet en pleurant, Simon a envie de vomir tellement il peur. Les éclairs fusent comme des épées, les grondements suivent de quelques trop petites secondes … Une heure plus tard, un calme suspicieux revient, pas un bruit, pas une brise. D’un coup, des aboiements tout proches. Le cœur repart au galop, jusqu’à se rendre compte que ce sont des aboiements de chevreuils. Les émotions étant la clé d’un bon apprentissage, Héloïse se souviendra toute sa vie qu’un chevreuil, ça aboie ! Merci la 4G et youtube de nous avoir rassurés sur la question et permis un endormissement relatif. Une heure plus tard, l’orage récidive. Un crochet de la tente lâche, nous tenons les bords du double toit pour éviter de plus gros dégâts. Toute la nuit, tel des marins en pleine tempête, nous tenons les voiles et inspectons la météo instantanée, à la recherche d’un espoir d’accalmie, comptons les secondes entre la lumière et le son. Pour la vitesse du temps qui passe, nous sommes plus proche de la vitesse de l’escargot. Malgré tout, les enfants ont passé une très bonne nuit, et n’ont pas été réveillés par cette machine à laver infernale ! C’est ça de gagné !
Au matin, quel soulagement quand, une fois les vélos soulagés de la terre collante bloquant les roues, nous foulons enfin le bitume pour une descente de plusieurs jours… sains et saufs !
Au fil de l’oued El-Abiod
Le massif des Aurès est divisé en trois bandes montagneuses par deux canyons qui le traversent d’est en ouest. Nous suivons l’oued E-Abiod dans des paysages de plus en plus secs et jaunes jusqu’à Tighanimine où une véritable porte s’ouvre sur un autre univers : celui des palmiers, qui poussent les pieds dans l’oued. Nous sommes charmés par cette transition surprise et inattendue, traversons plusieurs villages bordés d’ateliers de menuiserie, discutons et rigolons sans rien comprendre avec des enfants curieux et bavards et traversons des paysages de cowboys jusqu’à Ghoufi.
Marqué en vert sur la carte, ce tout petit village quasiment désert possède une auberge de jeunesse et un site touristique : les balcons de Ghoufi. Nous décidons de nous reposer ici et d’y passer un jour de repos. En haut de la falaise, les boutiques à souvenirs étalent des trésors d’artisanat chaoui de ce massif montagneux : cuirs, bijoux, poteries, robes berbères noires bordées de couleurs vives. Comme partout dans ce pays, les gens sont adorables et nous offrent de beaux moments d’échanges ! Comme nous voyageons à vélo avec des enfants, nous sommes accueillis à bras grands ouverts, pris en charge, gâtés et pris en photo ! Pour Rachid nous représentons des visiteurs de grande valeur et il est heureux de passer du temps avec nous. A notre plus grand bonheur, nous le suivons à travers ce canyon qu’il connaît comme sa poche ! « Il faut que vous ayez un bon souvenir d’ici ! ». L’oued El-Abiod a creusé ici des méandres vertigineux qui ont offert à la population un lieu parfait pour y vivre l’été, profitant de la fraîcheur de l’eau et des sources qui jaillissent de la falaise. Cette vie permet de tout faire pousser. Ainsi, à l’ombre des palmiers, les grenadiers, orangers citronniers, figuiers, pêchers ne sont pas en reste ! Des systèmes d’irrigation ancestraux ont été détruits par les dernières crues, et aujourd’hui, c’est le groupe électrogène qui a pris le relais. Des palmeraies jadis touffues et verdoyantes, il reste aujourd’hui des arbres en petite forme et des fûts carbonisés. Faute des incendies, inondations, sécheresse et réchauffement qui mettent à mal cette perle du monde berbère. Les maisons en pierres semi troglodytes s’accrochent à la falaise et ont été habitées jusque dans les années 70. Une femme habite encore ici et garde son troupeau de chèvre.
Nous passons une merveilleuse journée avec Rachid, qui a créé une association pour préserver ce lieu magique tout le faisant connaître aux visiteurs. Il ramasse les bouteilles en plastiques qui jonchent le chemin, les regroupe en tas pour ensuite les brûler.
Il était une fois dans l’oued
Salah, le tenancier de l’auberge nous rejoint sur la route juste après notre départ et nous invite prendre un jus et des gâteaux au café du coin. Une attention comme les algériens ont la recette magique. Merci ! La suite de notre descente vers Biskra est un véritable western. Les enfants arrimés pour ne pas qu’ils s’envolent, nous traversons des paysages de cinéma pendant toute la journée. Petite escale de midi à M’Chouneche pour découvrir l’entrée de ses belles gorges rouges et le poste de police. Ici, les arrêts vérification passeports sont quotidiens. Une journée de vélo dans le désert des plus dépaysantes, peut être même la seule de notre voyage ! Nous la savourons autant que la bonne chakchoukha dégustée chez Mohamed dans « le jardin ver », havre de paix pour dormir et se restaurer, avant d’arriver à Biskra, où l’on mange les meilleures dates du monde !
Biskra
Cette ville aux portes du désert reçoit nos derniers coups de pédale en Algérie. La suite va se faire en auto vers le sud pour que les petits haricots découvrent le sahara, il serait dommage de passer à côté de tant de beauté ! La mission donc: trouver un moyen de rejoindre El Oued avec nos cinq montures en taxi familial. On trouve notre bonheur grâce à Mohamed au premier coup de fil, départ le lendemain matin, coup de chance !
C’est l’esprit léger que nous foulons les rues du marché, qui étale une palette de légumes et de fruits généreux. Pommes de terre, oignons et ail en abondance. Et au milieu, le stand de dattes. Arrêt non négociable, nous repartons les dents collantes et les papilles réveillés ! On ne nous avait pas menti !!
Nous partons au coucher du soleil visiter le jardin Landon, créé par ce conte, Albert de son prénom, en 1872 pour acclimater différentes espèces végétales méditerranéennes et tropicales. Un très joli parc, déroutant par son absence d’herbe ; tout est en terre, chemins et massifs, les arbres créant un labyrinthe accueillant.
Notre pause dans cette ville est rythmée par les appels de Salah, rencontré au col de Ain Tinne. Nous devions passer la journée ensemble, mais la paperasse qui le submerge suite au décès de son papa l’empêche de venir comme il aurait aimé. Mais un algérien, ça tient parole ! C’est après
2 heures de route qu’il arrive à notre hôtel de bon matin pour nous voir et discuter autour d’un café avant qu’on parte. Salah n’a pas de limite dans sa volonté que notre séjour se passe au mieux ! Il planifie déjà les étapes de notre futur voyage en Algérie! Merci Salah !
En route vers le sud !
La Hyundai noire de Hussein semble avoir été taillée sur mesure pour nos vélos, qui rentrent dans le coffre comme des sardines. Cap plein sud, nous offrons aux enfants du repos, du chaud et des chameaux. Il aurait été dommage de passer si près du sahara sans faire un petit détour ! Le paysage change, les panneaux de la route aussi : attention aux dunes qui se forment sur la chaussée, attention aux traversées de dromadaires. Pour les dos d’ânes, rien ne change, ils sont toujours aussi nombreux que partout dans le pays !
Algérie, d'Alger à Béjaïa
Du 5 au 15 mai, km 1183
Depuis Bejaïa, le 15 mai
Alger
Un sentiment familier nous prend en foulant les rues d’Alger. Les bâtiments coloniaux, élégants, droits et alignés en arcades accueillent une vie débordante, brouillonne et fourmillante. Tel un bernard l’hermite ébouriffé dans une coquille Saint Jacques. Il flotte ici la nostalgie de ceux qui ont du quitter leur vie brutalement ; l’ambiance connue des cages d’escalier de chez nous, un carrelage familier, une rampe torsadée, un patio magnifique rempli de crasse, une boîte aux lettres jaune étouffée de déchets, attendant encore sa levée du jeudi matin… Le temps semble avoir été cristallisé dans des détails que seuls des yeux français peuvent reconnaître.
De magnifiques bâtiments comme la grande poste et les mosquées viennent ponctuer la ville dans un tout autre style, invitant les arcades, les dômes et les plus belles ambiances orientales à la fête. Le résultat est magique.
Nous qui avons connu des pays où le touriste en errance dans un marché est accaparé de toute part et incité à la consommation, ici rien de tel. Nous évoluons au milieu des étals comme n’importe quel autre passant, prenons le temps de trouver la robe rêvée, le pantalon bien taillé et le bon savon en toute sérénité et sans marchander. Pourtant nous aurions bien aimé marchander nos extensions de visa pour prendre le temps d’honorer l’hospitalité algérienne. Mais l’administration n’ouvre aucun arrangement. C’est au moment de tout signer qu’ils nous disent qu’il faut revenir à Alger dans deux semaines pour les récupérer. Pas adapté pour nous et nos vélos ! Nous sortons du bureau dépités avec notre dossier consciencieusement complété sous nos bras ballants. Nous revoyons notre itinéraire à la baisse et visitons Alger au plus vite pour reprendre la route le lendemain.
Au sud, un immense monument dédié aux martyrs rappelle le passé douloureux du peuple algérien et surplombe la ville depuis 1982. Nous y grimpons dans une cabine téléphérique pour justifier le repos que nous avons au programme.
Au Nord, la basilique Notre Dame d’Afrique domine la baie et nous invite à un agréable tour en taxi et en bus à travers Bab el Oued et les quartiers populaires grouillants de vie. Sa beauté est à la hauteur du message unique écrit en son cœur : « Notre Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans ». Un appel à la fraternité très touchant.
Quant aux vieux quartiers d’Alger, ils jouent aux alpinistes en escaladant le relief abrupte de la falaise et en laissant les visiteurs non habitués s’essouffler dans leurs escaliers abruptes pour manger du bon poisson dans les hautes ruelles au charme certain. La Casbah d’Alger est le quartier touristique de la ville et se doit d’être propre, faute de pouvoir être restauré à la hauteur de ce qu’il devrait. C’est là que les ânes interviennent. Les baudets. Ils errent impassiblement, guidés par les techniciens de surfaces qui bourrent leurs paniers de bouteilles plastiques et autres trésors laissés par une population peu sensibilisée à l’écologie.
Notre look de touristes et la robe kabyle dénichée par Héloïse attirent tous les curieux sympathiques qui rentrent au bled pour passer des vacances, d’ailleurs, on les appelle les immigrés en France, mais aussi en Algérie ! Ils viennent pour voir la famille ou même pour quitter la France qui les a pourtant vu naître. La dégradation des valeurs occidentales des dernières années et les violences urbaines poussent certaines familles à revenir vers leurs origines pour offrir plus de libertés et de calme à leurs enfants.
La ville grandit et s’étend largement vers l’Est où a récemment poussé Djamaâ El-Djazaïr, la plus grande mosquée du monde (mis à part les villes sacrées de l’Islam) qui peut accueillir 120 000 personnes, soit presque deux fois plus que le stade de France. Pas besoin de mi-temps pour la prière, tout le monde rentre ! Avec ses 256 m de haut, son minaret ne dépasse pas la tour Eiffel mais est visible de partout dans la région.
Quitter Alger à vélo
Le train que nous avions prévu de prendre pour Tizi Ouzou (capitale de la grande kabylie) pour éviter les déboires caractéristiques des sorties de villes ne veut pas de nos vélos. Caramba! On se jette donc dans le flux de la rocade de bon matin, les enfants tirés par les tendeurs et les parents guidés plein Est par le plus haut minaret du monde en espérant qu’Allah les protège. Là, deux personnalités s’affrontent. Celle qui dit, « De toute façon, on n’a pas le choix, y’a pas d’autre route et puis finalement, c’est large et à sens unique, les voitures peuvent nous doubler en toute sécurité ! » Et celle qui dit, au bout de 20 minutes de tension émotionnelle « P... mais faut quitter cette p… de route, c’est intenable ! ». L’histoire se termine assis à une table de pic nic ombragée devant une surface commerciale hébergeant un improbable Décathlon, en mangeant des « pizzas carrées » et des glaces avant de faire faire un tour de poney aux enfants sur la plage qui survit au milieu de tout ce bitume. Le tout à l’ombre du minaret qui a bien veillé sur nous ! Allah est grand !
Encore quelques routes chargées qui nous chassent sur la voie du tramway, quelques rues résidentielles et même un improbable tronçon de piste cyclable le long d’une plage et la route devient plus calme. Le long de la N24, la mer se teinte de gourmands camaïeux turquoises, le trafic se raréfie contrairement aux invitations qui nous offrent des moments de béatitude inattendus.
« Un peu d’gazouz »* et beaucoup de rencontres en Kabylie !
*un peu d’gazouz : référence à l’émission d’Antoine de Maximy « J’irai dormir chez vous » en Algérie. Tout le monde nous en a parlé et nous avons fini par la regarder !! (https://www.youtube.com/watch?v=Ip-70dS-dDc&t=6s)
Les kabyles rencontrés à Alger nous nous ont mis l’eau à la bouche et nous avons hâte de découvrir cette région unique en Algérie. Ce peuple d’irréductibles, solidaire face aux différentes invasions et dont l’histoire, la langue, l’écriture et la culture diffèrent du reste du pays, parle beaucoup français. 80 % des immigrés algériens en France sont des kabyles et les liens avec notre pays sont forts. Les échanges avec la population sont faciles et donnent du baume au cœur après la tempête des échangeurs bruyants, poussiéreux et étouffants qui ont marqué la sortie d’Alger.
Leur sens de l’accueil n’a pas d’égal dans nos mémoires. A chaque pause, nous sommes toujours les bienvenus et gonflons notre répertoire téléphonique. « Je vous ai vu passer et je reviens vous offrir un cadeau, des bijoux en argent » « Si vous avez besoin de quoique ce soit, appelez nous ! » « J’ai une maison un peu plus loin, je vous la laisse pour vous reposer ! » « Venez chez moi ce soir ! » « Mon frère a des bungalows avec piscine, il vous attend, je vous envoie son numéro comme ça les enfants pourront jouer et se reposer ! » « Je vous envoie notre position avec whatsapp, on vous prépare un barbecue, comme ça vous pourrez vous reposer ! ».
Ahmed ouvre le bal. Il a fait demi tour en nous voyant pour nous offrir des bouteilles d’eau et de jus. Son frère Hamid nous laisse un « bungalow » tout confort avec piscine le soir venu ! Pas besoin de vous décrire l’état d’excitation des enfants ! Les trois petits haricots ont les pieds râpés par la faïence de la piscine et nous avons du mal à décrocher Alice de ce lieu paradisiaque le matin venu. Merci « Hamid piscine » !! Nous sommes désormais sur son profil facebook pour faire de la pub de ses locations de luxe !
Le lendemain, c’est Rostan qui s’arrête pour faire une vidéo tik tok. Il nous attend plus loin dans son village et nous installe dans un luxueux appartement avant de nous inviter à profiter de son petit coin de paradis, une crique bercée par les galets que l’on écoute rouler au rythme d’une chanson d’Idir, prodige de la région. Très bon repas en terrasse au coucher du soleil depuis la maison familiale avec son cousin Haziz et des amis. Il nous prépare des pâtes et du poulet, arrosé d’une bonne gazouz, limonade kabyle médaillée d’or à l’exposition universelle de Paris en 1889 ! Alice se souviendra du plus beau cadeau du monde : une bouée canard que notre hôte a recueilli parmi les flots et qui n’attendait qu’elle pour continuer son voyage. Le lendemain, la tentation est forte de rester dans ce lieu magique et faire un peu de canot, mais le visa court plus vite que nous et un pile ou face nous aide à revenir à la raison. On file toujours plus à l’Est.
Ensuite, c’est Hamid, un menuisier qui s’arrête avec des amis pour nous inviter. Il nous accueille dans son atelier au milieu de toutes ses œuvres. Nous mettons la tente pour une nuit sous les étoiles. Lio, le petit chaton des lieux sera la mascotte des enfants qui ne cesseront de jouer avec lui. Il faut dire qu’il est tellement mignon !!! Hamid a deux entreprises de menuiserie et travaille ici avec une collègue femme avec qui nous échangeons au téléphone. C’est agréable de voir ici une mixité dans le travail et l’amitié ! Nous plantons une graine chez Hamid, qui n’a jamais pris de vacances. Pas besoin d’amasser beaucoup d’argent pour aller loin en Tunisie, il planifie déjà une virée à pied à travers ses montagnes kabyles ! C’est ça la magie des rencontres! Merci Hamid !
Plus loin, nous sommes abordés par Mohamed, malien et sa femme, franco-algérienne, en niquab, totalement voilée de noir ne laissant qu’une fente pour les yeux. Ils adorent voyager et découvrir le monde, l’éducation à la maison, croquer la vie à pleines dents. Ils trouvent notre projet de voyage génial. Moment déconcertant à parler avec des yeux qui ont le même franc parler et la même accent qu’une amie tarbaise. Pourtant, pas possible de mettre un visage. Ils sont super sympas et nous invitent chez eux pour un barbecue à l’entrée de la ville de Bejaïa. Nous passons un moment hors du temps a échanger religion, spiritualité, Dieu, Islam, voile et vie après la mort, sans aucun tabou, en toute franchise et toute fraternité. Ancienne punk parisienne, Lamia a eu un chemin spirituel qui l’a emmené vers l’islam où elle s’épanouit à pleins poumons sous sa tenue noire intégrale. J’ai quand même eu l’honneur de voir sous son voile avant de repartir, une façon pour moi de mettre un visage sur une belle rencontre ! Bonne route à vous !
Un jour, installés sur un joli cap, nous voyons passer Brice, un cyclo qui part seul en direction de la Mecque. Il suit les traces d’Ibn Battuta, le voyageur le plus célèbre du monde arabe, l’équivalent de Marco Polo, qui a entrepris un pèlerinage à la Mecque en 1304. Rencontre improbable et très agréable dans ce pays peu touristique, une belle surprise (Si vous voulez le suivre, c’est sur l’application Polarstep, Brice Mouton).
Sur la route, toujours des gentils coups de klaxon qui nous encouragent, des cadeaux, bouteilles d’eau et autres gâterie pour les enfants. Et parfois on nous hèle : « On vous a vu sur facebook ! » « On vous a vu sur tik tiok ! ». Le pouvoir des réseaux est hallucinant !
Au fil de la RN24 qui longe la côte
Nous sommes heureux d’avoir parcouru à temps cette magnifique côte kabyle qui est en pleine transformation. Tout le long de la côte, les constructions poussent comme des champignons gris et carrés, remplis de briques rouge. Les plans urbains n’ont pas l’air d’exister. Ceux qui ont un terrain construisent le plus haut possible, souvent sans permis, pour investir dans la location touristique. Mais à quel prix ? La côte est désormais minée de ces immeubles sans âmes, face à une mer splendide. Avec notre regard, nous y voyons simplement un colossal gâchis. Paradoxalement, c’est une région qui offre un potentiel de développement touristique incroyable. Les constructions illégales et réalisées sans permission sont toutefois la proie du gouvernement qui force leur démolition, même sur les édifices fraîchement terminés ! Espérons que cela régule et freine cette course effrénée à la bétonisation ! Nous avons rencontré un habitant qui résiste avec ses deux cabanons et son jardin potager au milieu des chantiers d’immeuble. Il est triste de voir la plage modifiée par l’extraction du sable et les vagues se rapprocher dangereusement de chez lui. Les bulldozers viennent sauvagement se servir pour remplir les bétonnières, créant des plaies béantes sur des plages où il faut parfois monter pour voir la mer !
En parallèle, les bords de route sont de véritables déchetteries à ciel ouvert. En kabylie, l’alcool est autorisé et ce sont désormais nos pneus qui trinquent. Car la bière se vend en bouteille de verre. Les tessons rythment les coup de pédale et nous ne regrettons pas la vertu anti crevaison de nos pneus !A l’Ouest de Béjaïa, une immense usine de désalinisation est en train de voir le jour, éventrant toute une portion de montagne.
Les zones encore préservées et naturelles sont vraiment à couper le souffle, une végétation de plus en plus dense et humide habille une montagne composée de gros rochers arrondis qui dégringolent vers la mer en créant des recoins bucoliques. Le midi, nous faisons des pauses baignade quand le relief le permet. Alice est aux anges, bercée par les vagues sur son canard jaune.
Le dernier jour nous avons croisé un camion benne qui s’arrêtait pour nettoyer les décharges sauvages et un attroupement d’hommes bêchant le fossé. « Qu’est-ce que vous faites ? » « On nettoie les ordures ! » Ça, c’est une belle graine d’espoir !
Et les haricots dans tout ça…
La vie familiale itinérante n’est pas encore bien rodée et la fatigue exacerbe les caractères de chacun. Peu de journées repos, de jeux, d’apprentissage et de moments calmes avec ce visa que nous n’avons pas pu prolonger. Les rencontres nous invitent à nous reposer mais aussi nous font coucher bien tard. Nous aidons les enfants en les tirant avec des tendeurs, mais parfois, ils sont épatants, quand l’objectif à atteindre les motive. Ainsi, ils ont gravi tout seuls le col menant à Béjaïa, après 35 km dans les guibolles, écrasés par un soleil de plomb et respirant l’air de la décharge en feu.
Les tensions entre les enfants ne trouvent pas d’échappatoire. Les soirées sont rarement calmes, les deux derniers étant dans un état de surexcitation avancé peu propice à l’endormissement.
Héloïse a trouvé Tintin pour s’échapper dès qu’elle le peut.
« Mais papa, on va où ? » « Mais maman, on va où là? » « On peut avoir des glaces ? » « Pourquoi tu ne veux pas m’acheter des sandales ? » Alice est jeune pour ce type de voyage, nous le savons
mais comment choisir le moment parfait pour faire cette aventure ? Nous la préservons au maximum, tous les jours après la pause midi, elle grimpe comme un singe sur le dos de maman pour une sieste où elle s’abandonne en ronflant copieusement.
Bejaïa
A Béjaïa, nous avons deux petits jours pour nous reposer. Il faut y faire rentrer au chausse-pied la scolarisation des enfants, la rédaction des nouvelles, le repos… mais aussi profiter de la ville et ses trésors. Cette ville est le Vancouver de l’Algérie : Les montagnes les pieds dans l’eau. Elle est aussi l’une des plus vieille ville de Méditérannée et ce n’est pas pour rien : baie naturellement protégée d’un relief protecteur avec des sources d’eau, elle a vu passer dans son histoire de nombreuses civilisations et accueilli les plus éminents savants tel Fibonacci. Aujourd’hui, son extension urbaine est énorme, son port très actif voit partir le pétrole puisé dans le sahara.
Nous avons eu un vrai coup de cœur pour la nature qui entoure le Nord de la ville. Des falaises vertigineuses plongent dans des eaux cristallines autour du cap Carbon dominé par le plus haut phare du monde construit à 225 m d’altitude. Un chemin entaille le flanc des rochers et la balade est vertigineuse. A priori, pas encore de kayak, jetski, bateaux à touristes dans les parages. Mais ce qui a marqué les enfants, ce sont les singes magots qui occupent les lieux et viennent faire les clowns devant les touristes qui font des selfies. Une femme nous raconte qu’une fois, une dame qui faisait des photos avec un singe qui lui a arraché le portable pour le croquer. Voyant que le téléphone était impropre à la consommation, il l’a jeté dans le vide! Nous avons eu la chance de voir des bébés et des scènes de vie vraiment saisissantes. Ils nous ressemblent tellement !
Demain, nous prenons le train pour la ville de Batna, aux portes du massif de l’Aures, une autre magnifique région de ce grand pays !
Algérie, de Mostaganem à Alger
Du 28 avril au 4 mai, km 925
Depuis Alger, le 6 mai
One two three, viva l'Agérie !
« Soyez les bienvenus !»
« Non, pas besoin de payer la pizza, c’est déjà fait, une cliente vient de vous l’offrir »
C’est incroyable toute cette gentillesse !
Commencer le voyage par un pays très dépaysant et y arriver en bateau casse la douce transition culturelle qui est si caractéristique des voyages à vélo. Pour Simon et Alice, ce qui compte c’est ce qu’il vont manger, à quoi ils vont jouer et dans quel lit ils vont dormir. Pas trop d’état d’âme face aux changements de repères. Pour Héloïse, quelques pièces de monnaie au fond de la poche soulage la conscience face aux enfants qui quémandent dans la rue. Sa maturité lui révèle les inégalités et les injustices de ce monde, difficiles à accepter quand on est sensible. Pour les petits, ce qui est déstabilisant, ce sont les hommes et les femmes qui les attrapent à la volée dans la rue pour leur faire de gros bisous sans qu’on ait eu le temps d’esquiver. Pour les grands, le changement de culture rappelle le précédent voyage, mais gérer des enfants dans ce contexte est plus délicat. Comment les motiver à visiter des lieux caractéristiques du pays quand les gens rencontrés leur apprennent que le plus grand parc d’attraction du continent est à portée de main! Héloïse a encore besoin de repos et découvre les aventures de Tintin sur la liseuse, Alice rêve de faire une cabane sur son lit, Simon joue au foot dans la chambre avec sa doudoune roulée en boule… et ils ne veulent rien d’autre ! Nous investissons donc notre chambre d’hôtel pour trois jours et allons simplement prendre le tramway « Alstom » pour retrouver quelques repères familiers et aller visiter le quartier du front de mer où nous nous régalons dans un resto. Le soir, c’est pic nic dans la chambre, pain, légumes, fromage. Simple et tellement chouette pour les enfants qui n’ont pas trop envie de sortir ! L’ordi marche à plein régime pour écrire et faire les premiers films du voyage, on sort les cahiers et les premières leçons.
Le matin du quatrième jour, nous avons la sensation d’arracher quelques racines quand on plonge dans le bain de la vie trépidante du marché pour quitter la ville et commencer la route.
Nous traçons en tirant les enfants pour sortir au plus vite de la ville, lieu assez hostile pour des vélos, qu’on se le dise !
Une deux fois deux voies nous permet d’être doublés en toute sécurité. Lorsque la route se rétrécit, nous optons pour le bas côté qui n’a rien à envier aux sentiers de VTT. La terre sableuse et les cailloux, ça passe, mais lorsque l’eau s’y met, ça colle et bloque les roues ! Nous sommes heureux de quitter les premiers villages pour fouler le bitume, enfin libéré des voitures.
Première pause midi, on se trouve un coin à l’abri du vent. Héloïse pose la question que l’on se pose aussi : « Maman, on va dormir où ce soir ? ». « On ne sait pas, peut être qu’on va être invités dans une famille, on verra bien, c’est l’aventure ! ». Comme si notre bonne étoile nous avait mis sous écoute, nous avons la réponse trente minutes plus tard en voyant arriver nos anges gardiens. Hamed et sa famille viennent nous inviter à manger et dormir chez eux ce soir ! On échange les numéros et notons l’adresse pour rejoindre leur maison au prochain village. Avec une grande sérénité, nous terminons cette journée de route en sachant que ce soir, nous serons en sécurité et découvrirons une famille. Quel bonheur ! Ne nous voyant pas arriver, Hamed nous rappelle. « Oui, on arrive, le temps de manger ces bonnes pâtisseries offertes par un garçon sur la bord de la route ! ».
A notre arrivée, nous sommes accueillis par les hommes et la grand-mère, dans le salon. Dans la pièce du fond, les fourneaux tournent à plein régime ; Yemna reste dans la cuisine et prépare la kesra, galettes de semoule, pour accompagner le café. Elle demande de l’aide à son unique fille pour sortir le plus beau service. Ici, on ne lésine pas sur la qualité de l’accueil ! S’en suivra un délicieux couscous ! Le petit frère a les yeux vissés sur le portable pour ne pas rater le prochain virage de sa course automobile. Les cousins et les oncles passent tour à tour à la maison pour discuter avec les étranges visiteurs et faire des bisous aux enfants. Hamed, ancien footballeur, commente les matchs sur sa chaîne youtube qui grimpe à 500 000 abonnés. Il fait des vidéos qui dépassent le million de vues. Vas-y Tintan, à toi : « One two three, viva l’Algérie ! » (pour aller plus loin, cliquer ici: https://www.youtube.com/watch?v=pEKbDAovxZs ). Yemna a remarqué notre manque de coquetterie. Avant de partir, nous nous coiffons, mettons du vernis à ongles et du parfum. Je repars avec une robe de nuit et une pince à cheveux, Simon avec des chaussettes, une chemise blanche et une cravate, Alice avec le vernis à ongle et une barrette à paillettes. Ça tombe bien, on avait oublié tout ça à Tarbes !
Nous repartons heureux de cette rencontre et confiants pour la suite, revigorés par cette première nuit douillette chez l’habitant. La route s’enfonce dans la large vallée de l’Oued Chélif aux couleurs rouge de terre et vert de cultures, puis se poursuit dans un paysage désertique qui nous plonge dans une beauté exotique.
Nous nous cachons pour une pause midi reposante à l’ombre de la toile de tente, les pieds dans l’oued. Les coups de pédale de l’après midi nous portent à travers des paysages verts et vallonnés, entre les cultures de tomates et de concombres. Le signal instinctif se déclenche en début de soirée ; à partir de maintenant, nous cherchons un endroit pour la nuit. Au même moment, un camion nous hèle pour nous inviter à manger et dormir. On n’en revient pas ! Comme la veille, c’est avec une grande légèreté que nous suivons à pleine vitesse le camion qui nous guide quelques kilomètres plus loin vers un hameau qui pousse à flanc de montagnes. Le paysage est splendide et à notre arrivée, beaucoup d’enfants curieux nous accueillent au milieu des moutons. La grosse porte métallique de la cour se referme sur nos vélos, nous voici chez Habib et Hussein, qui parlent bien le français.
Ici, c’est dynamique et nous sommes rapidement pris en charge. Tintan se lave les pieds, assiste à la prière puis boit le café avec les deux frères ; Tachou et les enfants sont invités côté femmes pour boire aussi le café. Ici, c’est la boisson qui assure la convivialité dans toutes les familles.
Les enfants sont du même âge que les nôtres et attendent que notre douche bienfaisante soit prise pour commencer à jouer. Maria et Héloïse ne s’arrêtent pas à la barrière de la langue et deviennent vite complices, organisant une partie de chat dans la cour avec les petits frères, puis jouent à la corde à sauter au milieu de la cour où gambadent les poules, les poussons et les canards. Des missions en voiture rapportent glaces et gourmandises bien sucrées pour les enfants. Nos petits haricots n’ont pas trop le coup de dent pour percer le cul des yaourts et les aspirer comme leur copains ! On leur apporte des cuillères pour terminer le travail !
Nous partons avec Hussein faire une balade au coucher du soleil avec les enfants du village qui nous suivent entre curiosité et timidité. Le moment est hors du temps. Tout ce que nous permettent de vivre ces « frères » accueillants est un cadeau de la vie et du voyage. Ils nous permettent de plonger dans leur quotidien, de comprendre une autre culture, d’autres façons de voir le monde, la religion, le rapport hommes – femmes et le sens de l’hospitalité.
Au moment de manger, Tachou est invitée côté femmes avec les enfants, Tintan, à rester avec les deux frères. La communication ayant été difficile pendant le moment café côté femmes, Tachou préfère rester en famille et échanger avec les hommes, perturbant un peu la traditionnelle séparation des sexes. Nous sommes donc attablés tous les cinq pour savourer un repas hors du commun. « C’est plus hygiénique de manger avec les mains qui sont plus stériles que les couverts ». « Et pour la soupe, on fait comment? ». Rires. Nous n’avons pas osé la blague « ça dépend comment on lave les couverts ! ». Bref, cela n’a pas entravé le goût de la soupe fondante, du poulet rôti, de la salade et des légumes en sauce couverts de cœurs d’artichauts, aussi gros que ceux de nos hôtes. Délicieux !
La question arrive sans prévenir :
- « Vous avez prévu de vous convertir à l’islam ? »
- « ... »
- « Mais pourquoi, c’est fantastique l’Islam ! »
- « Nous pensons que toutes les religions ont une base commune et que l’important c’est que les hommes vivent en paix ! »
- « ... »
Plus tard :
- « J’aimerais venir vivre en Europe »
- « Et ta femme, tes enfants ? »
- « Je me remarierai ! »
- « En Europe, on ne peut avoir qu’une seule femme ! »
- « ... »
Fin de la discussion.
Début de la prière.
Parfois, les différences de repères entre cultures ne permettent pas d’aller plus loin, mais cela n’empêche pas de passer de très beaux moments.
Le molletonné des matelas et la douceur des couvertures ont bercé les corps fatigués. Mais pas tous. Le café, puis le thé pris par respect de l’accueil ont frappé aux paupières de Tachou toute la nuit qui n’a pas les yeux en face des trous le matin.
Une troisième journée de vélo commence au fil de l’oued. Sur le bord de la route, des petits villages de plus en plus isolés, des habitants de plus en plus interloqués par notre passage, des enfants qui courent pour s’accrocher dangereusement aux porte-bagages. Héloïse et Simon ont peur de tomber, nous sommes de moins en moins sereins face à l’ambiance générale des lieux. Et cela se confirme le soir. Les coups de klaxon sympathiques des voitures ne remplacent pas les échanges chaleureux à la volée. Le soleil descend dangereusement sur un petit canyon magnifique. Nous demandons à droite ou à gauche s’il n’y pas pas un endroit où dormir, un hôtel… Pas d’aide. Or, cela fait trois jours que chaque personne rencontrée nous alerte sur la dangerosité de camper en sauvage. La tente n’est donc plus une option de secours rassurante. Déjà 40 km au compteur, le prochain hôtel est à 17 km. On briefe les enfants, on les accroche à nos vélos pour les tirer et on trace la route sans demander notre reste, réalisant que l’accueil spontané chez l’habitant est finalement la seule option pour passer nos nuits. Pas fiable à 100 %.
Les enfants jouent courageusement le jeu. Nous arrivons juste avant la nuit à Boukadir et trouvons refuge dans le motel Taflout, tenu par Mohamed. C’est avec soulagement que nous mangeons copieusement dans un bon resto avant de dormir comme des loirs. Demain, nous prendrons le train pour Alger puisqu’il y a une gare ici.
C’était le plan. La réalité est différente. Il s’avère que cette gare est très mal desservie et nous devons avaler au plus vite les 25 km qui nous séparent de Chlef. La police nous escorte, on est suivis de près pour quitter la ville. La route n’est pas une partie de plaisir. Dans ce moment délicat, une bonne étoile. Une WolfWagen grise conduite par un ange gardien nous guide entre l’entrée de la ville de Chlef et la gare. Nous prenons racine pendant plus de cinq heures dans le hall, avant de nous ruiner pour rejoindre Alger par le train. Prix total pour cinq heures de train à cinq personnes : 3,65 €. Nous avons tout le wagon bagages et toute la poussière pour nous, avec vue directe sur les rails qui filent en emportant avec eux le soleil. Arrivés à 22h30 à Alger, nous rejoignons l’hôtel Nelson réservé sur le pouce avec une grande facilité. La ville est calme à cette heure là.
Programme : se reposer un peu après les deux derniers jours épuisants, prolonger le visa et planifier la suite du voyage.
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Le Ferry pour l'Algérie
Depuis Mostaganem, le 30 Avril
L’aventure commence sur l’eau
Prendre le bateau pour l’Algérie est à elle seule une expérience multisensorielle. La langue devient un joyeux mélange entre l’arabe, l’espagnol et le français. On ne sait plus trop quels bonjours et mercis utiliser. On n’est pas les seuls car certains algériens ont oublié le français à force de parler espagnol et mélangent tout ! Les faciès changent, le chargement des voitures aussi. Remplies au chausse pied ou chargées comme des mules. Ici une vitre de coffre fraîchement éclatée, là une voiture qui a doublé de volume et qui racle le sol sous le poids de sa coquille de bâche bleue. Nous révisons nos départements français en lisant les plaques d’immatriculation !
Nous chargeons les cinq vélos dans un bus pour traverser le port et approcher le bateau, puis déchargeons tout pour passer les contrôles, pour enfin tout recharger dans le même bus qui nous conduit dans les entrailles du ferry. Ouf !
Chercher des sièges sur le bateau un peu après tout le monde donne le ton de l’ambiance générale de la traversée. Les matelas, couvertures, coussins ont déjà pris leurs quartiers de nuit dans chaque recoin, promettant une nuit douillette et confortable, bercée par le doux roulement des vagues. Pour nous qui n’avions pas anticipé cette possibilité, nous nous retrouvons recroquevillés sur les sièges avec Alice sur les genoux, Simon dans son petit nid improvisé et Héloïse sur les sacoches qui permettent de passer au-dessus des accoudoirs volumineux. Tintan s’en sort à peu près et s’assoupit par intermitence au milieu des ronflements et des sonneries de téléphone. « On aurait peut-être dû installer la tente sur le pont du bateau, non ? ». L’idée n’a pas seulement germé dans la tête de Tintan ; Le matin, nous découvrons Khalil, sa femme et ses trois enfants sortant de leur tente « deux secondes », les yeux ensommeillés. La nuit a été pluvieuse et ventée!
Avec les vélos, nous avons été repérés par les uns et les autres, qui viennent avec sympathie nous souhaiter la bienvenue et nous poser mille questions, nous invitant même à prendre le couscous quand nous passerons vers chez eux. Simon est la proie de nombreuses petites caresses sur la joue dont il ne sait pas trop quoi penser. Ces premiers contacts promettent un bel accueil et de belles rencontres. Ainsi, difficile pour les enfants de se retenir quand un trajet pipi se transforme en grande discussion ! Et quand on atteint la zone, il faut se frayer un chemin entre les lavages de pieds pour la prière, choisir le WC non bouché, se boucher le nez et se dépêcher pour ne pas vomir à côté de cette femme qui se fait vomir dans le lavabo... Toute une immersion dont nous avons hâte de sortir !
L’arrivée à Mostaganem est salvatrice !
Dès le pied posé sur le sol Africain, nous collectionnons les marques de sympathie et les sourires. « Soyez la bienvenue » est la phrase qui marque nos premiers moments en Algérie, que ce soit au poste de police, au rond point, au bout du trottoir, à notre arrivée à l’hôtel… Même une femme, depuis sa voiture, nous hèle, tout en roulant, en nous demandant d’où nous venons. « Vous venez dormir chez moi ! » Nous la perdons de vue, une voiture banalisée de police nous surveille au loin pour voir si tout se passe bien pour nous sur notre chemin de l’hôtel. Les algériens sont vraiment incroyables !
Merci pour cet accueil !
De Arguedas à Valencia
Du 18 au 27 avril, km 779
Depuis le ferry pour l'Algérie, le 27 Avril
Entre campagne et modernité
Allez, on se motive pour tout ranger, faire la vaisselle, nettoyer les lieux, refaire les sacs, rassembler la lessive qui sèche un peu partout et rendre les clefs de notre « casa bianca » des Bardenas à sa propriétaire ; toutes ces choses dont on se passait bien, dans notre luxueux quotidien de simplicité itinérante ! Le relais camion - vélo se poursuit pour le repos de la princesse. Ne pas oublier les médicaments matin, midi et soir, apprendre à ne pas les vomir, on a vu mieux comme routine de voyage! Mais petit à petit, Héloïse reprend le sourire.
Nous adoptons au fil des jours un nouvel ami nommé komoot. Ce petit outil sur le téléphone intelligent qui permet de charger une carte en dégottant tous les chemins pour vélo, étonnamment calmes et sécurisés, qui mènent à Rome... ou à toute autre destination de notre choix! Comme il est super généreux, il donne aussi les montées et les descentes, les pentes, les revêtements de sols... ce qui permet de préparer psychologiquement les petits haricots à la sauce à laquelle ils vont être mangés ! Pour les grands haricots, c’est une réduction drastique de charge mentale et donc l’augmentation de la sécurité. Pas d’aller-retour sur une route dangereuse pour trouver mieux, pas de détour inutile… les passages sont parfois improbables, mais ça passe toujours ! Nous qui voulions nous passer de cette drogue numérique, on est mal partis !
Ainsi, la routine à deux vitesses se poursuit. Le convoi camion se charge des bougies d’anniversaire, de la licorne, du gâteau et du coin bivouac dans un parc à jeux en bois. Le convoi vélo se charge de fatiguer les enfants qui, dès leur arrivée, veulent des glaces, se ruent sur les tyroliennes et les balançoires. A croire que le camion est vraiment plus efficace que le vélo !
Bon anniversaire Alice, cinq ans ! La pénurie de papier cadeau inspire une chasse aux jouets dans les arbres.
De Arguedas à Saragosse, nous suivons le chemin des cigognes qui jalonnent les champs et ponctuent pylônes et cheminées. Nous longeons la rivière Ebre puis « el canal imperial de Aragón » sur des chemins adaptés aux discussions et aux chansons en canon à deux, trois ou quatre voix. Le midi, c’est blagues de toto entre le fromage et les pommes sous un arbre. Le soir, on reprend quelques canons pour voir quel goût ils ont et quelques glaces pour le plaisir.
Saragosse, une petite place ombragée, quatre sangrias pour les grands, quatre « zumos » pour les petits et plein de croquetas et empanadas à partager. A vélo, les pauses s’avèrent largement plus gastronomiques que culturelles ! On en oublierait presque la magnifique basilique Notre Dame du Pilier et les vestiges romains qui gonflent encore le torse aujourd’hui sous les yeux de la statue de César, Auguste de son prénom.
Un cœur en pommes de pin dessiné devant la tente, une photo pharaonique devant le camping, une hola et des coups de klaxon marquent la fin d’une semaine joyeuse et ressourçante avec Laurence, Jonathan et Lou. Allez, juste pour le plaisir, une petite devinette : Qu’est-ce qui est jaune et qui attend debout ? C’est Jonathan Sanchez ! Merci les amis, d’être venus partager un bout de route avec nous !
Un nouveau chapitre s’ouvre alors pour nous. Nous démarrons par un saut de puce en train pour rejoindre Teruel, ville d’altitude, depuis laquelle nous nous laisserons porter par la pente et le vent jusqu’à Valencia. Pas du luxe pour reposer encore quelques jours Héloïse qui reprend le vélo doucement, tractée grâce à une laisse. Merci Vincent pour ce cadeau très utile !
Nous suivons la via verde de « los ojos negros », ancienne voie de chemin de fer qui servait à acheminer la matière première des fourneaux de Sagonte (au nord de Valencia) jusqu’en 1980 ; limonite, hématite et sidérite, issues des minéralisations de fer. Aujourd’hui, une nouvelle voie de chemin de fer suit cet ancien tracé et zigzag avec la voie verte.
Nous pédalons dans une terre rouge, parsemée de jeunets dorés et de thym qui fini inexorablement dans notre casserole avec du bon miel auvergnat. Trois jours et demi de vélo en quasi autarcie dans cette contrée sauvage, parsemée de jolis petits villages que nous abordons pour les ravitaillements. Ils sont accrochés à flan de collines et signalés par des clochers en briques carrées, accompagnés d’une coupole en tuiles de céramiques colorées, bleues, blanches et vertes. Autour se blottissent les maisons, comme pour se protéger et se rassurer face à un danger invisible : le vent. Le jour, il nous aide et décuple nos efforts. La nuit, c’est une toute autre histoire qui se lit. Les deux faces d’une même pièce qu’il faut accepter en entier. Le vent n’a que faire des murs en pierre de cette petite bergerie que nous pensions parfaite pour nous protéger. Et quand le froid s’invite, c’est la fête à l’oignon : deux paires de chaussettes, deux pantalons l’un sur l’autre, une doudoune à capuche, les pieds enfoncés dans les manches d’une polaire, l’autre veste polaire par dessus les jambes, le tout emmaillotés dans un duvet prévu pour un tour de méditerranée en plein été et on est bons pour admirer le chant et la valse de la toile de tente avant de sombrer, ou non, dans un sommeil plus ou moins lourd en fonction des nuits et de la lune ! On a du friser les 0°C dans ces terres perchées à 1000 mètres d’altitude. C’est ainsi que, guidés par les éoliennes, nous poursuivons notre route. Simon peut enfin toucher une éolienne et se rendre compte à quel point il est vraiment minuscule ! Et notre ami komoot nous fait un petit cadeau : il nous fait quitter la voie verte monotone pour des petites routes bucoliques bordées d’oliviers et d’amandiers. Moment de grâce, cette pause goûter 100 % locale et instructive, passée accroupis au pied des amandiers, à décortiquer les différentes parties de l’amande avant de la savourer. Nous traversons ainsi deux petits villages animés et charmants, Viver et Jerica. Nous papotons avec des locaux qui nous tirent de notre autarcie avec élégance ! On s’offre une douche bienfaisante et des jeux trop trop cool au camping, Héloïse va beaucoup mieux et c’est tant mieux ! Le lendemain, nous devons la freiner pour ne pas qu’elle force car à chaque côte, une quinte. Mais elle n’en a que faire, elle se sent pousser des ailes. Simon et Alice sont d’une humeur similaire, seules les mandarines juteuses, rescapées de la récolte arrivent à nous freiner un peu et nous rendre les mains poisseuses. Et c’est dans la journée que nous atteignons notre dernier objectif espagnol : la mer au nord de Valencia.
On pose nos bagages pour trois jours au camping de Puzol à 20 km de la ville pour un repos bien mérité. C’est toujours des petits détails qui pimentent l’aventure et créent des souvenirs pour les enfants. Ainsi, la baignoire des sanitaires, surélevée pour les bébés, attire Alice et inspire Tachou pour une lessive de haute qualité, malaxée par des petits pieds très motivés ! Changement des pneus de Simon dont nous avions surestimés la qualité, ajout de petites cornes au guidon d’Alice pour lui reposer ses poignets, baignade, puis visite de cette belle ville qui détonne après celles que nous avons traversées jusque là.
Autour de la ville, les petites exploitations maraîchères détonnent de ce que nous avons pu voir jusque là et ça fait du bien ! Dans la ville, l’architecte Santiago Calatrava s’en est donné à cœur joie dans la cité des sciences ultra moderne. Les visites que nous choisissons ne sont pas à la hauteur de ces structures biomorphiques qui, à elles seules, offrent un spectacle grandiose ; cônes, arborescences, sphères, portes articulées telles des origamis et des maquettes de papier blanc. On en prend plein les yeux. Valencia a transformé sa rivière centrale en gigantesque parc qui coule sous les ponts. Le flux aquatique est remplacé par des cyclistes, des marcheurs, des enfants qui glissent sur les toboggans et des bassins aux eaux cristallines qu’Héloïse n’a pas pu s’empêcher de goûter avec ses pieds.
Grosse journée de visite en train et vélo, épuisante, histoire d’augmenter les chances de dormir dans le bateau pour l’Algérie qui nous emporte vers de nouvelles aventures !
De St-Pée-sur-Nivelle à Arguedas
Du 10 au 17 avril, km 442
Depuis Arguedas, le 17 Avril
Un démarrage sportif et houleux
Saint-Pée-sur-Nivelle, un banc, deux hommes à béret papotent devant une magnifique bâtisse cadrée de rouge, quelques mots échangés, et voilà les enfants qui jouent au parc derrière l’église avec ceux du centre aéré qui ne sont pas encore en vacances. Aujourd’hui, nous sortons des pistes cyclables et explorons le potentiel des petites routes avec les enfants. Nous allons à leur rythme, notre vie de nomade prend forme, faire le plein de vivres, d’eau, trouver un coin pour dormir… on retrouve la base de l’existence humaine. Avec des enfants, la marge de manœuvre est réduite, la patience et les distances sont raccourcies. Les sucettes, fourrées dans le sac à la va vite en vidant la maison deviennent le graal à atteindre en haut du col. La première frontière motive les enfants dans la montée. On rigole devant une fontaine qui semble avoir le hoquet. Avec l’effort, le sens de l’humour est décuplé ! A Bera, en bas de la première grande descente du voyage, l’architecture, les rues, les panneaux changent… Bienvenida en España ! La rivière Bidasoa nous offre une paisible avancée le long de la voie verte. Nous sommes confiants pour y dégotter un joli coin bivouac entre deux troupeaux de moutons à poils long. Mais ici, les clôtures barbelées semblent de mise et c’est la patience des enfants bien entamée que nous nous cachons derrière une chapelle au bord d’une route secondaire, sans autre alternative. Les ombres dansent sur la toile de tente à chaque passage de voiture et animent la nuit. Le lendemain, Alice avale avec une grande motivation la suite de la voie verte, les enfants chantent, la pause de midi est paradisiaque, entre un petit pont suspendu, une bambouseraie et un coin baignade. Journée tranquille, le premier coin bivouac sera le bon, avec les sacoches pleines de vivres. Tout est sous contrôle. C’est le lendemain que les choses se gâtent. Village de Saldias. A première vue, rien de bien méchant. Mais quand on se retrouve face à des pentes très raides pendant quelques km sous un soleil de plomb, les loulous commencent à trinquer. C’est trop dur. Héloïse tousse de plus en plus, n’a plus de force (elle était déjà un peu malade avant le départ, nous pensions que le bon air allait la requinquer!) C’est là que la réalité du voyage avec des enfants révèle son vrai visage. C’est en les poussant à bout que nous nous échouons devant une grange, sur un petit coin à l’ombre, telle une île salvatrice dans la tempête. Le pic-nic se transforme en sieste, la sieste s’éternise et nous apporte la visite d’Eneco, le propriétaire de la grange, ravi que son coin de montagne se transforme en havre de paix pour une famille en vadrouille. Lui aussi a fait un grand voyage à vélo quelques années auparavant, jusqu’au cap nord ! Nous lui demandons si nous pouvons passer la nuit ici. Il revient une heure plus tard avec un bidon de 8 litres d’eau et des médicaments pour Héloïse. Le tout à vélo, quelle gentillesse ! Le soir, nous papotons avec son papa, 80 ans et quelques restes de français. Il profite du beau coucher de soleil pour sa balade quotidienne! Le lendemain, nous grimpons doucement et à la fraîche le reste du col Korostieta. La beauté de cette route attire nombre de cyclistes qui nous doublent. Le reste, c’est, en principe, une grande descente pour atteindre notre objectif : le camping de Pampelune pour retrouver Laurence, Jonathan et Lou qui ont conduit plus de 1000 km dans la nuit depuis le Doubs, pour partager une semaine d’aventure avec nous. Notre volonté d’aller au plus court nous mène droit sur une route trop dangereuse. Optimistes, nous nous engageons sur la seule alternative possible: le sentier du chemin de Saint Jacques de Compostelle. On a joué, on a perdu. Nous passons plus de deux heures à porter, racler, embourber, encrasser les vélos et notre patience avec. Mais bon, pas de regrets, il ne faut pas lésiner sur la sécurité avec les enfants, et puis c’est l’aventure, la vraie, celle qui pimente la vie… celle qui fait pleurer les enfants à bout de nerfs… surtout ne pas regarder en aval la jolie piste cyclable toute neuve qui coule le long de la nationale et qui n’est pas indiquée sur nos cartes !
Bref, le tout se termine avec les amis dans la fraîcheur de la rivière Ultzama, puis autour d’une bonne bière et de bonnes glaces au camping. Enfin, nous pouvons souffler, nous laver, faire la lessive, et repartir regonflés
Regonflés? Pas tous. A peine partis, slalomant entre les citadins qui s’aèrent les poumons le dimanche le long de la rivière, Héloïse s’arrête dans le parc de Pampelune. Elle n’ira pas plus loin. Elle respire mal et la fièvre arrive. Cela fait 7 jours que nous pédalons sans pause, elle en fait les frais. Maison médicale San Martin ouverte le dimanche, docteur et infirmières, auscultations diverses, interrogations, radio des poumons, inhalations, ventoline, oxymètre… Verdict : pneumonie. A la limite de la mise sous oxygène, on nous envoie aux urgences pédiatriques pour la garder en observation. Mais c’est sans compter que les sacoches contenant les duvets et les affaires de nuit des rescapés attendent patiemment dans le camion des copains sur le parking de l’hôpital. Il est 21h, Héloïse est épuisée et s’endort par terre. Qu’à cela ne tienne, on rentre au camping, on y reviendra le lendemain. La joyeuse troupe a tout donné pour ajuster le programme, y intégrer des glaces, la livraison d’un camion salvateur et la compréhension de toutes ces mauvaises nouvelles en langue ibérique. Le lendemain, deux groupes se forment : celui des cyclistes et celui de la gestion de crise. Le premier suit son chemin, le deuxième suit la rocade, retourne aux urgences, à la pharmacie, au supermarché… Nous allons désormais faire deux convois. Héloïse suit son traitement et ne peut pas pédaler pendant 7 à 10 jours. On se retrouve le soir, on joue aux cartes, installons le campement. Un vent à décorner des vaches espagnoles et à refroidir un piment mexicain fait vibrer la tente toute la nuit, tousser Simon, grelotter Tintan et chercher un nouveau programme. Il faut du repos et du chaud. Merci la 4G sous la tente permettant des recherches nocturnes d’une solution de replis. A peine le petit déjeuner terminé et deux coups de fils passés, une maison nous attend 80km plus au sud pour deux jours de repos aux portes du désert des Bardenas.
Laurence, Jonathan et Tachou s’avalent la distance à vélo, uniquement de la descente avec vent dans le dos en slalomant entre les éoliennes. Que du bonheur ! Le village d’Artajona nous surprend au détour d’un virage. Serions-nous arrivés à Carcassonne ? Ce village fortifié et désert nous charme autant qu’il nous protège du vent pour un pic-nic cinq étoiles. La suite de la descente nous fait traverser une région bucolique, puis des cultures intensives en tout genre : champs de plastiques, enclos à vaches et taureaux surchargés, moutons, hangars où l’on imagine des poules suffocant dans leur fiente sans voir la lumière du jour.
Pendant ce temps-là, Tintan exerce son talent de babysitter, avec tous les petits chargés dans le camion ; parc à jeu, glaces devant la « roue de la fortune » (en espagnol) dans un petit bar local, film yakari dans le camion … toute excuse est bonne pour rester à l’abri du vent glacial en attendant les clefs de la casa rural blanca d’Arguedas pour une soirée bien au chaud!
Il faut dire que c’est une habitude avec Laurence, Jonathan et Lou. Nos dernières vacances passées à vélo dans le sud-ouest avec eux s’étaient terminées assis dans notre canapé avec des pizzas et un bon film, à cause de la pluie ! Nos enfants découvrent un super jeu de cartes : la bataille ! Un nouveau babysitter est trouvé pour la soirée!
Le lendemain, les pliures de terre d’une large palette d’ocre jaune encadre la route, des pics et tétons en tout genre percent un sol saupoudré de vert… nous plongeons dans l’ambiance ventée et poussiéreuse du désert des Bardenas. Un vrai western, sauf que les cowboys se sont modernisés et sont à vélo ! Les enfants cavalent vent arrière sur la piste, arrosés par les nuées poussiéreuses des nombreux camping-car français venus faire le plein d’exotisme. Nous n’échappons pas à nos origines !
Arguedas, le village où nous logeons, était à l’origine un village troglodyte à flan de falaise. Jusqu’aux années soixante, une cinquantaines de familles occupaient encore ces lieux insolites, mais l’érosion les a chassées. Nous avons visité ces habitations désormais ouvertes aux visiteurs et y avons découvert des ambiances magiques. Murs courbes, ouvertures arrondies, chambres de couleurs blanches, bleues et roses, une luminosité surprenante et quelques restes de foyers, cuisines et étagères. Les animaux étaient logés au fond dans les pièces sombres et traversaient la cuisine tous les jours.
Une cerveza dans le bar du coin, et nous rentrons avec Marie, cyclo en solo, qui sera des nôtres pour la soirée et la nuit!
France, le départ
Du 6 avril au 10 avril, 153 km
Depuis Saint-Pé de Nivelle, le 10 avril
La dernière vaisselle et le linge plié attendront bien sept mois avant d’être rangés, priorité à l’éradication des vers de mites alimentaires découverts une heure avant la fermeture de la maison. Dur de tout prévoir à l’avance !
Quelques clichés avec les voisines, le temps de consommer le quart d’heure bigourdan, et hop, on file à la halle Brauhauban. Ce chemin parcouru quotidiennement change de saveur.
Des acclamations joviales nous accueillent chaleureusement. Les embrassades se succèdent comme des perles de toutes les couleurs ; amis, collègues, cyclomotivés, journalistes, forment un collier que nous emportons dans nos mémoires. Merci pour ce cahier plein de mots doux et d’encouragements, pour cette magnifique banderole colorée, ces chocobons dont les papiers seront semés par Alice qui jouera au petit poucet en regardant tourner son moulin à vent accroché à son guidon et toutes ces petites surprises touchantes... Ce moment hors du temps s’achève avec une haie d’honneur, nous partons en peloton d’une vingtaine de personne, direction Lourdes. En cours de route, le groupe double de personnes, et contient un peloton de tête d’une moyenne d’âge de sept ans, très enthousiastes.
Un vent du Sahara saupoudre ses grains de sable comme une invitation avant l’heure, il fait 30°C ! Pic nic à Lanne au pied de l’« arbre de la liberté », tout un symbole.
L’après-midi, certains vélos grincent, quelques jambes fatiguent, beaucoup d’entre-aide s’improvise, élastique et laisse de traction sortent des sacoches, le vélo électrique va et vient pour rassembler le troupeau. Ainsi, au fameux « col » de Bourréac beaucoup de pieds plongent dans la fontaine et les têtes rougies se décolorent sous le robinet.
A Lourdes, passage devant la grotte, avant d’arriver au « camping du loup » où les balançoires et le frigo de l’accueil sont pris d’assaut en fonction des âges.
La soirée se déroule avec des visites bonus d’autres amis, et ainsi vient la nuit.
Dimanche, nouvelle vague d’au-revoir au camping, pic nic et bain délicieux dans le gave à la base nautique de St-Pé de Bigorre, puis le groupe s’étiole au fil des kilomètres.
Avant Pau, nous nous retrouvons tous les cinq et le gave nous guide vers notre aventure familiale.
Merci à tous, les amis, d’être venus faire de ce départ un feu d’artifice émotionnel.
Notre premier bivouac nous rappelle les joies d’être en pleine nature. La route nous offre une escale en Asie dans des gros bambous, la rivière, une baignade cocasse, et la météo, un second bivouac bien arrosé. Durant toute la nuit, notre tente passe haut la main son diplôme d’étanchéité. Le matin, nous passons notre diplôme d’adaptabilité grâce à la sncf ! Bayonne nous accueille avec de bonnes glaces, un bon thé au chaud et quelques bises amicales qui manquaient au départ.
Changement de cap, on file plein Sud, direction l’Espagne, le long de la Nive sur le chemin de halage. Une bonne soirée, un bon repas, une bonne douche et du linge propre, merci les cousins, on est contents d’avoir rencontré vos deux petites merveilles.